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Jours heureux

Quand les Français rêvaient ensemble

Jean Garrigues

Ed Payot


Recension Gilles Castelnau



15 décembre 2023

 

Jean Garrigues est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du comité d'histoire parlementaire et politique. Il écrit des ouvrages historiques à succès et passe à la télévision dans les émissions où l’on analyse les raisons et les fondements des mouvements politiques.

Voici comment l’éditeur présente cet ouvrage en 4e de couverture :


        Sommes-nous un peuple éternellement en querelle et réfractaire au bonheur ? On pourrait le penser au vu de nos révoltes et de nos fièvres hexagonales, symptômes de notre difficulté récurrente à nous bâtir un avenir commun. Et pourtant, notre histoire contemporaine a vu des moments de grâce et de liesse collective faire resurgir l'unité nationale d'un peuple si prompt à se diviser. De la Révolution française à nos jours, ce sentiment d'union sacrée s'est enraciné dans un récit de liberté, d'égalité et de fraternité. Ces jours de grand-messe populaire ont accompagné notre émancipation libérale et démocratique depuis la fête de la Fédération en 1790. Ils ont scandé nos révolutions, en 1830 et 1848, l'avènement de la Troisième République en 1880, la consécration de nos victoires en 1918 et 1944, le retour du général de Gaulle en 1958, ainsi que les grandes espérances du Front populaire, de Mai 68 ou de la gauche au pouvoir en 1981. En dépit de nos conflits fratricides, cette histoire des « jours heureux » donne envie de croire en des jours meilleurs !


Voici, par exemple, des extraits de sa présentation de l'un de ses chapitres :

                                   
                                 
    L’Exposition universelle de 1889 : le triomphe de la République.


Le 11 septembre 1889, devant 15 000 personnes rassemblées au palais de l'Industrie de l'Exposition universelle, la poétesse Augusta Holmès, Britannique naturalisée française, fait jouer son Ode triomphale. Mille cinq cents figurants en habits de travail, représentant tous les corps de métier de la nation, défilent sur fond de tricolore et d'hymne patriotique. Trois cents musiciens et un chœur de 900 chanteurs et chanteuses costumés sur un plateau de 2 000 mètres carrés, des jeux de lumière exceptionnels, des ovations incessantes, rien ne manque à ce spectacle grandiose, qui est l'un des points d'orgue des célébrations du centenaire de la Révolution française.

[...]

C'est l'occasion pour le président du Conseil Pierre Tirard de rappeler que « la postérité dira peut-être que les grands Français de 1789 n'ont pas eu en nous des héritiers trop indignes d'eux ». C'est tout l'enjeu des célébrations du centenaire, car la République semble vaciller sous les coups de boutoir du mouvement boulangiste, appuyé en sous-main par les monarchistes conservateurs. La fuite à Bruxelles du général Boulanger, le 1er avril, a laissé le champ libre aux républicains de gouvernement pour exalter le régime que « le rassembleur des mécontents » a violemment remis en cause depuis qu'il s'est lancé en politique, un an plus tôt. Et les célébrations du centenaire sont donc l'occasion rêvée de montrer aux Français que la République est forte et belle, et de restaurer une unité fragile qui a paru menacée.

[...]


« Un rendez-vous donné au monde »

À Paris, ce n'est que le lendemain, 6 mai, que commencent véritablement les festivités avec l'ouverture officielle de l'Exposition universelle, « au rendez-vous que nous avons donné au monde », comme l'écrit un journaliste du grand quotidien Le Temps. Le clou de la manifestation est bien sûr la tour Eiffel, qui vient d'atteindre 300mètres de haut quelques semaines plus tôt, le 31 mars, ce qui a donné lieu à une fête de chantier organisée par l'ingénieur pour ses ouvriers, en récompense du travail acharné fourni depuis deux ans, deux mois et cinq jours. En dépit du manifeste de protestation signé en février 1887 par les plus grands artistes et écrivains, tels Leconte de Lisle, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, Charles Garnier ou Paul Verlaine, Eiffel et ses ouvriers ont réalisé en un temps record cette extraordinaire prouesse architecturale, qui apparaît d'emblée comme le fleuron de l'industrie française et de la République en majesté.

Depuis des semaines, des foules innombrables accourent de tous les points de la capitale pour la contempler, quand bien même elles ne pourront y grimper qu'à partir du 15 mai. L'inventeur américain Thomas Edison y sera invité dans le salon personnel de Gustave Eiffel au troisième étage de la tour, où il remettra à l'ingénieur un phonographe Class M avec cette dédicace : « À Monsieur Eiffel, le courageux bâtisseur de ce si gigantesque et original spécimen de l'industrie moderne. » À son sommet trône un immense drapeau tricolore, vestige de la Révolution française.

Les invités de marque admis à y monter peuvent admirer le spectacle grandiose de Paris illuminée et surtout de l’Exposition universelle qui s'étend sur 96 hectares de part et d'autre de la Seine, du Champ-de-Mars jusqu'au palais du Trocadéro, tandis que l'esplanade des Invalides est dédiée aux expositions des colonies françaises et du ministère de la Guerre. « Tout Paris s'est transporté vers l'Exposition » , nous dit le journaliste du Temps, décrivant « les quais bondés de curieux », « les hirondelles et les bateaux-omnibus pavoisés et ornés de globes multicolores », les voitures attelées débouchant sur la place de la Concorde « en files tellement serrées que les chevaux sont obligés d'aller au pas », et « l'afflux extraordinaire et incessant » de spectateurs.

[...]

Au total, ce seront plus de deux millions de visiteurs qui auront découvert « l'Expo » jusqu'à sa fermeture, six mois plus tard, le 31 octobre 1889. Au soir de l'inauguration, une retraite aux flambeaux d'environ 15 000 hommes, cuirassiers, pompiers et gardiens des jardins de Paris, accompagnés par des fanfares de 400 tambours et fifres et de 600 choristes, défile depuis le bas des jardins du Trocadéro à travers les pavillons et la galerie des machines.

De la pointe de l'île Saint-Louis à l'île de Grenelle, une fête nautique est donnée sur la Seine, dont les ponts et les quais flamboient de longues guirlandes de feu. Trois feux d'artifice éclatent en même temps, vers 22 heures, sur le terre-plein du Pont-Neuf, dans le jardin des Tuileries et sur file de Grenelle.

Pendant ce temps, la tour Eiffel s'illumine de feux de Bengale multicolores, ainsi que l'ensemble des bâtiments de l'Exposition, des cascades et des jardins du Trocadéro. La masse des Parisiens a déserté les grands boulevards pour venir assister au spectacle, mais tout Paris est embrasé. C'est le premier des jours heureux du centenaire.

 

Conclusion

 

Alors que nous manque-t-il aujourd'hui pour vivre ces moments intenses de bonheur et d'enthousiasme partagés qui ont jalonné notre histoire contemporaine ? Sommes-nous lassés de notre société de surconsommation ? Sommes-nous blasés d'avoir vécu, pour les plus âgés d'entre nous, depuis 1945 la plus longue période de paix de notre histoire ? Peut-être vivons-nous des jours heureux sans le savoir, dans une forme d'aisance relative qui contraste avec les conditions de vie misérables des couches populaires dans les générations de nos aïeux ? Noircissons-nous les tensions qui nous divisent et les périls qui nous menacent, la guerre en Ukraine, les catastrophes climatiques ou une nouvelle pandémie mortifère ? En tout cas, il est certain que les ingrédients qui font les jours heureux semblent singulièrement faire défaut à notre époque. Le sentiment du collectif semble s'être dissous dans une société de l'individu-roi qui se comporte en consommateur pragmatique plus qu'en citoyen idéaliste. Il manque le projet, la prophétie, l'espoir d'un monde meilleur.

Que ce soit au moment des révolutions du XIXe siècle, des révoltes du XXe, des avènements messianiques bonapartistes ou gaulliens, jusqu'à l'illusion lyrique d'une France multiculturelle en 1998, le moteur de la fête était cette conviction d'un monde nouveau en train de se construire, et qui allait répondre aux attentes, aux angoisses, voire aux traumatismes du temps. Cette capacité à rêver collectivement l'avenir s'est peu à peu effacée de nos sociétés, recroquevillées sur l'horizon de l'individualisme.

Les plus récents sondages nous montrent que si les deux tiers des Français sont optimistes pour leur avenir personnel, un petit tiers seulement l'est pour l'avenir de la France. Les jeunes va-nu-pieds de Valmy, les étudiants du Quartier latin sur les barricades de 1830 ou de 1968, les ouvriers en grève de 1936 ou ceux qui dansaient à la Bastille en 1981, et tous les Français qui sortaient soulagés des deux guerres mondiales regardaient vers le futur avec dans les yeux une lueur d'espérance. Ceux qui militent aujourd'hui pour la transition écologique le font avec l'angoisse au cœur des catastrophes climatiques voire de la destruction de notre planète. L'horizon, plombé, apparaît sombre quand hier encore il était lumineux. Mais il suffit parfois d'une étincelle pour que resurgissent les « jours heureux ». C'est en tout cas le message de ce livre.

 

 

 

 

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