Jean-Marie de
Bourqueney
directeur de
l’hebdomadaire protestant Réforme
éditorial paru le 14
décembre 2023
14
décembre 2023
Si les bénévoles, dans
notre société, arrêtaient de s’engager
et de travailler du jour au lendemain, tout
notre tissu social s’effondrerait. La culture,
le sport, les loisirs, l’éducation populaire
(par exemple le scoutisme) et, surtout, toutes
les actions de solidarité envers les plus
fragiles disparaîtraient soudainement,
réduisant notre pays à une somme
d’individualités isolées ou à de simples
clients d’un système marchand. Il faut
ajouter que les bénévoles, très souvent,
font ce que l’État ne parvient plus à faire.
C’est donc aussi le système politique qui
s’écroulerait comme un château de cartes.
Nous pouvons
avoir des actions exception- nelles, comme le
Téléthon le week-end dernier, mais aussi de
nombreuses actions quotidiennes discrètes,
menées par toutes les associations. Chacune
nous rappelle que l’on peut sauver notre
humanité... De plus, comme il m’est sou- vent
arrivé de le rappeler, en tant que pasteur,
aux responsables politiques, le rôle des
religions est essentiel. Celles-ci sont à
l’origine de nombreuses actions d’entraide et
de solidarité, tant au niveau local que
national, et même international. Elles
contribuent largement au mieux-être de la
société. Considérer alors la laïcité
comme l’effacement des religions est une
aberration et un risque social majeur. Il nous
faut regarder les choses en face : le
bénévolat, religieux ou non, est un des
piliers de notre société. Peut-être
faudrait-il le clamer plus haut et fort que
nous ne le faisons actuellement, et avoir une
reconnaissance infinie pour tous ces
bénévoles qui s’engagent au service des
autres.
Allons plus
loin, le christianisme, comme les autres
religions, repose essentiellement sur le
bénévolat. Dans mon ancienne paroisse, il y
avait deux salariés (le pasteur et la
secrétaire) et 120 bénévoles engagés dans
les activités de l’Église et de l’entraide !
Là encore, il nous faut ouvrir les yeux. Cela
signifie que la vie des Églises doit
s’appuyer d’abord sur cette notion
d’engagement bénévole, de service. Cela fait
d’ailleurs vraiment partie des convictions
fondatrices du protestantisme. En effet, pour
nous, chacun est appelé au service du
prochain parce qu’il est, d’abord, aimé par
Dieu. La grâce nous pousse à l’engagement.
Cela se traduit aussi par la notion de
sacerdoce universel, qui nous rend tous
coresponsables de la vie de l’Église et de
son devenir.
Allons encore
un peu plus loin : cette distinction entre «
bénévole » et « professionnel » est-elle
totalement pertinente ? L’étymologie de
bénévole vient de « bonne volonté ». Ne
sommes-nous pas toutes et tous appelés à
être, dans toutes nos actions et nos
existences, des êtres humains de bonne
volonté ? Tous bénévoles !
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