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Jésus toxique


Surmonter l'abus spirituel
et le traumatisme religieux

 

Marc-Henri Sandoz Paradella

 

Éditions Olivétan

184 pages, 15 €


Recension Gilles Castelnau

 



.28 avril 2023

 

Marc-Henri Sandoz Paradella est né et a vécu dans une famille évangélique dont il a pleinement fréquenté l’Église fondamentaliste. Il y a traversé son adolescence et en est devenu à son tour un pasteur convaincu et consciencieux.

Il s’en est libéré et a cru devoir aussi renoncer à toute foi chrétienne.

Il a retrouvé une spiritualité plus normale et en témoigne dans cet excellent petit livre, à la fois biographique et théologique.

Dans une première partie il décrit – et dénonce – la spiritualité fondamentaliste dont il prend conscience à quel point il en a souffert.

Dans une deuxième partie, il ouvre ses lecteurs avec soulagement et bonheur à une communion avec celui qu’il appelle « son » Jésus, que les catholiques reconnaîtront aussi bien que les protestants et peut-être aussi les fidèles hindous, musulmans ou d’autres religions.

Ce petit livre manifeste une remarquable intelligence spirituelle et une excellente réflexion théologique.

En voici des passages.

 

Introduction :
Une nouvelle perspective inattendue


Les sollicitations de la grâce

Plus je découvrais ces Jésus toxiques dans ma propre histoire, plus je ressentais de colère et même de rage contre eux. C'est alors que ce livre est devenu nécessaire.

[...]

Malheureusement, il existe de nombreux enseignements de ce type à l'intérieur et en périphérie de chaque type d'Église chrétienne ou de groupe religieux : évangéliques, catholiques, témoins de Jéhovah, mormons, science chrétienne, yogis, bouddhistes, musulmans, spirites. La liste continue.

 


 

Partie 1
Les Jésus toxiques, bondieuseries et abus spirituels



chapitre 2
: Jésus le Punisseur

 

Les choses ont commencé à se gâter lorsque certaines parties de l'Église primitive ont interprété la mort de Jésus comme une sorte d'offrande faite à un Dieu en colère afin de négocier le salut de l'humanité par le sacrifice d'une victime innocente. Ainsi, le besoin de sang et de souffrance a commencé à éclipser l'amour du fils de Dieu et son identification avec l'humanité. Pour beaucoup de fidèles, ce sont le sacrifice et la souffrance qui sont devenus la source du salut, plutôt que l'amour, la vie et le message de Jésus.

 

[…]

 

Les moines irlandais du VIe siècle, par exemple, avaient coutume de prier pendant des heures, immergés jusqu'aux hanches dans l'eau glacée de la mer d'Irlande, dans l'espoir de fortifier leur âme en mortifiant leur corps.

Cette pratique n'existe pas dans les cercles évangéliques ou protestants, mais la fascination morbide pour la souffrance y est néanmoins omniprésente, en particulier à travers le thème persistant du sacrifice expiatoire exigé par un Dieu en colère, ainsi que dans les rituels et les enseignements centrés sur le sang du Christ.

 


chapitre 4 : Jésus l’Oppresseur


Trop souvent, c'est ainsi que les chrétiens de tout temps ont été invités à abdiquer leur propre capacité à faire face à la vie au nom de leur soumission à une puissance supérieure. Pris au piège d'un tel système d'adaptation à la réalité, ils en viennent de plus en plus à se méfier d'eux-mêmes. Toute la gamme de l'expérience humaine semble corrompue par ce qu'ils ont appris à appeler le péché : leurs capacités, leur sensibilité, leur intuition, leur intelligence.

C'est ainsi que Jésus le Castrateur rassemble un troupeau d'eunuques, des hommes et des femmes qui se méfient d'eux-mêmes, remplis de peurs et d'inhibitions. Toujours à se demander si ce qu'ils font est défectueux de par leur nature intrinsèquement pécheresse, et donc enclins à la culpabilité et à la passivité. Ils sont amputés de leur capacité de faire face aux défis de la vie de manière active et digne.

Dieu est grand !

Dieu seul sait !

Dieu est puissant !

Dieu doit être adoré !

 

Ce Dieu est si grand qu'il prend toute la place. Il n'y en a plus pour les êtres humains. Rien qu'envisager d’utiliser les ressources humaines, les compétences humaines et le pouvoir humain semble primer ce grand dieu d’une partie de ses prérogatives.

 


chapitre 6 : Jésus le Fanatique

 

(L’adolescent est initié au « parler en langues » charismatique)

J'ai pleinement mesuré l'ambiguïté de l'expérience vécue pendant ce camp de jeunes. Je parle d'abus, et d'un abus d'autant plus efficace qu'il était commis en toute sincérité : la sincérité du pasteur, d'abord, qui nous proposait une expérience à laquelle il croyait profondément. Il ne se rendait pas compte qu'il se servait de nous pour confirmer à ses propres yeux le système religieux qui l'emprisonnait lui aussi. Cela lui permettait de mettre à distance sa propre souffrance émotionnelle, et notamment son homosexualité refoulée. Notre sincérité de groupe, ensuite, si enthousiastes et fiers de promouvoir ce que nous avions vécu qu'il devenait impossible de s'y soustraire pour qui voulait nous côtoyer. Quiconque voulait continuer à appartenir à notre groupe devait le vivre, quitte à feindre et à se soumettre à contrecœur à ce qui était devenu le rite de passage obligé.

[…]
Cette expérience me donnait une assurance qui me manquait jusqu'alors, une sorte de confirmation que je faisais bien partie des élus et des « sauvés ».

 

[...]

 

J'ai l'impression que ma foi est schizophrène. d'un côté je prêche un Dieu d'amour, qui fait grâce, qui veut les humains heureux et libres. Et d'un autre côté, où que je tourne les yeux, je vois de la culpabilité, de la répression, de la peur.

Il faut être « sûr de la volonté de Dieu » avant de s'engager dans une entreprise, quelle qu'elle soit. Tout projet personnel risque d'être une expression de « la chair », la volonté autonome et donc forcément pécheresse de l'humain. Toute joie et fierté exposent au Péché d'orgueil. Lors des entretiens de « cure d'âme » qui font partie de mon travail de pasteur, je vois la misère sexuelle, les souffrances, les complexes, la violence et les abus dont souffrent ou que perpétuent mes paroissiens. Ils se cachent derrière les visages souriants et les mains levées vers le ciel pendant la louange du dimanche.

La peur est partout. La société qui nous entoure n'est qu'un vaste Piège qui tente de détourner les vrais chrétiens du droit chemin. L'Église est le seul refuge.

Je commence à être mal à l'aise de laisser mes enfants aller à « l'école du dimanche », depuis que mon fils de six ans en est revenu en pleurant. La monitrice (une brave femme par ailleurs, adorable de gentillesse) lui a dit que les Pokémon, un jeu qu'il adore, sont des démons déguisés et que ce jeu doit être absolument banni.

 

 


Partie 2

Et la grâce… finalement !



chapitre 7 : A la découverte de « mon » Jésus


• Jésus mon Gourouji


Je me suis rendu compte qu'à travers cette nouvelle rencontre avec Jésus, j'avais trouvé mon gourou, ou mon Gourouji - ji est un suffixe sanscrit exprimant un amour tendre et une reconnaissance, donc « mon doux maître bien-aimé ». C'est ainsi que Marie-Madeleine a salué Jésus lorsqu'elle l'a rencontré juste après sa résurrection : « Rabbouni ! » s'exclama-t-elle, ce qui signifie exactement la même chose, traduit de l'araméen.

Jésus en tant que mon Gourouji est celui qui me conduit sur ce chemin de découverte et de connexion avec cette partie de moi qui est éclairée, connectée au divin, ou pour le dire dans les propres mots de Jésus, avec le royaume de Dieu qui réside en chacun de nous.

Mon Gourouji est là pour m'aider à devenir de plus en plus qui je suis vraiment, libre de la tyrannie, de l'illusion, des peurs qui constituent les différentes couches de mes faux ego, qui m'éloignent de mon moi le plus intime. Je peux voir la trace de cette grâce tout au long de ma vie. Cela m'a donné une perspective solide pour parvenir à distinguer entre les parties toxiques de mon héritage religieux - tous les Jésus toxiques - et la lumière qui m'aide à trouver mon chemin à travers les difficultés de la vie.

 


• Que puis-je dire de Jésus ?

II insiste fermement pour que je ne me soumette pas passivement aux obstacles de la vie et que je ne choisisse pas la voie facile du fatalisme et de la résignation. Il aime me voir grandir et mûrir, de plus en plus capable d’affronter avec dignité et adéquation les différents défis de la vie.

 

[...]

Mon Gourouji est un guérisseur puissant, une fontaine d'énergie vitale, résolument dévoué à la vie et toujours enclin à la soutenir, à me réconforter et à soulager ma douleur et ma souffrance. Il n'ignore pas la douleur et la mort. En fait il les a affrontées toutes deux et les a traversées d'une manière que la plupart des humains n'auront pas à vivre. Il les connaît de l'intérieur et les prend très au sérieux, mais n'est pas fasciné par elles.

 

chapitre 8 : Et la grâce bien sûr – mais quelle grâce féroce !


• Un appel au repos intérieur

Dans la réalité, nous découvrons le repos intérieur. Ce repos, c'est la liberté face à nos tyrannies intériorisées, nos « missions » auto-attribuées, nées de notre critique intérieure ou imposées par notre lignée, nos parents, nos familles, notre culture ou notre religion - ou par quoi que ce soit d'autre. La grâce nous permet d'être, simplement d'être, et nous aide à découvrir que l'être suffit.

 

Le simple fait d'être est quelque chose que nous devons apprendre et cela peut exiger un travail acharné. Mais ce travail n'est rien comparé à l'effort épuisant et toujours vain d'essayer d'accomplir des missions que nous n'avons pas choisies et sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle. Paradoxalement, le travail qui se fait dans le repos produit du repos. Dans le repos, nous apprenons à découvrir et à apprécier la grâce. Lorsque nous agissons à partir de ce lieu de repos, nos actions deviennent fructueuses et adéquates.

 

 

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