.28 avril 2023
Marc-Henri Sandoz
Paradella est né et a vécu dans
une famille évangélique dont il a pleinement
fréquenté l’Église fondamentaliste. Il y a
traversé son adolescence et en est devenu à
son tour un pasteur convaincu et
consciencieux.
Il s’en est
libéré et a cru devoir aussi renoncer à toute
foi chrétienne.
Il a retrouvé
une spiritualité plus normale et en témoigne
dans cet excellent petit livre, à la fois
biographique et théologique.
Dans une
première partie il décrit – et dénonce – la
spiritualité fondamentaliste dont il prend
conscience à quel point il en a souffert.
Dans une
deuxième partie, il ouvre ses lecteurs avec
soulagement et bonheur à une communion avec
celui qu’il appelle « son » Jésus,
que les catholiques reconnaîtront aussi bien
que les protestants et peut-être aussi les
fidèles hindous, musulmans ou d’autres
religions.
Ce petit livre
manifeste une remarquable intelligence
spirituelle et une excellente réflexion
théologique.
En voici des passages.
Introduction :
Une nouvelle perspective inattendue
Les sollicitations de la
grâce
Plus je
découvrais ces Jésus toxiques dans ma propre
histoire, plus je ressentais de colère et même
de rage contre eux. C'est alors que ce livre
est devenu nécessaire.
[...]
Malheureusement,
il
existe de nombreux enseignements de ce type à
l'intérieur et en périphérie de chaque type
d'Église chrétienne ou de groupe
religieux : évangéliques, catholiques,
témoins de Jéhovah, mormons, science
chrétienne, yogis, bouddhistes, musulmans,
spirites. La liste continue.
Partie 1
Les Jésus toxiques, bondieuseries et
abus spirituels
chapitre 2 : Jésus
le Punisseur
Les
choses ont commencé à se gâter lorsque
certaines parties de l'Église primitive ont
interprété la mort de Jésus comme une sorte
d'offrande faite à un Dieu en colère afin de
négocier le salut de l'humanité par le
sacrifice d'une victime innocente. Ainsi, le
besoin de sang et de souffrance a commencé à
éclipser l'amour du fils de Dieu et son
identification avec l'humanité. Pour beaucoup
de fidèles, ce sont le sacrifice et la
souffrance qui sont devenus la source du
salut, plutôt que l'amour, la vie et le
message de Jésus.
[…]
Les
moines irlandais du VIe siècle, par
exemple, avaient coutume de prier pendant des
heures, immergés jusqu'aux hanches dans l'eau
glacée de la mer d'Irlande, dans l'espoir de
fortifier leur âme en mortifiant leur corps.
Cette pratique
n'existe pas dans les cercles évangéliques ou
protestants, mais la fascination morbide pour
la souffrance y est néanmoins omniprésente, en
particulier à travers le thème persistant du
sacrifice expiatoire exigé par un Dieu en
colère, ainsi que dans les rituels et les
enseignements centrés sur le sang du Christ.
chapitre 4 : Jésus
l’Oppresseur
Trop souvent, c'est ainsi que les chrétiens de
tout temps ont été invités à abdiquer leur
propre capacité à faire face à la vie au nom de
leur soumission à une puissance supérieure. Pris
au piège d'un tel système d'adaptation à la
réalité, ils en viennent de plus en plus à se
méfier d'eux-mêmes. Toute la gamme de
l'expérience humaine semble corrompue par ce
qu'ils ont appris à appeler le péché :
leurs capacités, leur sensibilité, leur
intuition, leur intelligence.
C'est
ainsi que Jésus le Castrateur rassemble un
troupeau d'eunuques, des hommes et des femmes
qui se méfient d'eux-mêmes, remplis de peurs
et d'inhibitions. Toujours à se demander si ce
qu'ils font est défectueux de par leur nature
intrinsèquement pécheresse, et donc enclins à
la culpabilité et à la passivité. Ils sont
amputés de leur capacité de faire face aux
défis de la vie de manière active et digne.
Dieu
est grand !
Dieu
seul sait !
Dieu
est puissant !
Dieu
doit être adoré !
Ce Dieu est si
grand qu'il prend toute la place. Il n'y en a
plus pour les êtres humains. Rien qu'envisager
d’utiliser les ressources humaines, les
compétences humaines et le pouvoir humain
semble primer ce grand dieu d’une partie de
ses prérogatives.
chapitre 6 : Jésus
le Fanatique
(L’adolescent
est initié au « parler en
langues » charismatique)
J'ai
pleinement mesuré l'ambiguïté de l'expérience
vécue pendant ce camp de jeunes. Je parle
d'abus, et d'un abus d'autant plus efficace
qu'il était commis en toute sincérité :
la sincérité du pasteur, d'abord, qui nous
proposait une expérience à laquelle il croyait
profondément. Il ne se rendait pas compte
qu'il se servait de nous pour confirmer à ses
propres yeux le système religieux qui
l'emprisonnait lui aussi. Cela lui permettait
de mettre à distance sa propre souffrance
émotionnelle, et notamment son homosexualité
refoulée. Notre sincérité de groupe, ensuite,
si enthousiastes et fiers de promouvoir ce que
nous avions vécu qu'il devenait impossible de
s'y soustraire pour qui voulait nous côtoyer.
Quiconque voulait continuer à appartenir à
notre groupe devait le vivre, quitte à feindre
et à se soumettre à contrecœur à ce qui était
devenu le rite de passage obligé.
[…]
Cette expérience me donnait une assurance qui
me manquait jusqu'alors, une sorte de
confirmation que je faisais bien partie des
élus et des « sauvés ».
[...]
J'ai
l'impression que ma foi est schizophrène. d'un côté je
prêche un Dieu d'amour, qui fait grâce, qui veut les
humains heureux et libres. Et d'un autre côté,
où que je tourne les yeux, je
vois de la culpabilité, de la répression, de la peur.
Il faut être « sûr de la
volonté de Dieu » avant de s'engager dans
une entreprise, quelle qu'elle soit. Tout
projet personnel risque d'être une expression
de « la chair », la volonté autonome
et donc forcément
pécheresse de l'humain. Toute joie et fierté
exposent au Péché d'orgueil. Lors des
entretiens de « cure d'âme » qui
font partie de mon travail de pasteur, je vois
la misère sexuelle, les souffrances, les complexes, la violence et les
abus dont souffrent ou que perpétuent
mes paroissiens. Ils se cachent derrière les
visages souriants et les mains levées vers le
ciel pendant la louange du dimanche.
La peur est partout. La
société qui nous entoure n'est qu'un
vaste Piège qui tente de détourner les vrais
chrétiens du droit chemin. L'Église est le seul
refuge.
Je
commence à être mal à l'aise de laisser mes
enfants aller à « l'école du
dimanche », depuis que mon fils de six ans en est revenu
en pleurant. La monitrice (une brave femme par
ailleurs, adorable de gentillesse) lui a dit
que les Pokémon, un jeu qu'il adore,
sont des démons déguisés et que ce jeu doit être
absolument banni.
Partie
2
Et la grâce…
finalement !
chapitre 7 : A la découverte de
« mon » Jésus
• Jésus mon Gourouji
Je me suis
rendu compte qu'à travers cette nouvelle
rencontre avec Jésus, j'avais trouvé mon
gourou, ou mon Gourouji - ji est un suffixe
sanscrit exprimant un amour tendre et une
reconnaissance, donc « mon doux maître
bien-aimé ». C'est ainsi que
Marie-Madeleine a salué Jésus lorsqu'elle l'a
rencontré juste après sa résurrection :
« Rabbouni ! »
s'exclama-t-elle, ce qui signifie exactement
la même chose, traduit de l'araméen.
Jésus
en
tant que mon Gourouji est celui qui me conduit
sur ce chemin de découverte et de connexion
avec cette partie de moi qui est éclairée,
connectée au divin, ou pour le dire dans les
propres mots de Jésus, avec le royaume de Dieu
qui réside en chacun de nous.
Mon
Gourouji
est là pour m'aider à devenir de plus en plus
qui je suis vraiment, libre de la tyrannie, de
l'illusion, des peurs qui constituent les
différentes couches de mes faux ego, qui
m'éloignent de mon moi le plus intime. Je peux
voir la trace de cette grâce tout au long de
ma vie. Cela m'a donné une perspective solide
pour parvenir à distinguer
entre les parties toxiques de mon héritage
religieux - tous les Jésus
toxiques - et la lumière qui m'aide à
trouver mon chemin à travers les difficultés
de la vie.
• Que puis-je dire de
Jésus ?
II
insiste fermement pour que je ne me soumette
pas passivement aux obstacles de la vie et que
je ne choisisse pas la voie facile du
fatalisme et de la résignation. Il aime me
voir grandir et mûrir, de plus en plus capable
d’affronter avec dignité et adéquation les
différents défis de la vie.
[...]
Mon Gourouji
est un guérisseur puissant, une fontaine
d'énergie vitale, résolument dévoué à la vie
et toujours enclin à la soutenir, à me
réconforter et à soulager ma douleur et ma
souffrance. Il n'ignore pas la douleur et la
mort. En fait il les a affrontées toutes deux
et les a traversées d'une manière que la
plupart des humains n'auront pas à vivre. Il
les connaît de l'intérieur et les prend très
au sérieux, mais n'est pas fasciné par elles.
chapitre
8 : Et la grâce bien sûr – mais quelle
grâce féroce !
• Un appel au repos intérieur
Dans
la réalité, nous découvrons le repos
intérieur. Ce repos, c'est la liberté face à
nos tyrannies intériorisées, nos
« missions » auto-attribuées, nées
de notre critique intérieure ou imposées par
notre lignée, nos parents, nos familles, notre
culture ou notre religion - ou par quoi que ce
soit d'autre. La grâce nous permet d'être,
simplement d'être, et nous aide à découvrir
que l'être suffit.
Le
simple fait d'être est quelque chose que nous
devons apprendre et cela peut exiger un
travail acharné. Mais ce travail n'est rien
comparé à l'effort épuisant et toujours vain
d'essayer d'accomplir des missions que nous
n'avons pas choisies et sur lesquelles nous
n'avons aucun contrôle. Paradoxalement, le
travail qui se fait dans le repos produit du
repos. Dans le repos, nous apprenons à
découvrir et à apprécier la grâce. Lorsque
nous agissons à partir de ce lieu de repos,
nos actions deviennent fructueuses et
adéquates.
Retour vers
libres opinions
Vos commentaires
et réactions