Alain Joubert, est diplômé
de l’École Nationale d’Administration
et il a été longtemps élu local de la ville
d’Enghien, en Région parisienne. Il en est
actuellement président du Conseil presbytéral
de l’Église protestante unie.
Passionné
par les influences réciproques de la foi
religieuse et de la vie civique – il s’est
notamment intéressé à la situation des
États-Unis – il fait preuve d’une immense
culture juridique et théologique dans ce très
gros livre. Il présente et commente les très
nombreuses difficultés actuelles de la laïcité
à la française en un langage clair et
immédiatement compréhensible au grand public.
Nul doute que ce livre pourra être à la fois
un document fort intéressant pour ceux qui le
survoleront avec curiosité – et souvent avec
surprise – et une référence importante pour
les spécialistes en recherche.
En voici des extraits
significatifs.
•
Première
partie
Un modèle français de laïcité
qui s'est dilué dans une société
sécularisée
Chapitre 2
La laïcité est devenue une idéologie
autant qu’un principe d’organisation
B. La mission
aujourd’hui dominante :
l’autonomie de l’autorité publique et la
neutralité de l’espace public
1.La neutralité de
l’autorité publique, corollaire de la
liberté en matière religieuse
Les
agents d’un service public ont interdiction,
dans le cadre du service qu’ils exercent, de
faire valoir sous quelque forme que ce soit,
et donc de dévoiler leurs appartenances
religieuses. C’est un domaine
où la position française est la plus
intransigeante par rapport à celle constatée
dans d'autres pays voisins.
[…]
2.Le
renforcement
de la neutralité de l'espace public, risque
pour la liberté religieuse
La loi du
15 mars 2004 interdit en effet le port de
signes ou tenues par lesquels les élèves du
primaire ou du secondaire manifestent
ostensiblement une appartenance religieuse.
C.
La mission en devenir : une idéologie
pour transformer, conforter ou conserver la
société
• 2. L’apaisement de
la société
Vouloir
imposer
les règles d’un vivre ensemble à une série de
groupes particuliers qui ont leurs règles
propres c’est aux yeux des identitaires
vouloir imposer non pas une règle universelle
mais la loi du plus fort,
piétiner
encore davantage les faibles, les minorités,
nier les différences. La société laïque est
rejetée dès lors que la société républicaine
est rejetée et que l'universalisme est
lui-même contesté au profit d'un conflit
exacerbé qu'il faut mener pour sortir de
l'aliénation. La religion apparait comme un
des principaux marqueurs identitaires.
Chapitre
3
La sécularisation
a transformé le paysage religieux
en France comme ailleurs
B. Les pratiques
religieuses se sont transformées dans notre
pays
4. Le
pluralisme s'accompagne de
l'affaiblissement de l'influence des
religions
Le
pluralisme religieux se transforme en un
émiettement
Le pluralisme est devenu un
phénomène majeur pour comprendre l'évolution
du paysage religieux. Il est plus important
qu'on ne le pense communément. En 1981,
95 % des pratiquants réguliers
s'affirmaient catholiques, 1 % musulmans
et 2 % protestants. Aujourd'hui, les
catholiques n'en représentent plus que 53
contre 16 % pour les musulmans, 9 %
pour les protestants et 9 % pour les
adeptes des autres religions ct sagesses
(Enquêtes EVS réalisées en 1981 et 2018)
Deuxième
partie
Les ambiguïtés
et la timidité de l'institution
de l'enseignement du fait religieux
dans notre société laïque
Chapitre 7
L’enseignement du fait religieux à
l’école :
apport indispensable ou mauvais
compromis ?
C. L’enseignement du fait
religieux donne lieu aujourd’hui à de
fortes contestations et hésitations
2. Il
est peu prisé par le grand public sécularisé
[…]
La
question de la transmission de l'héritage
national se pose moins, dès lors qu'une grande
partie des parents est d'ores et déjà marquée
par une culture sécularisée, oublieuse donc
des valeurs ou traditions religieuses. La
violence religieuse est redoutée par-dessus
tout, et les parents ne souhaitent pas que
leurs enfants en soient les victimes directes
ou collatérales, sur des sujets qu'ils ne
maitrisent pas. L'autocensure de nombreux
d'enseignants s'accompagne chez les parents et
beaucoup d’élèves d’une grande réserve à
entrer dans des débats estimés inutiles autant
que dangereux.
3. Il ne répond pas à
la demande des représentants des religieux
et des croyants
Un
examen patrimonial ne peut en France que
donner une place dominante à la religion
catholique, en raison de son poids dans notre
histoire. Cette approche hypertrophiée
romprait avec la nécessaire neutralité de
l'enseignement. Le reproche des catholiques
est différent : la multiplicité des
religions étudiées constitue un facteur de
relativisme et de confusion qui oublie le
poids de la tradition et la valeur de
l'identité. Il faut selon eux assumer
l'héritage culturel français, et la religion
historique de la France en constitue un
élément essentiel.
Chapitre
8
Les
enjeux de l’enseignement
des faits religieux se sont déplacés
du catholicisme sur l’islam
B.
La polémique sur la réalité du danger
islamiste dans l’enseignement
1.
Il n’existe pas de communauté scolaire
fondée sur l’appartenance à la religion
musulmane
La
moitié des jeunes musulmans de moins de
25 ans partageraient cette vision
rigoriste, notamment ceux élevés dans les
quartiers « difficiles », où la
population musulmane arabe est devenue
majoritaire. Un sondage réalisé pour la LICRA
par l'IFOP en mars 2021 auprès des lycéens
montre que plus d'un jeune sur deux est
favorable au port du voile dans les
établissements d'enseignement et que cette
majorité est écrasante dans les zones
d'éducation prioritaire, et donc probablement
chez les jeunes musulmans qui jugent les lois
laïques discriminatoires envers eux et
rejettent le droit au blasphème. La
condamnation des attentats y est aussi moins
consensuelle (22 % des élèves musulmans
n'expriment pas une condamnation totale.)
Il
faut donc questionner cette sensibilité. Les
jeunes lycéens n'ont pas encore acquis une
pleine conscience des enjeux sociétaux et
politiques de leur pays.
[…]
Le
salafisme, nettement minoritaire chez les
théologiens, rejeté par de nombreux clercs
comme par la grande majorité de la population
intégrée, est en voie de gagner la bataille de
la communication, notamment dans la jeunesse,
grâce à une présence extrêmement dynamique sur
les sites et les réseaux sociaux.
Il
s'accompagne, comme dans tout phénomène
identitaire, d'un rejet des autres, d'un
mépris voire d'une haine de certains groupes
et d'une victimisation par rapport à la
société qui ne sont pas l'apanage des
salafistes.
Troisième
partie
Mieux connaître et insérer le religieux :
une condition d'apaisement des tensions
de la société française
Chapitre
9
Mieux connaître les religions
pour déterminer leur impact
B.
Davantage
qu’un savoir, la connaissance du religieux
constitue une ressource sociale
3.
Les religions constituent une ressource pour
les équilibres sociaux
Dès
1943, dans son ouvrage L’enracinement,
Simone Weil souhaitait que l'École prenne en
charge une connaissance élémentaire des
religions, dans une approche qu'elle désirait
objective, rigoureuse, et respectueuse, afin
que chaque enfant puisse accéder au patrimoine
culturel et spirituel hérité des religions.
Elle souhaitait que cet enseignement
s'intéresse aux principales traditions
spirituelles, tout en approfondissant la
tradition biblique dont l'influence était
- à son époque - dominante en
Europe. Elle était plutôt favorable à un cours
spécifique d'histoire des religions.
Beaucoup
en sont convaincus, le retour à une culture
humaniste est plébiscité par les spécialistes
aujourd'hui, en réaction aux excès du
scientisme. Mais, à partir du moment où cela
signifie exposer les différents courants de la
philosophie et de la sagesse, on ne
comprendrait pas que les religions soient
écartées du champ des matières enseignées.
Dans cette
perspective, les religions peuvent être
vectrices de fraternité car elles ont
également une ambition d'universalisme. Elles
insistent en effet sur la nécessité de
réhabiliter le bien commun par réaction avec
une société de plus en plus incapable de
proposer des objectifs clairs à l’action
commune. Le nationalisme le communisme, le
libéralisme, qui sont philosophiquement
étrangers aux réflexions exprimées le plus
souvent par les religions ont pareillement
échoué à imposer seuls une alternative.
Chapitre
11
Le respect de la laïcité
suppose son adaptation
aux nouveaux besoins de la société
C.
Le partenariat entre l’État et les religions
permettrait de mieux responsabiliser les
religions
1.
Respecter
l’autonomie des religions et l’indépendance
des cultes
Des
limites substantielles à l’expression libre
ont été en théorie instituées dans certains
secteurs
Enfin, la loi du 30
décembre 2004 prévoit la sanction des injures
ou des propos de nature haineuse concernant
l'orientation sexuelle. Christine Boutin,
ancienne ministre du logement de Nicolas
Sarkozy, a été condamnée par le tribunal de
grande instance de Paris le 18 décembre 2015
pour avoir déclaré que l' « homosexualité
est une abomination » reprenant
littéralement une expression biblique.
De cette
rapide description d'une législation complexe
et d'une jurisprudence qui l'est encore
davantage, on peut retirer l'impression que
les religions sont moins protégées que
d'autres libertés. Il est possible de
qualifier Jésus ou Mahomet de
« pédophile » sur les réseaux
sociaux, parce qu'on ne s'attaque qu'à une
seule religion, alors qu'il n'est pas possible
d'attaquer l'homosexualité au nom des
principes que l'on retire d'une religion.
4.
Redéfinir
la place de la loi religieuse au sein de
l’ordre républicain
Deux
espaces normatifs distincts mais une seule
loi applicable à tous
Les
condamnations des pratiques telles que
l'homosexualité ou l'avortement, en des termes
virulents et méprisants, les assertions sur la
place des femmes feraient aujourd'hui
condamner les auteurs de la Bible par nos
textes pénaux.
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