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Pourquoi le protestantisme
est-il autant goûté
en France ?


Patrick Cabanel


historien



 

Article paru dans l’hebdomadaire protestant Réforme
du 5 janvier 2023


10 janvier 2023

Emmanuel Macron naguère, Bruno LeMaire hier, mais aussi Jules Ferry jadis, et tant d’autres politiques, aiment à dire tout le bien qu’ils pensent des protestants, de leur appétence pour la modernité et la démocratie, de leur apport irremplaçable à la France... En face, les intéressés accueillent ces compliments avec leur inimitable «modestie orgueilleuse», pour reprendre une formule de l’historien Philippe Joutard. On pourrait s’interroger sur cette autosatisfaction au demeurant plutôt sympathique.

Vient-elle d’une certaine doctrine de l’élection-prédestination? D’une compensation toute résiliente face à une histoire qui fut longuement tragique? De la certitude naïve, certes liée à une série de noms et d’œuvres, qui voudrait que les protestants aient toujours accompagné la modernité, de la Réforme (qui serait la forme moderne du christianisme) à l’écologie, en passant par la tolérance, les droits de l’homme, le libéralisme, la démocratie, la laïcité, le socialisme, le féminisme, le pacifisme, la Résistance, et bien sûr le capitalisme le plus flamboyant, etc.? Bayle, Rabaut Saint-Étienne, Guizot, Buisson, Sarah Monod, Berty Albrecht, Ellul, Jospin, Peugeot, Hermès?


Un antiprotestantisme évolutif

Mais pourquoi une aussi bonne image des protestants? Notons d’abord que le phénomène est plutôt récent: longtemps les huguenots ont été regardés avec haine et défiance, pour des raisons religieuses, bien sûr, mais aussi politiques et nationales. Sur ces derniers points, on leur reprochait d’être des républicains (ce qui allait devenir l’un de leurs titres de gloire était un redoutable stigmate sous la monarchie) et, plus profondément, d’avoir rompu l’unité du royaume.

Cet antiprotestantisme théologico-politique n’a nullement disparu au XIXesiècle, mais il a changé de contenu, de manière assez parallèle au processus qui conduit au même moment de l’antijudaïsme chrétien aux antisémitismes contemporains. On a reproché alors aux protestants le danger structurel qu’ils feraient peser sur toute autorité (le rousseauisme, notamment, est en cause), leurs accointances avec l’étranger britannique ou allemand, et, surtout, leur «faute originelle» dans l’essor du capitalisme. On doit ainsi au socialiste Toussenel, sorte de Max Weber haineux et avant l’heure, le premier grand livre antisémite, antiprotestant, antibritannique, anti-américain, et d’abord et avant tout anticapitaliste, Les Juifs, rois de l’époque, paru en 1846. Mais si, à l’inverse, on aime le libéralisme, et dans sa double acception, politique et économique, alors l’image des protestants change de signe, du négatif au positif.

Guérir la blessure de la Révocation

D’autre part et surtout, on peut avancer que le retournement de l’image a surgi avec la révocation de l’édit de Nantes, comme l’expression d’une énorme culpabilité refoulée. Non pas à cause de la Révocation elle-même, mais de la fuite à l’étranger d’une masse de huguenots que l’on chiffrait alors (à tort) à plusieurs centaines de milliers de personnes. Les contemporains les plus lucides, certains intendants en province, un Vauban, ont vu l’argent, le talent, le sang français s’écouler à l’étranger, au détriment du pays et au bénéfice de ses rivaux. Cette saignée sans précédent semble avoir fait découvrir aux Français qu’ils venaient de perdre leur part peut-être la meilleure: ces élites huguenotes, pleines de travail, de rigueur, d’honnêteté, et de performances (militaires, financières, technologiques, artisanales, intellectuelles). On sait qu’a surgi, et jusqu’à nos jours, le thème d’une perte irréparable pour l’économie et le génie de la nation, une sorte de «suicide» à l’espagnole.

Une fois exilés, perdus à jamais, les protestants ont paru porteurs de toutes les qualités, de celles qui font la grandeur d’un pays moderne; et je pense que la France n’a jamais guéri, sinon de la blessure qu’elle s’est infligée en 1685, du moins de la sourde culpabilité liée à cet acte et d’une nostalgie inextinguible, avouée ou pas, face à la partie d’elle-même qu’elle n’a pas su garder, et qui est allée faire pour partie la puissance de l’Angleterre ou de la Prusse. Du moins restait-il tout de même à notre pays des protestants. Et culpabilité et nostalgie retournées font que les politiques n’ont pas assez de compliments pour les remercier d’être restés et d’exister, en quelque sorte. La France, sans peut-être se le dire, n’en finit plus d’expier la faute de 1685, et les protestants d’aujourd’hui de recueillir, dans une sérénité satisfaite, le fruit de cette expiation.

 

 


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