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Maurice Bellet « Dieu pervers »
 
Le Dieu pervers
et la névrose chrétienne
de culpabilité

 

 Michel Leconte
 


2 octobre 2022

 

 

L’Église a longtemps prêché un Dieu plus juge que vraiment miséricordieux, très loin du Dieu Abba de Jésus Christ. La justice de ce dieu apparaissait comme une sorte de vengeance qu’il faisait peser sur son Fils Jésus qui recevait une punition impitoyable à la place des hommes qui l’avait offensé par une soi-disant désobéissance originelle.

 

Malgré cette onéreuse rédemption, l’Église continuait à affirmer que seul un petit nombre d’élus seraient sauvés car l’humanité entière méritait l’enfer du fait de ce péché originel. Chaque péché était une injure à Dieu et le blessait gravement. Le chrétien devait s’humilier passivement pour pouvoir plaire à Dieu, de plus, il devait bannir toute distraction et tout plaisir — en particulier sexuel — car cela l’éloignait de Dieu comme s’il lui volait quelque chose. Devant ce dieu sévère la position du chrétien était foncièrement masochiste : il devait se soumettre, s’humilier et se punir pour ses péchés. Tout dans la prédication et l’enseignement de l’Église contribuait à accroître la culpabilité inhérente à l’être humain doué de conscience morale. La confession répétée des péchés ne parvenait pas à réduire cette angoisse de culpabilité. D’un côté, le Dieu chrétien qui pardonne pouvait rassurer, mais de l’autre le Dieu juge exigeant provoquait une conscience malheureuse car rien ne pouvait lui échapper : l’œil de Dieu épiait impitoyablement ce pécheur foncier que l’homme était. Même la mort ne permettait pas de lui échapper : l’enfer ou, au mieux, le purgatoire attendait le chrétien dans l’au-delà.

 

 

 

Névrose chrétienne de culpabilité

 

Par névrose chrétienne de culpabilité, il faut donc entendre cette déviation religieuse collective et individuelle pathologique qui focalise son message sur un péché omniprésent et sur la lutte contre ce dernier. De ce fait, le chrétien est un homme perpétuellement en lutte contre lui-même, s’introspectant dans d’interminables examens de conscience et châtiant son corps par la discipline, l’ascétisme et des mortifications. L’existence humaine lui apparaît comme un combat perpétuel contre un monde impur et corrompu. Ce Dieu persécuteur tel que prêché par l’Église suscite une crainte consciente, mais annoncé tout amour du fait qu’il a livré son propre fils pour nous, la haine qu’il suscite du fait de ses exigences radicales doit être puissamment refoulée de peur de perdre sa protection et la menace de l’enfer. C’est ainsi que toute agressivité est fortement réprimée chez ce chrétien dont l’attitude courante sera faite de soumission masochiste, d’obéissance passive et de pseudo-humilité par l’affirmation de son pur néant devant Dieu.



 

Ambivalence et dette infinie

 

Ce Dieu suscite une forte ambivalence affective qui fait le lit de la névrose obsessionnelle du fidèle qui s’épuise dans la lutte de ses pulsions sexuelles et agressives. Ce dernier épris de pureté absolue se rêve plus comme un ange que comme un homme, toute pulsion souille son âme et il n’attend qu’une seule chose : la mort qui fera de lui « un ange dans le ciel ». Ce chrétien est perpétuellement en dette vis-à-vis de ce Dieu dévoreur et tout plaisir, toute jouissance terrestre est comme volée à Dieu. Dès lors, il n’y a pas place pour autre chose que la pensée de Dieu et Dieu doit être tout pour lui : s’affirmer, réussir, avoir du plaisir  c’est comme déposséder le Père, le tuer de façon imaginaire selon les lois du psychisme. Ce Dieu est totalitaire, rien ne doit compter que lui. On aboutit, cette fois encore à une négation de l’humain et de la création pourtant voulue par Dieu. Ce Dieu n’est plus qu’une sorte de « surmoi » hypertrophié, d’autant plus cruel qu’il provient d’un Dieu juge tout-puissant. Les prêtres et autres hommes d’Église se considèrent eux-mêmes comme les porte-paroles de ce Dieu plus jaloux que miséricordieux. Les traces laissées par cette prédication sont durables ; c’est, selon moi, une explication à la désaffection actuelles des occidentaux envers le christianisme : celui-ci est mortifère et son dieu n’est en rien le Dieu de Jésus Christ.

 

 


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