Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens     

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique


Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie


Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs



Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 


 


gl1657.ma%20foi.png

Le Dieu de ma foi


 

 Michel Leconte
 



29 septembre 2022

 

Durant des siècles, jusqu’à aujourd’hui, l’Église romaine, dans ses courants dominants ou majoritaires, n’a pas annoncé le Dieu de Jésus Christ, mais une sorte de Jupiter et un Dieu conçu par la pensée grecque, très éloigné du Dieu que Jésus avait annoncé en paroles et en actes.

 

Le Dieu que prêcha l’Église était le theos issu d’une spéculation philosophique, c’est-à-dire un être suprême tout-puissant, omnipotent, immuable, omniscient, causa sui, qui trônait tel un roi dans les cieux entourés d’une multitude d’anges et de séraphins — à l’image inversée de notre condition humaine. Le philosophe britannique Alfred North Whitehead (1861-1947), fondateur de la philosophie du Process, disait que l’Antiquité s’était représenté Dieu à l’image des despotes orientaux et des Césars romains. Ce Dieu inspirait plus la crainte que l’amour. C’était le créateur qui dominait l’univers et les hommes, celui qui dictait ses commandements et menaçait de l’enfer ceux qui osaient les transgresser. Ce Dieu juge inflexible et vindicatif éprouvait une colère terrible envers les hommes qui, en Adam, avaient osé transgresser son ordre de ne pas manger le fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Le plus tragique fut quand l’Église affirmant la divinité de Jésus décréta au  concile de Nicée en 325 qu’elle était de même nature (ousia) que celle de ce dieu-là. Ce fut la première trahison de Jésus Christ. Pour comprendre ce qui suit, je ne présuppose aucune représentation philosophique préalable de Dieu sinon celle qui résulte de ma foi : le Christ est le « visage humain du Dieu vivant ».

 

C’est ainsi que l’Église instilla la culpabilité, la honte de soi, la haine de soi et pour tout dire la mort à l’humanité chrétienne. La mort était d’ailleurs la punition suprême que ce Dieu impitoyable infligeait à l’homme pour le punir de sa transgression originelle. Augustin déclara que désormais l’homme était marqué par ce « péché originel » transmis par l’acte sexuel, entraînant pour des siècles la dévalorisation de tout ce qui concerne la sexualité humaine. Le Dieu tout-puissant décréta dans « sa grande magnanimité » qu’à cet homme coupable, il fallait un rédempteur — c’est du moins ce qu’affirma l’Église.

 

L’Église enseigna alors une doctrine terrifiante. Elle déclara que le Fils de Dieu est « descendu du ciel » et a pris notre condition humaine afin de souffrir et de mourir pour que son Père offensé puisse apaiser sa colère envers nous du fait du « péché originel » de nos premiers parents.

Cette théologie est incroyablement infantile (et non pas enfantine), mais aussi surtout « féodale » ;  elle fait agir Dieu selon les coutumes et les logiques de la féodalité (Anselme qui fait la théorie de l’expiation vit au 11ème siècle et ce qu’il écrit rejoint la mentalité de ses contemporains) : elle nous présente un Dieu très fâché, auquel il faut offrir un sacrifice humain et divin à la fois, pour apaiser sa colère et libérer sa miséricorde ligotée jusque là par sa propre justice ; un Fils dont sa vie de Fils consiste à se soumettre passivement  à son Père jusqu’à la mort, mais qui sera récompensé par ce Père qui le fera Seigneur en le faisant siéger à sa droite ; des humains désormais rachetés, mais qui - comme par hasard - ne seront pas pour autant délivrés de leur culpabilité, puisque chacune de leur faute, jusqu’au dernier instant de leur vie (et comment ne pêcheraient-ils pas ?), les expose de nouveau au juste châtiment de Dieu, impose de nouveau l’intervention du Christ rédempteur et, pour faire bonne mesure, l’intervention de sa Mère - devenue la nôtre - et de toute la cohorte des saints, la faute des pécheurs s’aggravant du fait qu’elle représente désormais une insulte à ce Fils qui s’est offert à la mort pour nous, et à ce Père qui nous a « aimés » au point de sacrifier son Fils. Mais ce Dieu qui nous a sacrifié son Fils par amour nous aime-t-il vraiment ? N’est-il pas plutôt « le Dieu pervers » dénoncé par Maurice Bellet ? Le Dieu présenté dans ces doctrines ne veut-il pas la destruction de l’homme plutôt que la vie vivante que Jésus prêchait ? L’Église n’a-t-elle pas encore trahi le Christ ?

 

Le Dieu de Jésus n’est pas celui que l’Église nous a présenté. Il ne faut pas voir une sanction divine dans le malheur qui s'abat sur les gens, nous dit Jésus ! Dieu n'est pas comme cela. L’Église l’a, hélas, conçu ainsi durant des siècles. C’est celui que l’ordre de la culpabilité lui fait concevoir : un Dieu de colère et de rétribution devant lequel nous n'avons plus qu'à nous soumettre en tremblant pour espérer être reçu au paradis. Pourtant Jésus dit aussi : « … Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Serait-ce une menace de sa part ? Après avoir dit que la mort des Galiléens et des bâtisseurs de la tour de Siloé n'était pas un châtiment de Dieu, Jésus se contredirait-il lui-même ? Ce n'est pas possible.

 

Le mot de conversion signifie toute autre chose que le simple retour à de meilleures dispositions dans l'application de la Loi et de la morale. Il signifie un changement de regard sur Dieu et sur le monde. Jésus affirme donc : si vous ne changez pas votre vision de Dieu et si vous ne cessez pas de le voir comme celui qui châtie les pécheurs, votre vie entière sera surplombée et infestée par ce Dieu impitoyable et vous mourrez alors dans la terreur de ce Dieu-là. La véritable conversion, celle qui peut changer notre cœur en profondeur, consiste à découvrir avec Jésus le visage du Dieu aimant, amis des prostituées, des pécheurs et des publicains ; le Dieu de Grâce, le Dieu qui aime chacun de nous indépendamment de nos qualités et de nos péchés. Jusqu’à sa mort, il s’agissait pour Jésus de libérer les hommes d’une mauvaise image de Dieu, de libérer Dieu lui-même en lui permettant, par la destruction de cette image déformée, d’être vraiment parmi les hommes celui qu’il est : un Dieu de vie, un Dieu qui veut les hommes vivants et libérés de toute peur. Mais l’Église interpréta cette mort avec les notions d’expiation, de satisfaction et de substitution qui sont absentes dans l’enseignement de Jésus. Jamais Jésus ne présente le pardon de Dieu comme s’exerçant grâce à un sacrifice ou un acte rédempteur dont Dieu aurait l’initiative et qu’il proposerait à un envoyé quelconque. Jésus a fait et dit exactement le contraire. Le Dieu que Jésus annonce dans ses paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue, de l’enfant prodigue, des ouvriers de la onzième heure, du festin auxquels sont invités mendiants et infirmes, le Dieu qui exauce non le pharisien, mais le publicain, celui au nom duquel Jésus s’invite chez Zachée, est exactement le contraire d’un Dieu qui aurait besoin d’un sacrifice rédempteur, celui que prêche toujours l’Église romaine et d’autres. Par cette doctrine, l’Église lui a volé sa mort, car celle-ci consistait à témoigner de son Dieu jusqu’à l’extrême. L’ironie est que c’est grâce à un péché beaucoup plus grave et réel - l’assassinat de Jésus - que nous sommes censés être pardonnés !

 

Le Dieu de Jésus n'est pas le maître rigide, rigoureux et implacable qui trop souvent règne dans nos cœurs comme le « surmoi » cruel de notre inconscient en recherche de punition. Ce Dieu-là ne fait que susciter une peur paralysante et un sentiment de désespoir. Non, le Dieu de Jésus, lui, suscite la gratitude, la joie, la paix intérieure, la certitude d'être aimé par plus grand que soi. Dieu est vraiment plus grand que nos cœurs étroits et angoissés par l’enseignement de l’Église romaine. Son amour bannit toute crainte. Jean dans son épître n’écrit-t-il pas : « Si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur » (1 Jn 3, 20) ? C'est pourquoi il est vraiment impératif et urgent de changer notre image de Dieu : c'est notre santé et notre bonheur qui en dépendent. Je pense même qu'il y va de l'avenir du christianisme même. L’Église romaine qui s’affirme instituée par le dieu qui est le sien n’est pas encore prête à se convertir au Dieu qu’elle proclame urbi et orbi. C’est le Dieu humain de Jésus que nous sommes appelés à suivre. C’est lui le vrai Dieu, car il délivre les hommes de la culpabilité et de la haine de soi.

 

Dieu est agapè (1 Jn 4, 16), bienveillance et tendresse créatrice : telle est l'essence du Dieu de Jésus. Le péché suprême, celui contre lequel Dieu lui-même est impuissant et désarmé, c'est bien que l’Église et nous-mêmes,  ne parvenions pas à croire cela et que nous inventions un dieu malfaisant qui envoie son Fils à la mort pour pouvoir pardonner nos inévitables péchés. Son ultime Parole est celle du pardon inconditionnel et sans préalable de la croix : « Père, pardonnez-leur… » En ressuscitant Jésus, Dieu lui répond par son grand oui. Soyons comme le vigneron de la parabole, laissons une chance au Dieu de Jésus. Mais l’Église a prêché un Dieu tout-puissant capable de nous sauver de la mort physique — ce que tout le monde et toutes les religions désirent et enseignent — au lieu du Dieu de Jésus qui nous libère d’une mort plus destructrice de notre humanité, car elle fait de nous des êtres aliénés aux puissances qui nous dominent.

 

 Convertissons-nous et échangeons notre esprit contre l'Esprit du Christ et son Dieu, car le temps presse !

 

 

 

 

 

              

 

 

 


Retour vers libres opinions
Retour vers Michel Leconte
Vos commentaires et réactions

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : gilles@castelnau.eu
Il ne s'agit pas du réseau Linkedin auquel nous ne sommes pas rattachés.
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque