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Jésus Christ pour moi


 

 Michel Leconte
 



7 septembre 2022

 

Christ n’est pas un nom propre, c’est le terme grec qui fut associé à l’homme Jésus pour le qualifier, il veut dire Messie, mashia'h en hébreux. C’est l’homme qui a reçu l’onction. Ce terme a été attribué à des rois d’Israël et même au roi perse Cyrus. Aujourd’hui cette croyance en un Messie envoyé par Dieu sur la terre n’est plus crédible. Dieu ne s’exprime que dans les paroles humaines.

 

Les théologiens américains du Process donnent à ce terme une signification plus générale. Christ est pour eux un acte de Dieu par lequel il entre en relation avec les humains, fait surgir du nouveau en eux, dans leur existence et entre eux. Certes, il est étonnant que Dieu puisse ainsi intervenir dans le monde en notre faveur. En ce sens, l’avènement du Christ est un événement décisif dans l’histoire humaine. Les interventions de Dieu ou événements christiques ont pour but de susciter une nouvelle humanité et faire des hommes des êtres pleinement et réellement humains.

 

Il me semble légitime de qualifier l’homme de Nazareth de Christ dans ce dernier sens, mais Jésus fut un Messie très inattendu et surprenant.

Je ne crois pas que Jésus de Nazareth soit le Fils éternel de Dieu préexistant, ni la deuxième personne de la Trinité, ni qu’il soit né d’une vierge par l’opération du saint Esprit car cela en ferait un Dieu revêtu d’un corps humain - ce serait une mascarade. Enfin je ne crois pas qu’il fut un être hybride, à la fois Dieu et homme comme l’affirmait le dogme de Chalcédoine en 451.

Tous ces hauts titres en font un être tellement élevé et venant d’un autre monde que son existence humaine, sa fonction prophétique et messianique devient indifférente à la mentalité chrétienne commune, il n’est plus que l’illustration d’une vie céleste rêvée. Cela forge un dieu qui déprécie notre existence concrète, un dieu qui nous dispense de nous heurter à la réalité. Ce dieu est produit par l’homme qui refuse sa condition humaine. Le terme fils de Dieu décrivait seulement son attitude humaine à l’égard de Dieu qu’il invoquait comme Père.

 

Comme je crois en Dieu, mystère ultime de l’univers, l’homme Jésus est pour moi le « visage humain de Dieu », et plus précisément le visage humain de Dieu dans notre condition humaine finie et contingente. Il est pour moi l’homme qui a humanisé Dieu. Jésus incarne une façon nouvelle — et non spécifiquement religieuse — d’être humain. Jésus nous délivre du dieu imaginaire que nous construisons pour échapper à notre finitude dans un au-delà paradisiaque. Jésus nous signifie que ni notre condition, ni même la mort ne s’opposent à la vie que Dieu nous propose.

 

 

 


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