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La Saint-Barthélémy


24 août 1572


 

Gilles Castelnau
 



25 août 2022

 

Catherine de Médicis est la mère du jeune roi Charles IX (il a 22 ans). Elle est proche de la famille des Guise, catholiques conservateurs. L’influent amiral de Coligny est protestant. Il siège au Conseil du roi.

Les Guise le font assassiner le 22 août – peut-être avec l’assentiment de la reine mère. Celle-ci, influencée par les Guise et par son autre fils, le futur Henri III, prétend craindre un « complot » des chefs protestants. Ceux-ci sont, en effet, réunis à Paris à l’occasion du mariage de Marguerite de Valois, la sœur du roi avec Henri de Navarre, le futur roi Henri IV.

Ceci se passait sur un fond politique d’opposition entre l’Espagne catholique et l’Angleterre protestante.

A l’aube du 24 août, sur le signal du tocsin de Saint-Germain-l’Auxerrois (la paroisse royale) les assassins se répandent dans la ville aussitôt suivis par la populace des pillards. Il y a quelque 3000 morts. Du 25 août au 3 octobre les meurtres se poursuivent dans nombre de villes de province

L’historien Jérémie Foa a récemment publié le résultat de ses recherches dans les archives de l’époque : « Tous ceux qui tombent, Visages du massacre de la Saint Barthélémy. Ed. La Découverte). Il y met en lumière la petite histoire des gens ordinaires qui ont participé à ces massacres.
En voici deux passages.


Écoutons le massacre. Tout commence au son du tocsin, vers deux ou trois heures du matin, la nuit du 23 au 24 août 1572. La rue s'arrache au sommeil, sort chuchotant du silence, les hommes s'habillent en vitesse. Puis ce sont des voix, des cris, des chocs, des femmes qui courent et d'autres qui pleurent ; des slogans sont lancés et repris ; les portes claquent, les chiens aboient ; on discerne des coups de feu, des corps qui flanchent. Difficile dans ce tohu bohu d'isoler le signal qui singularise entre tous le massacre de la Saint-Barthélemy. Approchons. Plus près, tendons l'oreille. On entend une clochette.

Mathurin Lussault est chez lui, rue Saint-Germain, quand il entend « tirer la sonnette de sa fenestre. C'est intrigant mais chez Lussault les meurtriers sonnent avant d'entrer - un reste de bonne habitude. Lussault descend, ouvre, est accueilli d'« un coup d'espée ».. Chez Pierre Baillet, marchand teinturier de la rue Saint-Denis, on vient aussi « sonner la clochette de sa maison ». Un peu plus loin, le joaillier Olivier de Montault n'entend pas « heurter à sa porte », mais sa femme est réveillée : c'est elle qui ouvre aux assassins, comme on ouvre aux voisins, toute la famille est exécutée. À Orléans, « quelques massacreurs » viennent « heurter à la porte d'un docteur en droit nommé Taillebois, lequel ouvre la fenestre, et entend qu'ils vouloient parler à luy, descend et vient ouvrir la porte de l'huis ».

 

Ces assassins-là sont des proches et des gens bien élevés, des hommes ordinaires. S'il y a si peu de résistance, au fond, c'est que tout débute par une clochette qui tinte et que ce sont des voisins derrière la porte. Maintes fois, les huguenots ont subi les tracasseries de ces hommes, ont dû les suivre aux prisons, se soumettre à leurs interrogatoires et à leurs moqueries. Ainsi s'explique aussi la passivité des protestants au cœur du massacre : cent fois ceux qui sonnent ont sonné. La Saint-Barthélemy est un événement de proximité et il faut dire tout ce qui oppose cette thèse à celle d'un massacre aveugle, rendu possible par l'anonymat supposé de la grande ville d'Ancien Régime.

Le dimanche 24 août, est baptisée à Parise la petite Marguerite, fille du tailleur d'habits Justin Herouart et d'Anne Chevalle. Ils n'habitent pas très loin, à la Croix neuve, mais pour aller jusqu'à Saint-Eustache il y a des tas de corps à passer. Le parrain, le graveur Mathuryn Barreau, et les marraines Marguerite Leore et Claude Coeffart sont pourtant au rendez-vous, fidèles comme si de rien n'était.

[...]

Les enfants naissent, les parrains parrainent, les curés baptisent. Les Esmar, des orfèvres, habitent rue de la Vieille Monnaie et sont voisins du lapidaire Philippe le Doulx qui, avec toute sa maisonnée, a été assassiné. Le même jour, on baptise à Saint-Eustache le petit Jacques. Son père, Jean Trousseville, est un gagne-denier de la rue Montorgueil, là où, tandis qu'il porte son fils sur les fonts baptismaux, l'épinglier Jean Corbonan et toute sa famille sont passés au fil de l'épée. Les nouveaux entrants dans l'Église du Christ ont-il enjambé ceux qu'au même instant on expulsait ?

 


David Feutry publie dans le livre
« Rebelles de la foi. Les protestants en France XVIe - XXIe siècle. -  textes choisis »
un passage des Mémoires de Marguerite de Valois. Catholique, sœur de Charles IX et mariée au roi de Navarre, le futur Henri IV

Au point du jour, le Roi, mon mari dit qu'il voulait aller jouer à la paume.
Une heure après comme j'étais endormie, voici un homme frappant des pieds et des mains à la porte, criant : « Navarre, Navarre ! » Ma nourrice pensant que ce fût le roi mon mari, court vitement à la porte et lui ouvre. Ce fut un gentilhomme nommé sieur de Létan, qui avait un coup d'épée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras, et était encore poursuivi de quatre archers qui entrèrent tous après lui en ma chambre. Lui se voulant garantir se jeta sur mon lit ; moi sentant cet homme qui me tenait, je me jette à la ruelle et lui après moi, me tenant toujours au travers du corps.
Je ne connaissais point cet homme, et ne savais s'il venait là pour m'offenser ou si les archers en voulaient à lui ou à moi. Nous criions tous les deux, et étions aussi effrayés l'un que l'autre.
Enfin, Dieu voulut que Monsieur de Nançay, capitaine des gardes y vînt, qui me trouvant dans cet état-là, encore qu'il eût de la compassion, ne se put tenir de rire, et se courrouçant fort aux archers de cette indiscrétion, il les fit sortir, et me donna la vie de ce pauvre homme qui me tenait, lequel je fis coucher et panser dans mon cabiner jusques à tant qu'il fût guéri.

Et changeant de chemise, parce qu'il m'avait toute couverte de sang, Monsieur de Nançay me conta ce qui se passait, et m'assura que le Roi mon mari était dans la chambre du Roi, et qu'il n'aurait point de mal. Me faisant jeter un manteau de nuit sur moi, il m'emmena dans la chambre de ma sœur madame de Lorraine, où j'arrivai plus morte que vive, où entrant dans l'antichambre de laquelle les portes étaient toutes ouvertes, un gentilhomme nommé Bourse, se sauvant des archers qui le poursuivaient, fut percé d'un coup de hallebarde à trois pas de moi. Je tombai de l'autre côté, presque évanouie entre les bras de Monsieur de Nançay, et pensais que ce coup nous eût percé tous deux. Et étant quelque peu remise, j'entrai en la petite chambre où couchait ma sœur.

Comme j'étais là, Monsieur de Miossans, premier gentilhomme du Roi mon mari et Armagnac, son premier valet de chambre, m'y vinrent trouver pour me prier de leur sauver la vie. Je m'allai jeter à genoux devant le Roi et la Reine ma mère pour les leur demander ; ce qu'enfin ils m'accordèrent.

 

 



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