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Le culte marial catholique


Michel Leconte

20 avril 2022

 

 

Je remarque qu’il est vraiment très risqué de critiquer ou de se moquer du culte marial. Cela déclenche des réactions indignées de la part des catholiques pratiquants ou non. J’en ai fait la pénible expérience récemment, rien ne m’était épargné, ni les insultes agressives ni les attaques ad personam. J’ai fini par supprimer l’objet du délit pour avoir la paix. Mais le protestant que je suis continuera à voir dans cette adoration la pire idolâtrie - l’idolâtrie consistant à adorer une personne ou un objet de ce monde comme si c’était Dieu lui-même. La piété mariale ne répond, à mon avis, qu’à un besoin enfantin de protection sécurisante des croyants devant un Dieu impressionnant. Il répond aussi à un besoin d’adoration assez niais de « sa maman du ciel », comme figure infantile de la « mère idéale » du complexe œdipien, celle qui n’appartient qu’à ses fils que sont les prêtres. Ce culte m’apparaît comme une excroissance parasite de la révélation du Dieu de Jésus Christ.

 

La religion et les symboles qui la constituent succombent facilement et fréquemment à la tentation de se substituer à la révélation. Parce qu’elle est au service de la révélation, qu’elle en est le transmetteur, elle risque de se présenter ou d’être perçue elle-même comme révélée, dégradation dans laquelle est tombée, selon moi, le catholicisme romain. Dans cette optique, la Vierge Marie prend alors très subtilement la place de Dieu au lieu de renvoyer à lui, elle devient alors une idolâtrie. Alors qu’elle a pour fonction d’indiquer la réalité ultime, de la montrer, la religion se prétend elle-même divine. Elle se fonde toujours sur une révélation, mais cette révélation, elle la « démonise » (P. Tillich) en entretenant une confusion entre le transmetteur et ce dont il est chargé de transmettre, en ne distinguant pas l’objet sacré du sacré lui-même, en identifiant l’instrument dont se sert la révélation avec ce qui est révélé. Cette perversion l’apôtre Paul la dénonce dans le premier chapitre de l’épître aux Romains (Rm 1, 18-25) : Dieu se manifeste dans ses ouvrages et ses ouvrages deviennent objets d’adoration. La créature s’approprie indûment la ferveur qu'elle devait orienter vers le créateur.

 

Jésus lui-même n’échappe pas à cette perversion, c’est alors une « jésulogie » au lieu d’une christologie : Jésus révèle Dieu, il ne s’y substitue pas et sa mère, n’est pour moi que la christotokos (celle qui a enfantée le Christ) et non la theotokos (celle qui a enfanté Dieu). Jésus ne veut pas se substituer à Dieu. À Golgotha, il s’efface, renonce à lui-même, sacrifie l’individu de chair et de sang qu’il est à l’être nouveau dont il est porteur. Cet abandon de toute prétention personnelle fait de lui le révélateur par excellence (Paul Tillich). Parce qu’il « n’a pas regardé comme une proie à arracher d’être l’égal de Dieu… c’est pourquoi Dieu l’a surexalté et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom (Phi 2, 6-9).



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