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Le Dieu-phallus et ses prêtres


Michel Leconte

27 mars 2022

 

 

Dans la Bible, il y a deux représentations de Dieu :

 

- Le premier, le plus répandu, est le très masculin Dieu-Phallus, le Très-Haut, le Père qui détient la toute-puissance, le Dieu imaginaire de nos désirs infantiles d’omnipotence, celui de la guerre, du pouvoir, de l’ordre et de la domination, celui des rois, des empereurs et des dictateurs, il donne la victoire à son peuple, c’est le Dieu du Temple et de ses prêtres sacrificateurs.

 

- Le second est culturellement dominé par le premier, il n’a pas de nom, mais il ajoute : « Je serai avec toi », c’est le très bas, celui qui n’est pas dans l’orage et le tonnerre, mais seulement « dans le murmure d’un fin silence » (1 Roi 19, 9-13) celui qui ne veut pas les sacrifices, mais la miséricorde et la justice (Osée 6, 6). C’est le Dieu Abba de Jésus Christ.

 

Je pense que les disciples de Jésus croyaient surtout dans le premier. Les pèlerins d’Emmaüs ne dirent-ils pas à l’étranger qui s’était joint à eux : « nous, nous espérions qu’il était celui qui allait délivrer Israël » (Lc 24, 21) ; puis avant la disparition de Jésus : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le Royaume d’Israël ? » (Ac 1, 6).

Longtemps j’ai pensé que les disciples de Jésus s’étaient mépris et qu’ils pensaient suivre un Messie politique qui allait utiliser sa puissance afin de les conduire à la victoire en boutant les troupes romaines hors de la Palestine. Les fils de Zébédée, les disciples Jacques et Jean sont possédés par ce désir narcissique et infantile de toute-puissance, ils demandent par l’intermédiaire de leur mère de siéger à la droite du Christ en gloire (Mt 20, 20-28). En réponse, Jésus leur explique que le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir (V. 28). Je pense maintenant que cette attente des disciples est là pour dénoncer cette volonté de puissance et la fascination que nous avons envers le premier Dieu. Je crois que ces versets sont là précisément là pour nous mettre en garde.

 

L’Église constantinienne me paraît avoir la préférence pour le premier Dieu tout en essayant de mêler les deux, mais il n’est pas question pour elle d’aller sur les chemins de Galilée rejoindre cet éveillé des morts pour partager le pain et le poisson avec les exclus et les petites gens qui vivent sur la terre. Son organisation sacerdotale et hiérarchisée en témoigne. Elle adore trop le pouvoir et la puissance. L’Église a remplacé l’empereur et l’Empire romain par le pape « pontifex maximus », et l’Église universelle. C’est du Dieu tout-puissant qui envoie son Fils souffrir et mourir sur la croix pour pouvoir pardonner les péchés et capable de faire revivre les morts dont elle se réclame, c’est le Dieu du Temple, de ses prêtres et de ses pompes qui a pris la place du Dieu de Jésus ! La messe est devenue un sacrifice. L’ordre établi a été sauvegardé. L’Église a retiré à Jésus tout ce que son message comportait de subversif. Le Dieu humble et prophétique de Jésus a été écarté. Le Christ Jésus a été « tué » une deuxième fois.

 

Le Dieu-phallus

 

Dans sa représentation de Dieu, l’Église se l’est représentée selon l’image qui surgit spontanément dans notre inconscient. La religion associe classiquement l’idée de Dieu à la Toute-Puissance. Il est facile de constater comment la religion romaine a pu présenter Dieu comme un monument phallique et devenir ainsi le miroir privilégié où surgit l’image d’un soi absolu, causa sui, sans altérité ni limite. Qu’il soit pensé comme le Tout autre et la différence absolue ne l’empêchera pas de fonctionner comme le soutien fantasmatique d’une illusoire complétude si ce n’est en ce monde, du moins dans l’autre. L’être humain est animé du désir inconscient de posséder l’attribut phallique qui le mettrait à l’abri du danger du manque et ainsi d’échapper à ce qui constitue sa condition humaine marquée par la contingence et la finitude. L’homme et la femme sont animés par le désir de posséder ce qui protège de la perte et du manque et donc d’avoir ce qui peut l’en protéger. L’être humain ne peut pas accepter la perte d’une puissance, d’une totalité, qu’il suppose avoir eue au paradis et qu’il aurait perdue. C’est pour cela qu’il projette en Dieu ce qu’il désire être ou avoir. Il veut avoir et plus encore être cette instance imaginaire bien représentée par la métaphore du phallus dont le Tout-Puissant est le porteur par excellence. Dieu n’est plus alors que l’image inversée de nous-mêmes. Dieu y est conçu par projection à l’image du Père idéal possédant l’attribut phallique qui lui assure la possession de la mère et lui confère une toute-puissance mythique, et comme l’auteur de l’interdit qui empêche l’enfant de réaliser les vœux d’une libido dont le pénis est devenu le pôle organisateur, le lieu d’expression privilégié. Cette figure paternelle idéalisée devient donc d’un même mouvement le modèle obligé de toute promotion dans la voie du désir et l’obstacle incontournable qui en barre l’accès. Cette problématique risque d’enfermer le sujet masculin dans l’alternative fantasmatique d’une révolte meurtrière destructrice ou de l’érotisation masochiste d’une soumission passive.

 

Les prêtres

 

Le Dieu à l’image du Père idéal redoutable, possesseur tout-puissant du phallus est plus envié qu’aimé. La manière dont a été lu le récit dit de « la chute » par Saint Augustin en témoigne. L’obéissance totale à sa volonté divine permettra d’éviter tout affrontement, tout conflit, et réalisera les vœux de soumission masochiste du fantasme, moyen détourné d’acquérir l’illusoire Toute-Puissance qu’on lui attribue. Cette radicale dépendance vis-à-vis du créateur scellera la fixité d’une position dans laquelle le fils ne pourra rester qu’un enfant n’ayant pas la libre disposition de son sexe ni la possibilité d’accéder à la paternité. Refoulés, les vœux de révolte et de meurtre du Père divin ne proliféreront que davantage et alimenteront en retour une culpabilité envahissante, car sans issue : impossible de s’affronter à un Dieu tout-puissant qui de surcroît est affirmé tout amour. Devant une telle représentation de Dieu, on peut comprendre toute une théologie basée sur le péché et plus particulièrement une doctrine basée sur le péché originel où l’homme prétendit prendre la place de Dieu (Gn 3, 5). Devant un tel péché, il fallait un rédempteur, nous connaissons la suite…

L’Église romaine a repris le vocabulaire caractéristique du lévitique : sacerdoce, autel, consécration, etc. On peut voir dans la même ligne le retour aux catégories « pur-impur » dans l’approche du Dieu tout-puissant. La représentation de l’Église comme hiérarchie sacrée fondée par Dieu lui-même renvoie à un Dieu qui n’a rien à voir avec celui de l’Évangile. Dieu est en haut et le monde est bien bas. Les hommes sont invités à s’élever le plus haut possible selon l’adage d’Irénée de Lyon : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » …

 

C’est pourquoi, le prêtre, homme de ce Dieu et du sacré, fut voué au célibat et à l’abstinence sexuelle. Devant le Dieu phallique, le prêtre devait « se castrer » afin de se montrer soumis et innocent de ses désirs inconscients. Cela signifie qu’il renonce à instaurer une relation privilégiée avec une autre femme que sa mère, la Vierge Marie lui servant le plus souvent de substitut féminin et maternel – un substitut illusoire. Dieu peut alors représenter une image idéalisée du père réel souvent dévalorisé. Ce Dieu est souvent médiatisé par un personnage « intermédiaire » sacré : un autre prêtre, l’évêque ou le pape, détenteurs par procuration, de la puissance phallique de Dieu. Le prêtre lui-même est investi par son ordination de la Toute-Puissance divine conférée à Jésus Christ déclaré « vrai Dieu et vrai homme » au concile de Chalcédoine en 451 : il devient un « alter Christus ». Doit-on alors dresser des corrélations entre l’insistance sur le suprême pouvoir pontifical infaillible et sur la centralisation de l’autorité, l’insistance sur la suréminence du caractère sacré du pouvoir sacerdotal, l’insistance sur la nécessité de contrôler de fort près la vie sexuelle des fidèles, des prêtres et de leurs mères ?

 

Le Jésus des évangiles

 

Il apparaît dans les évangiles que le statut sexuel de la mère de Jésus comme le sien propre n’a aucun rapport avec sa mission et sa personne. Cela est simplement le signe du caractère exceptionnel de Jésus et de l’action de Dieu, il ne s’agit pas d’exalter la virginité de Jésus et de sa mère.

Le Dieu de Jésus n’est pas le Dieu Tout-Puissant de nos fantasmes infantiles. C’est le Dieu non puissant et désarmé qui se révèle sur la croix. À la croix, Dieu se vide de lui-même, il se défait des attributs de la puissance : « il est marqué par la castration symbolique », écrira Jean-Daniel Causse (1962-2018)*. Le Dieu chrétien est définitivement marqué par la croix, c’est le Dieu « Abba » de Jésus qui se révèle dans la faiblesse, mais aussi dans une puissance qui donne Vie. Le père de la parabole dite de l’enfant prodigue est-il à l’image du Dieu de colère si longtemps prêché par l’Église ? Autrefois, Jésus manifestait qui était Dieu en s'offrant lui-même en sacrifice au Dieu Tout-Puissant offensé par le péché des hommes, pour obtenir le rachat des êtres humains. Désormais, Jésus est considéré comme révélateur de Dieu, non pas parce qu’il s’offre en victime sacrificielle à la juste colère de son Père, mais parce qu’il va manger avec les pécheurs, ce qui de son temps était un péché et une faute religieuse et civile punie par les tribunaux (un bon Juif ne partageait pas de repas avec les pécheurs ou les publicains). C’est désormais son comportement humain ; concret avec les hommes et les femmes de son temps qui est considéré par les croyants comme ce qui manifeste le mieux ce qu’est Dieu. Dans les deux cas, il y a manifestation de ce qu'est Dieu par Jésus, mais dans un cas la manifestation porte sur le fait que le fils en s‘immolant révèle comment Dieu est père ; alors que dans l’autre, Jésus révèle ce qu'est Dieu en traitant les pécheurs avec une humanité qui est censée révéler la façon même dont Dieu serait avec les pécheurs. Cela représente un énorme glissement dans la représentation de Dieu. Jésus a blasphémé contre le Dieu absolu de nos rêves de puissance. Par sa mort, il en a payé le prix, mais Dieu l’a réveillé…

 

* Dans « Traversée du christianisme », Bayard, 2013, p. 86.

 

 

 

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