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Réflexion sur le célibat des prêtres


Michel Leconte

26 décembre 2021

 

Déni de réalité et secret

 

On voit ce que le célibat obligatoire peut engendrer chez la majorité des prêtres. Presque tous ont recours à la masturbation, beaucoup ont des relations hétérosexuelles ou homosexuelles le plus souvent cachées. Par ailleurs, le fait que le célibat soit imposé au prêtre, va attirer des personnalités présentant des problèmes de maturité affective et sexuelle, mais aussi des psychismes névrotiques à la sexualité refoulée, voire des structures de personnalité perverses. Il y a là un refus de la réalité et le refuge dans un idéal imaginaire. Le jeune séminariste enthousiaste ne sait pas à quoi il s’engage en choisissant le sacerdoce, si ce n’est que de manière théorique.

Voici ce que Paul Jury, ancien prêtre jésuite et psychanalyste, écrivait dans son journal :

 

« La sexualité devient ainsi le nœud de toute l’existence sacerdotale. Et cela, on le cache soigneusement. Songez, ce serait ignoble de penser que ces surhommes, ces anges, ont des corps et qui pèsent terriblement. Pourtant, c’est là le vrai, le simple vrai, le quotidien le plus quotidien. Qui osera dire, du public ou des prêtres ? Ce sexuel est si important, et il est, par là, la définitive réfutation du système catholique, qu’on le cache, qu’on doit le cacher. Le prêtre se cache, le prêtre est secret. Il ne parle jamais de la seule chose qui l’occupe. Il a honte, le malheureux. Le prêtre se cache, sur le point essentiel de sa vie.

 

Le mauvais sacré de la sexualité continente

 

La continence et le célibat du prêtre sont destinées à accentuer la séparation entre le prêtre et les laïcs en faisant des prêtres des êtres d’exception capable théoriquement de se comporter autrement que « le troupeau ». Ils se montre capable de se soumettre spirituellement à l’unique époux le Christ par la maîtrise des pulsions et le dépassement de leur nature terrestre. Ils retrouvent ainsi l’image paradisiaque de l’homme avant le péché - ce que les membres du « troupeau » sont incapables de faire. En outre, le renoncement du prêtre à la sexualité est la preuve de sa soumission à la hiérarchie de l’église. Le prêtre n’a qu’une seule femme dans sa vie : sa mère représentée à la fois par la Vierge Marie et l’Église - mater et magistra - vis-à-vis de laquelle il reste un enfant obéissant.

 

Cette conception est destinée à asseoir le pouvoir des clercs par une dénégation de la sexualité et son abstinence qui leur assure une pureté rituelle comparable à celle des grands prêtres sadducéens du temps de Jésus. Celle-ci leur confère une sorte d’exception ontologique qui leur permet d’agir « in persona christi ». Mais celle-ci est fondée sur une vision archaïque de la sexualité comme « souillure », donc incompatible avec la célébration de l’eucharistie. La sexualité est ainsi réduite à l’impureté et renforce la peur des fidèles à son égard. C’est pourquoi l’église catholique est si obsédée par la sexualité qu’elle considère toujours la faute sexuelle comme une matière grave pouvant entraîner un péché mortel. La figure du prêtre n’apparaît plus comme celle d’un maître spirituel, mais comme celle sacrée, d’un père castré, qui, à l’image du pape dont il représente le pouvoir, est porteur de la loi tout en étant privé de capacité virile et procréatrice comme un père véritable. Le prêtre devient ainsi une figure à la fois menaçante, puisque capable de dire le permis et le défendu, et rassurante puisque réalisant en sa personne la solution du dilemme : être un père et être un humain sans sexualité. La hiérarchie de l’église repose sur ce rapport antithétique entre sacré religieux et mauvais sacré sexuel. En reprenant de manière fondamentaliste la position de Saint Paul, faisant du mariage un mal nécessaire : « il vaut mieux se marier que brûler » (1 Co 7, 9), et de l’abstinence la voie la meilleure, l’Église culpabilise totalement l’humain face à sa vie pulsionnelle (le meurtre et l’acte sexuel sont interdits quasiment à égalité). D’autre part, le pouvoir d’absolution des péchés étant détenu par l’Église, celle-ci exerce alors une forte contrainte sur l’homme maintenu dans un état de culpabilité permanente. Contrarier l’homme sur ses pulsions en se posant comme seule pouvant l’absoudre de ses péchés est une technique terriblement abusive et perverse.

 

Le fait de passer de ce « père castré » au père de famille laïc entretenant une relation nouvelle avec une femme assoirait plutôt l’autorité du prêtre à l’instar de celle du pasteur, car celle-ci ne serait plus assise sur une hypothétique continence sexuelle, mais serait signifiée, en vérité, par la conjugalité. Cela entrainerait un rapport infiniment plus sain et positif aux femmes et aux hommes et à tous les fidèles. Les prêtres seraient reconnus comme des époux et des pères véritables, proches de la condition commune de la majorité des chrétiens.

 

Le prêtre n’est pas un moine, il n’a pas à avoir un pied dans l’au-delà où nous serons censés être « comme des anges dans le ciel. »

 

 

 

 

 


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