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Homosensibilité et foi chrétienne



Nicole Rochat

pasteure de l’Église Réformée du Canton de Neuchâtel
responsable cantonale du service Couple, enfance et famille

préface de Pierre Bühler
professeur de théologie émérite des Universités de Neuchâtel et de Zurich

 

Édition Olivétan
250 pages – 19 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

28 avril 2021

 

Préface de Pierre Bühler

L'accueil des personnes homosexuelles dans les Églises fait débat. Il est nécessaire de poursuivre la réflexion posément en prenant de la hauteur par rapport aux affrontements agressifs, et l'ouvrage dc Nicole Rochat est de ce type.
[...]
Il y a tout d abord, comme le signale déjà le titre, l'invitation à reconsidérer notre vocabulaire. Pour souligner que les genres ne sont pas simplement déterminés par la différence sexuelle, mais touchent à l'entier de la personne dans son identité, dans sa manière de penser, de vivre et de ressentir, la proposition nous est faite de remplacer systématiquement «homosexuel, par « homosensible ». Cela permet aussi de prendre en compte que la définition des genres n'est pas que biologique, mais dépend aussi de composantes culturelles et sociales complexes. Renouveler le vocabulaire permet ainsi de déplacer les accents, de changer des perspectives trop figées.
[...]
Nicole Rochat nous invite à revisiter différents textes bibliques souvent âprement discutés, dans l'Ancien Testament d'abord, puis dans le Nouveau Testament. S'inspirant d'études exégétiques récentes, elle élargit les perspectives et nous permet ainsi de redécouvrir sous des angles nouveaux les condamnations du Lévitique, les péripéties de Sodome et de Gomorrhe ou encore cet amour plus fort que celui pour les femmes qui liait David et Jonathan.
Elle nous invite à nous demander si ce que Paul désigne comme « contre nature » n'est pas très influencé par la culture dans laquelle il vit.
Mais il faut ajouter un autre volet important dans l'ouvrage, qu'on pourrait appeler herméneutique, c'est-à-dire une interrogation sur ce que nous faisons de la Bible lorsque nous en invoquons certains passages pour trancher des décisions actuelles. L'auteure signale ainsi le danger d'un usage idolâtrique des textes bibliques, et celui de dénaturer la Bible en en faisant un traité de morale sexuelle. Elle nous incite à chercher un dialogue vivant avec les textes bibliques, plutôt que de les transformer en un code rigide.

 

.

 

Nicole Rochat


Ce que la Bible dit et… ce qu’elle ne dit pas

 

La sexualité se pratique dans un ordre hiérarchisé

Dans la pensée du monde antique, les rapports homosexuels sont liés à une répartition des rôles entre 'actif et 'passif, dominant et dominé. Ainsi, si un homme pénètre un homme qui a le même statut social que lui, il le domine. À l'inverse, si cet homme se laisse pénétrer par son esclave, on craint qu’il attire le malheur, car il y a transgression des rôles. Qu’un homme libre perde son rang est vécu comme déstabilisant et menaçant car il est un pilier dans cette société patriarcale. Sa ‘dégradation’ au rôle de femme risque de faire chanceler la structure entière de la société.
[...]
Les rapports homosensibles entre femmes ne sont pas condamnés car ils ne sont pas considérés comme dégradants, la femme étant vue, dans cette culture, comme inférieure à l'homme.

Il était extrêmement rare à l’époque que deux personnes de même sexe vivent ensemble dans une relation d'amour et d’attachement durable. Un homme devait se marier avec une femme et avoir des enfants. Ce qu'il faisait ensuite avec les hommes lui appartenait. L'hétérosexualité était réservée à la reproduction, l'homosexualité au plaisir


Lévitique 18 et 20

On pensait que les mélanges portaient malheur, ainsi les étoffes faites de matières mélangées sont proscrites, de même que l’accouplement d’espèces animales différentes :

Tu n'accoupleras pas deux bêtes d'espèces différentes.
Tu n'ensemenceras pas ton champ de deux espèces de semences.
Et tu ne porteras pas un vêtement tissé de deux espèces de fils.

Dans le même ordre d’idées : « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme » évoque une situation inadmissible, car un homme ne saurait prendre la place (jugée inférieure) de la femme. « Ce qui est fustigé dans ces deux textes est la transgression des rôles », puisque la conception hiérarchique des rôles empêche deux personnes de même statut social d’avoir des relations sexuelles ; ces dernières doivent être asymétriques. L’égalité des sexes n'existe pas et aurait été considérée comme une abomination.

Ces prescriptions ne sont donc pas des prescriptions éthiques, ni morales ! Ce sont des prescriptions rituelles qui correspondent à une conception sociétale basée sur ce que nous pourrions assimiler à des superstitions.

Une abomination ?
Après ces quelques passages bibliques revisités, je souhaite revenir sur le terme « abomination », fréquemment utilisé dans les lois du Lévitique et du Deutéronome pour qualifier nombre de choses qui n’ont rien à voir avec l'homosexualité. Le mot hébreu tô'évâh est cité 117 fois dans la Bible et évoque des pratiques païennes en général (Lévitique 18.29), le fait d'offrir en sacrifice un animal qui ait des malformations ou d'adorer le soleil et la lune (Deutéronome 17.1-4), la consommation de lièvre, de porc et de fruits de mer (Deutéronome 14.3), les vêtements unisexes (Deutéronome 22.5), la falsification de poids servant aux mesures (Deutéronome 25.16) et le prêt avec intérêts (Ézéchiel 18.13), entre autres.

Comme nous pouvons le voir, ces textes mettent sur pied d'égalité le fait qu'une femme porte des vêtements d'homme, le fait de manger des crevettes ou le fait d'adorer des dieux étrangers, car toutes ces choses sont considérées à l'époque comme ayant une dimension religieuse.

Le terme « abomination » avait pas grand-chose à voir avec le sens que ce terme revêt actuellement. Il s'agissait d'une chose non pas intrinsèquement impure, mais rituellement inadaptée selon les critères de l’époque à laquelle ces textes ont été rédigés.
[…]
Les règles rituelles de l’Ancien Testament n’ont plus cours depuis longtemps. Jésus a pris beaucoup de liberté par rapport à ces prescriptions. Il s’est laissé toucher par la femme aux pertes de sang, il a touché les lépreux et a touché un mort. Par ailleurs, l’expérience extatique de l’apôtre Pierre (Actes 10.15) a mis fin à la conception rituelle du pur et de l’impur. Dès lors, ne revenons pas à des lois qui ont été abrogées en Jésus-Christ !

 


Sodome et Gomorrhe

L’intention des Sodomites n'était pas d'assouvir un besoin sexuel, mais de démontrer que l’étranger leur était soumis ; Pour eux, soumettre l'étranger passait par son humiliation. Or, nous l’avons vu, dans cette société très hiérarchisée, pénétrer un homme libre lui faisait perdre son statut et le rabaissait au rang de femme. Il n'y avait pas pire humiliation.

S'il s'agissait véritablement d'une condamnation de l'homosensibilite, comme certains le pensent nous serions tout de même en droit de nous étonner que Dieu détruise les gens de Sodome et Gomorrhe uniquement sur la base de désirs homosexuels frustrés, et d'intentions qu’ils n'ont même pas pu réaliser.
L’homosensibilité n’est, en soi, pas en cause et nous ne pouvons nullement évoquer ce texte pour affirmer aujourd’hui que la Bible serait opposée à une vraie relation d’amour entre deux personnes de même sexe, car cela n’a rien de commun avec la problématique rencontrée ici.

 


Et le Nouveau Testament ? La sexualité dans les mondes grec et romain

 

Romains 1

Dans l'Antiquité, l'homme va tout faire pour éviter les caractéristiques féminines. Les stoïciens aiment moraliser au sujet des cheveux et de la pilosité, qui ne sont pas considérés comme des conventions sociales, mais comme des symboles établis par la nature elle-même. Paul aussi condamne les hommes qui ont les cheveux longs (I Co 11.14). Dion Chrysostome et Clément d'Alexandrie considèrent qu’un homme qui se coiffe et s'épile a un comportement proche de la débauche, car il viole « les lois de la nature » et il s'engage dans des actes « contre nature ».
[…]
Toutes les personnes homosensibles ne vivent pas d’emblée dans le péché du fait de leur homosensualité ; elles ne « manquent le but » (définition du péché) que si elles vivent mal leur amour. De même, tous les hétérosensibles « manquent le but » s’ils vivent mal leur amour. Ce qui nous unit c’est notre besoin commun, du pardon de Dieu. C’est notre chance, car « celui à qui l’on pardonne peu, aime peu » !

 


Jésus mandate-t-il ses disciples pour célébrer des mariages ?
[...]
Si Jésus envoie ses disciples guérir les malades et délivrer les opprimés, jamais il ne les envoie marier qui que ce soit. Les mariages à l’église sont dus à l’évolution progressive du concept d'union. Jamais Jésus ne bénit un lien qui unit deux personnes et nous sommes en droit de nous interroger : ne sommes-nous pas dans l'erreur lorsque nous le faisons ? Bénir deux personnes en vue d'un amour qui dure, voilà qui est, probablement, notre seule mission envers les couples issus de notre conception actuelle du mariage.

 

Enlever les étiquettes

Nous identifiant dans l'hétéro- ou l'homosexualité, nous sommes davantage que notre sexualité et, par extension, davantage que nos pensées et nos émotions, davantage que nos actes. Nous sommes nous-mêmes, c’est-à-dire des créatures uniques et merveilleuses, dignes de respect et d'amour. Une personne que l'on qualifie d’homo- ou d'hétérosexuelle n'est pas d'abord cela : elle est d'abord une personne. Un point c’est tout. Il en découle que les identités sociales, sexuelles ou religieuses deviennent relatives et se situent au second plan par rapport à la foi en Jésus-Christ.



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