Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Libre opinion

 

Le film

« Les Misérables »

 

une théologie plus que libérale

 

more than liberal theology

 

George Pattison

professeur de théologie à l’Université d’Oxford

 

Article paru dans l'hebdomadaire anglican Church Times
du 11 janvier 2013

traduction Gilles Castelnau


 

8 février 2011

« Les Misérables » est un film musical britannique réalisée par Tom Hooper en 2012 d'après la comédie musicale à succès de Claude-Michel Schönberg, elle-même librement adaptée du roman de Victor Hugo, avec Russel Crowe, Hugh Jackman et Anne Hathaway.

Comme dans les grands spectacles épiques, il y a la guerre, la révolution, des amours contrariées, des enfants perdus et des moments haletants. Mais le roman de Hugo a également un importante dimension théologique qui touche au cœur du christianisme avec les questions du péché, du pardon, de la justice et offre une nouvelle interprétation surprenante de la question du salut.

Dans un des passages de l’œuvre contenant une réflexion philosophique, politique ou théologique, Hugo déclare que son caractère principal est « l’infini » au-dessus de nous, Dieu et aussi l’infini en nous, l’âme humaine. Dans cette perspective, Les Misérables présentent une version moderne du voyage de l’âme vers Dieu ; un voyage qui est aussi celui d’une ville, Paris, d’un pays, la France et finalement du monde moderne dans son ensemble.

 

L’intérêt théologique du roman surgit dès le début dans la scène entre l’ancien condamné Jean Valjean et l’excellent évêque de Digne. Valjean a subi une peine de 19 ans de travaux forcés pour avoir volé une miche de pain. Il est libéré depuis quatre jours mais est repoussé par tout le monde jusqu’à ce qu’il vienne frapper à la porte de l’évêque.

Cet évêque n’est pas un prélat ordinaire. Il est connu comme Monseigneur Bienvenu (évocation du verset « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur »). Il a vendu presque tous ses biens et en a donné l’argent aux pauvres. Il offre à Valjean un lit pour la nuit. Mais pour tout remerciement, comme les cyniques s’y attendaient, Valjean lui dérobe sa dernière possession, un chandelier. Arrêté par la police, Valjean est accusé de ce vol mais l’évêque déclare aux policiers qu’il avait lui-même donné le chandelier. Ce geste fait prendre conscience à Valjean de l’horreur de sa vie contrastant avec la lumière des cieux.

Valjean est désormais un homme nouveau. Ayant développé une technique nouvelle en matière de joaillerie, il dirige une entreprise à succès et vient en aide à de nombreux défavorisés. Parmi eux se trouve Fantine, une ouvrière qui vient d’être licenciée – à l’insu de Valjean – car elle est enceinte. Elle meurt en accouchant mais Valjean promet de s’occuper de son enfant, Cosette.

Poursuivi sans relâche par le policier Javert, incarnation de la rigueur légale, Valjean voit sa vie à nouveau ruinée. Il s’enfuit avec Cosette à Paris soulevé par la Révolution de 1830. Son amour pour Cosette tourne à la jalousie et lorsqu’elle est amoureuse d’un garçon, il fait tout pour l’en séparer.

Une scène sur une barricade le montre libérant Javert des mains des révolutionnaires qui se préparaient à l’exécuter et il sauve Marius, l’amoureux de Cosette qui est blessé. Hugo souligne l’attitude de Valjean qui, bien que présent sur la barricade aux côtés des révolutionnaires, ne tire lui-même pas un coup de feu. La mission qu’il accomplit est de sauver des vies et non pas de tuer.

Dans un épisode extraordinaire, il réussit à s’échapper en portant le corps inconscient de Marius à travers les égouts de Paris, s’enfonçant profondément dans l’obscurité jusqu’à s’embourber dans la vase. Lors de cette « descente aux enfers » qu’Hugo qualifie de sépulture et de renaissance, il devient pratiquement une figure du Christ. Javert se reconnaît finalement vaincu et se suicide à la manière de Judas.

 

L’articulation de la tourmente politique et du destin individuel montre que Les Misérables unissent dans une même réflexion théologique la rédemption collective et individuelle. Pour Hugo, la Révolution française de 1830 est un événement d’inspiration divine dans la mesure où ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité recoupent l’espérance de l’évangile débarrassée des étroitesses ecclésiastiques et s’ouvrent aux hommes du monde entier.

Alors même que peu de théologiens britanniques aient partagé la foi de Hugo en la Révolution française, sa théologie se rapproche de nombreuses pensées libérales qui voient dans le progrès social l’accomplissement de l’espérance chrétienne. On peut être tenté de considérer cela comme une tentative de sécularisation humaniste du message évangélique. Et en ce qui concerne la vie individuelle, Les Misérables présentent davantage un idéal moral qu’une théologie traditionnelle du salut par le sang de la Croix.

Lorsque Valjean mourant dit à ses amis que « mourir n’est rien, ce qui est terrible est de ne pas avoir vécu » et désigne un crucifix avec ces mots : « voici le grand martyr », des critiques pourraient y voir la notion du Christ libéral, exemple moral suprême bien différent du sauveur divin.

Mais ce serait une compréhension trop superficielle de Hugo. Dans un passage sur les couvents catholiques, il précise que la démocratie ne doit pas seulement promouvoir les droits de l’homme mais aussi les droits de l’âme. Si la pensée moderne rejette les miracles, elle doit affirmer le mystère et si elle récuse les absurdités de la religion, elle se doit de vénérer l’inaccessible. Ceux qui ont une vie de prière peuvent s’égarer sur de nombreux points mais la prière doit être respectée. Et « entre un monde fermé et un ciel qui n’est pas encore ouvert », l’âme peut déjà être saisie par la vision de l’éternité.

 

Certains passage les plus connus de la comédie musicale sont ceux qui, dans le roman de Victor Hugo expriment la passion pour la cause de la justice. Les droits de l’« homme » promus par les révolutionnaires de 1830, Hugo le dit explicitement, doivent être aussi étendus aux femmes et aux enfants. La description de la vie des prisonniers et des enfants des rues de Paris sont bouleversantes et dépeignent de façon bouleversante les horreurs de la pauvreté.

Si le libéralisme n’est que la rationalisation des doctrines, alors le respect que manifeste Hugo pour l’aspect mystérieux de la religion, pour les droits de l’âme et sa passion prophétique dépassent largement le libéralisme. Hugo est libéral mais il est aussi libérateur et s’il est humaniste, c’est dans la mesure où il montre la vie humaine et sa souffrance éclairée par une lumière céleste.

 

Voir aussi « Bourgeois parlant de Jésus-Christ"


Retour vers "libres opinions"
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.