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Mémoires d’une famille huguenote

victime de la révocation de l’Édit de Nantes


 

 

Jacques Fontaine


Présentation et notes de Bernard Cottret

 

Ed. Max Chaleil
272 pages
publié en 1992

 


recension Gilles Castelnau


10 février 2021

Les mémoires de sa vie qu’écrivait le pasteur Jacques Fontaine réfugié en Angleterre puis en Irlande à la suite de la révocation de l’Édit de Nantes ont été découvertes à la Bibliothèque nationale par Bernard Cottret qui en fut fasciné.
Marié, père de famille nombreuse, honorablement connu dans la société britannique, il vivait convaincu de la présence providentielle de Dieu et commentait chaque moment de son existence par de petits sermons édifiants à l’intention de ses descendants.

Voici comment dans la postface, Bernard Cottret résume sa vie :

Jacques Fontaine se sait choisi par Dieu : voilà la portée de son témoignage, voici les raisons qui le poussent à prendre la plume.
[...]
II s'ensuit une extraordinaire suite de rebondissements, quasiment picaresques : être protestant en France lors de la révocation de l'édit de Nantes n'était pas une mince affaire. Le rester et décider de s'enfuir relevait du défi. De plus, en Angleterre comme en Irlande, ses nouvelles patries, Jacques Fontaine refuse encore et toujours les accommodements : on lui suggère de se conformer à l'Eglise établie, il se tourne vers les presbytériens qui, s'ils jouissent dès 1688 d'une large tolérance, n'en demeurent pas moins une minorité suspecte. Le jeune proposant sera pasteur non-conformiste. Le ministère, cependant, ne le retient pas : tour à tour boutiquier, maître d'école et manufacturier, habile au maniement de l'argent, et spéculateur à ses heures, le prêcheur se fait pêcheur à la suite d'une cabale qui empoisonne la vie de sa communauté à Cork. Il regrettera ce choix : l'ouest de l'Irlande n'était pas très sûr vers 1700 : les outlaus irlandais, censément papistes, les corsaires de Louis XIV lui mènent la vie dure.
[...]

 

Voici quelques passages de ce livre passionnant.


Jacques fontaine mon père

(On est en 1669. L’édit de Nantes n’est pas encore révoqué mais les persécutions commencent. Le père de Jacques Fontaine est pasteur.)
Il y eut un édit qui défendait aux ministres de porter la robe hors de leurs temples. Mon père n'en tint compte, mais la portait toujours comme à son ordinaire. Il fut encore obligé de comparaître devant le gouverneur. D’abord pour cette contravention, il y parut avec la robe, accompagné de quelques uns de ses anciens, et harangua le gouverneur et madame la gouvernante, qui furent si charmés de cette noble, respectable et humble grandeur qui brillait dans son discours, que madame la gouvernante obtint du gouverneur qu'il finit ses jours avec cet habit auquel il faisait tant d’honneur.

 

J'étudie en théologie

Dans ce temps, mon frère Pierre Fontaine, ministre de Vaux, fut envoyé prisonnier au château d'Oléron par une lettre du petit cachet, pendant qu'on condamnait son église et le temple (Arrêt du 26 janvier 1682), démoli aussi bien que la plus grande partie de tous les temples de notre province. Voyant alors que les gens de notre paroisse ne pouvaient qu'avec une grande fatigue se trouver aux lieux d'exercice qui nous restaient, j'invitai par pitié mes voisins à venir chaque fois dans ma maison prendre part à mes dévotions particulières ; et comme insensiblement le nombre des assistants s'accroissait, je me crus obligé de leur expliquer l'Ecriture sainte et de faire des sermons en les formes dans ma maison, de quoi Dieu, qui a promis l'assistance de son Saint-Esprit dans les occasions, me rendait capable, quoique j'eusse encore peu d'expérience ; mais, en de telles rencontres, le zèle et la piété servent au lieu de savoir. On continuait de s'assembler de plus grand en plus grand nombre chez moi, souvent jusqu'à cent et cent cinquante personnes à la fois.
[...]
Il courut cependant un bruit sourd dans toute la province, qu'il se faisait des assemblées dans notre village, et que j'en étais le prédicateur ; mais, n'y ayant point de traîtres entre nous, Dieu ne permit pas qu'on pût rien découvrir assez clairement pour me susciter des affaires.

 


La Révocation de l'it de Nantes (1685). Jacques Fontaine trouve un bateau qui l’emmène en Angleterre.

Nous souffrîmes un peu à la mer, par les vents contraires, car nous n'arrivâmes que le 1er décembre (style anglais. Les Anglais adoptèrent le calendrier grégorien en 1752. Le 1er décembre 1685, vieux style, équivaut donc ici au 11 décembre en France.) ayant été onze jours à la traversée sans oser relâcher en nul port de France ; ce qui fit qu'on fut obligé de ménager les vivres et surtout l'eau. Enfin nous débarquâmes à Appledor, dans la manche de Bristol, au bas de la petite rivière qui passe à Barnstaple, 1er décembre 1685 (vieux style).
Ayant payé notre passage, il ne nous resta, à votre mère et à moi, que vingt pistoles d'or ; mais Dieu, qui ne nous avait pas conduits dans un pays de sûreté pour nous y faire périr de faim, toucha le cœur des principaux habitants de Barnstaple qui, nous ayant envoyé chercher tous douze, prirent chacun un ou une de nous dans leur maison et nous traitèrent avec une douceur et amitié inconcevables, chacun prenant autant de soin du Français ou de la Française qu'ils avaient en leur maison que si nous eussions été leurs enfants ou leurs frères, de sorte que Dieu nous fit trouver, chez les étrangers, des pères, des mères, des frères et des sœurs.

 


M. Downe et sa sœur
Je ne fus pas un mois et demi chez M. Downe, qui m'avait, dès mon arrivée pris chez lui, et qui était celui qui m'avait fait toutes ces avances pour le trafic dont j'ai parlé, et qui était un bachelier d'autour de trente-six ou quarante ans et avait une sœur non mariée d'autour de trente-trois ou trente-quatre ans, avec qui je vécus en famille comme si j'eusse été chez un frère et une sœur. Ils étaient riches : la sœur avait autour de trois mille livres sterling et le frère près de dix mille en biens-fonds près de Minehead.

La pauvre dame, me trouvant à son gré, incita son frère à faire la cour à ma fiancée, qui était une très belle fille, et bien capable de donner de l'amour aux plus refroidis, lui disant qu'elle-même me prendrait pour époux, et qu'ils étaient assez riches pour nous deux. Elle me disait un jour que j'étais un fou de prendre une femme qui n'avait rien et que nous ne serions jamais que des gueux, et qu'elle serait bien mieux mon fait, et elle se servait de sa servante pour me faire répéter la phrase dans le plus mauvais anglais qu'elle pouvait. Je l'entendais aussi bien qu'elle, mais faisais toujours semblant de n'y rien comprendre. Cela se répétait souvent.

Enfin, un jour, son frère, qui parlait un peu français et un peu latin, de sorte que lui et moi nous entendions fort bien, arriva pendant qu'elle me sermonnait. Elle lui ordonna de me parler, ce qu'il fit d'un air assez embarrassé ; car il n'était pas si touché, quoiqu'il en eût bien plus de raison que sa sœur. Il me fit le compliment comme un homme fort sage, qui cependant n'aurait pas fait de difficulté de prendre ma fiancée pour femme si j'eusse pu me résoudre à prendre sa sœur. Cette dame était petite, maigre, noire, gâtée de petite vérole. Pour lui, il n'était pas si laid pour un homme comme elle pour une fille. Je répondis que j'avais déjà donné ma foi, et lui montrai notre écrit ; que cependant j'aimais assez ma fiancée pour la céder à un homme riche comme lui, pourvu qu'elle y consentît et que je lui proposerais la chose avec toute la fidélité possible.
Le soir, je fus pour voir cette dernière chez M. Fraine, où elle demeurait, et m'acquittai fort fidèlement de ma commission, quoique à regret ; et cependant je ne fus pas fâché de trouver cette occasion pour connaître si j'étais aussi sincèrement aimé d'elle comme je l'aimais.
[...]
Ceci donna occasion à renouveler nos protestations, d'amour réciproque et à raffermir nos promesses, et hâta plus que tout notre mariage.

 


Arrivée à Cork (Fontaine y fonde une église française)

J’étais alors au comble de la joie, aimé et chéri de tout mon auditoire, prêchant gratis, et par là ayant la satisfaction de servir le Dieu qui m'avait béni et d'avancer sa gloire sans aucun intérêt, mais d'un cœur franc et de bonne volonté. Ma chère épouse gagnait à ma manufacture de quoi entretenir la famille et faisait vivre tous les réfugiés qui étaient pauvres et avaient besoin d'ouvrage. L'église s'augmentait tous les jours ; car Cork est un lieu fort trafiquant et un beau port pour les vaisseaux, de sorte que l'église se grossit bientôt par plusieurs marchands qui vinrent s'y établir de tous côtés, sachant qu'il y avait un ministre français établi.

Lorsque l'église se fut accrue, les gens aisés, honteux de ce que je les servais gratis, s'assemblèrent et me proposèrent de se taxer volontairement, pour marquer au moins leur reconnaissance. A quoi je leur répondis qu'il y avait quantité de pauvres parmi nous, et que je les priais de leur donner ce dont ils avaient résolu de me faire présent ; que Dieu me bénissait et que j'avais de quoi vivre sans leur être à charge, et que je me faisais un plaisir d'imiter saint Paul, prêchant l'Evangile et gagnant mon pain par le labeur de mes mains.

 


Un nouveau corsaire. Nous sommes encore attaqués.

Ils partent à minuit et sont descendus avant jour à trois portées de mousquet de ma maison, et, dès le point du jour, commencent leur marche sans bruit et se baissent afin de n'être pas aperçus. Un valet irlandais, qui mettait alors les vaches hors de ma cour, les aperçut qui n'étaient qu'à grande portée de mousquet et marchaient tous en bon ordre. Il courut à notre maison et nous cria que nous étions tous perdus, qu'un nombre de gens armés étaient en vue.
Nous nous levâmes tous et fîmes fermer les portes de la maison. On se hâtait si fort qu'on oublia de fermer les portes de la grande cour de devant, et même la porte qui entrait dans la maison dessous la tour de devant, ce dont les ennemis s'aperçurent bien ; mais ils crurent que c'était une feinte, et que nous avions un canon chargé à cartouches pour tirer sur eux s'ils étaient venus à cette porte, comme ils l'ont confessé eux-mêmes depuis ; de sorte que Dieu ne voulut pas permettre qu'ils en approchassent. Cependant mes enfants chargeaient et mettaient les armes en état ; et comme ils avançaient toujours, je fis tirer par mon fils aîné le long mousquet de six pieds du baril du haut du galetas, ce qui leur fit baisser la tête.
Alors ils se dispersèrent par pelotons et se cachèrent à la faveur des haies et des fossés, et vinrent jusque dans les derrières des dehors de la maison. La première chose qu'ils firent fut de mettre le feu à la maison du malt qui était à l'est de ma maison et qui entourait le fort de ce côté-là, puis à tous les gerbiers et au tas de foin qui était au nord ; puis à un long tas de tourbes qui entourait la grande cour de devant du côté du nord et partie de l'ouest, et enfin à la maison des vaches, à l'écurie, et à une longue presse pour le poisson qui couvrait tout le sud de la grande cour et était à l'ouest de notre maison. Le tout était couvert de paille et de jonc ; de sorte que, dans moins de demi-heure, nous nous trouvâmes entourés, de trois côtés, de flammes et de feux terribles, et nous ne pouvions voir aucun de l'ennemi, à cause du feu et de la fumée qui était entre eux et nous, et qui nous incommodait dans la maison par les fenêtres...

 



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