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DIEU,

UNE INVENTION ?

 

OU LES DIVAGATIONS

DU CREUSEUR SOLITAIRE

 

 

JACQUES JUILLARD

 

Van Dieren éditeur,

Paris 72 pages – 13 €


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Recension Gilles Castelnau

 

27 décembre 2011

 

Le pasteur Jacques Juillard parle de Dieu. De Dieu et de lui ou peut-être de lui et de Dieu. Il n’aime pas trop les doctrines absolues et parfaites : il a choisi une citation de Kierkegaard qu'il a mise en exergue :

« Toute théorie s’oppose au rire des dieux ».

Pour servir de fil conducteur à son essai il a pris la petite parabole de Jésus que voici :

« Voici à quoi le règne de Dieu est semblable :
un trésor caché dans un champ ; l’homme qui
l’a trouvé le cache, et, dans sa joie, il va vendre
tout ce qu’il a pour acheter ce champ-là ».

(Matthieu 13.44)

Voici des passages de ce livre qui inciteront sans doute bien des internautes à l’acquérir pour le savourer ligne après ligne. Pierre Juillard s’exprimera en direct à la radio Fréquence Protestante (100.7 FM) le mercredi 4 janvier à 13 h 15. Cette émission pourra ensuite être écoutée sur internet pendant 6 mois).

 

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JEU D'APPROCHE

page 5

Dans ce conte, Dieu a-t-il sa place, et quelle place ?
Est-il dans ce trésor, réel ou imaginaire, ou ce trésor est-il le lieu et le temps où s'épanouirait sa présence ? Est-il dans ce hasard qui me le fait trouver, qui d'un coup me recentre sur l'essentiel, rendant le reste accessoire ou dérisoire, qui me fait rejoindre mystérieusement ce que je crois mon origine et ma destination (mais là déjà je franchis un peu les limites, même élargies, de mon histoire, je dépasse les règles du jeu) ? Si Dieu est ce trésor, ou s'il est simplement ce qui me pousse à le découvrir, est-il ce que j'invente pour donner sens à ce que j'appelle mon existence, est-il le nom que je donne au hasard, ou à une force qui me dépasse, une sorte d'énergie vitale, de puissance de création que certains se contentent de nommer la nature ou la vie ?

 

page 6

Je ne veux pas cacher malgré tout le lieu d’où je parle : ma foi mêlée de doute, au-delà de tout raisonnement, est en une force invisible que j’ai pris l’habitude d’appeler Dieu.

 

 

LE CHAMP

page 17

Pour certains protestants, Dieu, ou du moins sa manifestation révélatrice et normative, est enclos dans ce terrain de jeu, la Bible. Cela évite d'avoir à le chercher partout.
Malheureusement c'est un mauvais calcul : dans ce champ clos, on peut vite s'égarer, perdre ses repères. Pas de chance, c'est un terrain d'aventure, au sol miné, plein de forêts sauvages, de sables mouvants, de fondrières, de broussailles, d'escarpements. À moins d'avoir un guide performant, un mode d'emploi simple et net (« la Bible pour les nuls » ?), une bonne boussole, des signes de piste clairs et bien dessinés, à moins d'éviter les passages difficiles, les indications contradictoires, on risque d'y trouver plus de questions que de réponses, plus de doutes que de certitudes. Certains font preuve d'une énergie mentale surhumaine pour y trouver quand même une unité, une cohérence. Déjà on peut prendre modèle sur les trésors de subtilité imaginative des rabbins, mais ces derniers jamais ne cherchent à unifier. Par contre l'Église catholique, avec son impressionnante artillerie dogmatique, face à la multiplicité des pistes de la Bible et de la tradition, arrive à donner dans ses catéchismes officiels - par exemple sur une question comme celle du jugement ou de l'après-mort - des réponses incroyablement rigoureuses et tortueuses, chefs-d'œuvre de logique acrobatique. Cela pour trouver une harmonie biblique qui de toute évidence n'existe pas.

 

 

INSTRUMENTS ARATOIRES

page 27

Pour ma part, je l'avoue, je me méfie de la prière. J’ai rencontré des gens de grande piété et de profonde méchanceté. Leur pratique quotidienne d'une prière narcissique et complaisante les aidait à se supporter sans trop évoluer. Leur attitude souvent odieuse à l'égard des autres se déculpabilisait chaque soir dans une contrition rassurante et éphémère. J'ai connu aussi certaines personnes qui, hors de la fraternité chaude et euphorique de leur groupe de prière ou de leur communauté charismatique, n'avaient plus que mépris et dégoût du monde, de la société, de l'Église, de la vie. D'autres se laissent aller, par oral ou écrit, aux délices de belles paroles consonantes et rythmées, élégantes et poétiques, dont Dieu n'est que le prétexte ou la caisse de résonance.
Je me méfie de la prière quand elle n'est pas silence, ouverture intérieure à une voix qui viendrait d'ailleurs, ou du plus profond de moi-même, élargissant mon cœur et mon esprit en les libérant de ce qui les ferme aux autres, à l'espoir, à la joie.
[...] La prière, pour moi, c'est désinventer Dieu pour s'ouvrir à ce qui me dépasse, à ce qui dépasse les images et les mots que j’invente ou que d'autres inventent, dans le but inavoué de lui donner un nom, un visage, un rôle, un caractère. Ils veulent nommer l'innommable.

 

 

LE TRESOR

page 48

Pour Jésus, Dieu est dépouillé de ce qui restait encore, la Loi dans ce qu'elle a de restrictif, de définissable, de délimitable. C'est une nouvelle destruction symbolique et libératrice du Temple, ou du nouveau Temple, celui de l'Écriture, un nouvel Exil, une nouvelle déculturation de Dieu, une désinvention de Dieu, de toutes ses formes et de tous ses visages. Et puis il y a cette faiblesse dans laquelle il se révèle et qui va jusqu'à la mort, désinventant ainsi encore l'image d'un Dieu fort et puissant. C'est le Dieu de la Passion, le Dieu de Noël dont la faiblesse rend libre.

 

 

 

LA FORCE DE CREUSER

page 52

La seule constatation honnête qu'on puisse faire, c'est qu'il existe... de l'invention, de la création une dynamique de vie. À travers tout ce foisonnement, je crois pouvoir discerner un désir, une volonté de vie, une énergie qui malgré tout crée l'unité, des liens universels qui font qu'à travers les conflits, les luttes pour la survie, tous les éléments du vivant sont solidaires. Cette force de vie, d'invention, d'imagination, de création est à l'œuvre partout, de l'infiniment petit à l'infiniment grand ; en moi également, comme ailleurs.

Cette force, ce n'est pas moi, bien sûr, qui l'invente, c'est elle qui m'invente. Faut-il alors que cette force en moi qui m'invente et me crée, je la nomme Dieu, que je lui cherche un nom, un visage, et même en Jésus-Christ un visage humain, des paroles et des actes ? Faut-il que par orgueil ou par complaisance, je l'invente ainsi à mon image ? Sans doute non ! Ou oui peut-être, dans la mesure où j'ai conscience que cette image est fausse, partielle, partiale, qu'elle pointe seulement un mystère au-delà de mes limites, qu'elle est un chemin ouvert vers une dimension qui me dépasse parce qu'au-delà, ou en deçà, du temps et de l'espace où je suis enfermé.

Dieu est en moi la force qui l'invente. Ou bien j'appelle Dieu la force en moi qui m'invente inventeur. Ou encore je nomme Dieu cette force d'invention qui traverse l'histoire et ouvre toujours des chemins nouveaux.

D'ailleurs le Jésus des évangiles n'est-il pas d'abord un inventeur ? Il crée des paroles et des gestes de vié. En lui se concentrent des forces de création vivantes. Jésus invente et recrée des vivants.

D'où vient en moi cette capacité de créer pas toujours consciente et contrôlée ? D'où vient ce que j'appelle, faute de mieux, l'inspiration, et que je ressens - mais c'est peut-être une illusion - comme un souffle venu d'ailleurs qui me traverse et m'emporte. Je sais que ce n'est pas moi, que c'est plus que moi, même si cela ne parle qu'à moi. Ou, encore une fois, d'où vient cette incroyable imagination créative des rêves ? J'aurais presque tendance à penser que Dieu - ou ce dynamisme de vie que, faute de mieux, j'appelle Dieu - m'invente la nuit dans mes rêves, me réinitialise, m'énergise, me dénoue, me recentre, me réunifie.

Cette force créatrice vient de plus loin que moi, elle est comme une vague qui me roule.

 

page 57

Ainsi Dieu est en moi cette force de créativité, ce pouvoir d'inventer Dieu lui-même ; mais cette force et ce pouvoir sont entre mes mains. Si Dieu est ce qui à la fois m'unit à tout et à tous, m'unit moi-même dans ce que j'ai de multiple et de dispersé, et à la fois me dépasse, il n'est pas discernable sans moi ou en dehors de moi. Et je ne peux parler de son existence que de façon personnelle et intuitive.

Est-il pour moi personnel ou impersonnel, est-il une entité ou une force ? Je le ressens parfois comme une voix en moi. Est-ce moi, est-ce plus que moi ? Est-ce moi au delà de moi ? Cette voix vient-elle de l'extérieur ou de l'intérieur?

 

page 58

J'ose croire cependant que la voix de Dieu n’est pas élective, sélective, mais s'adresse à tous, plus ou moins refoulée au fond de chaque individu, plus ou moins étouffée par ce qui l'environne. Je crois même que la Bible, et surtout l'Évangile, peut éveiller en soi-même cette voix et mieux la faire entendre. Je crois que le trésor (la foi peut-être, en ce qu'elle est ce lien qui nous relie à tout et à tous et nous ouvre l'espoir de l'harmonie retrouvée) est caché là depuis longtemps, dans la terre de nos vies. Au fond de moi peut-être je le sais.

 

 

LA JOIE DE TROUVER

 

page 69

Pour moi Dieu ne juge ni ne règne ni ne venge ni ne récompense. Non, simplement, il rayonne. La lumière est sa façon d’être, son mode de relation. Il la diffuse en abondance, en générosité sans fin.

 

page 70

Je ne sais si je crois au même Dieu que les autres, mais une force, une joie, une lumière ouvrent ma vie à ce qui la dépasse, et je ne vois pas d'autre mot pour la désigner que le plus ouvert et indéfinissable : je la nomme Dieu. Je ne veux pas dire : Dieu est une force, une joie, une Lumière ; il s'agit juste de la manière dont il m'atteint, dont il pénètre dans ma vie. Ce qu'il est, je ne peux ni ne veux le savoir, le saisir, le posséder ; je veux seulement amener au jour l'impression qu'il me touche, qu'il peut faire de moi un vivant, un aimant, un espérant, en quête d'une harmonie dont naïvement je crois découvrir l'évidence et l'immensité.

 


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