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Noëlle
et la maison de Pierre

 

 

Gilles Carbonell

 

Éditions « La Barre Franche »

166 pages - 14 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

6 juin 2020

Gilles Carbonell n’est pas pasteur, mais il pourrait l’être. Ingénieur, il a fait des études de théologie et surtout il anime un centre internet et édite de nombreux livres religieux. Il est prédicateur laïc dans plusieurs paroisses de l’Ouest de la France. C’est un homme libéral, intelligent et souriant qui vit sa foi avec bonheur.

Il nous raconte l’histoire de Noëlle qui commence comme petite fille de 5 ans qui connaît la guerre, l’effondrement de sa maison sous un bombardement, maison de Pierre, pourtant bâtie sur le roc et qui n’aurait donc pas dû s’écrouler. Enfant demandant pourquoi prier devant la stèle des morts, justement « puisqu’ils sont morts » ! Adolescente, jeune femme mariée et tourmentée, plus âgée ensuite. Toujours inquiète spirituellement.

Elle a deux amis qui la conseillent : Carl sécurisant par l’orthodoxie de ses certitudes et Ohann libéral et incertain. Mais comme elle dit :

« Je n’aime pas les fondamentalistes quand ils me disent ce que je dois croire,
et je n’aime pas les libéraux quand ils me disent ce que je ne dois pas croire »

Elle écoute aussi Jérémie et continue à se poser des questions.

Gilles Carbonell, dans ces pages si vivantes et vraies, montre qu’on ne peut pas vivre sans se poser des questions existentielles et théologiques et que justement celles-ci ne peuvent demeurer disjointes de la vie réelle.

Le pasteur Serge Soulié ouvre cette grande réflexion par une préface introduisant clairement et avec finesse à ce livre dans lequel chacun de nous se reconnaîtra sans doute.

En voici quelques passages

 

Le deuxième cercle

Temps 4 : changer de vie

Ainsi Jean-Baptiste vient dans le désert. II lance cet appel : « Faites vous baptiser, pour montrer que vous voulez changer votre vie, et Dieu pardonnera vos péchés. »

Changer ma vie ! Noëlle, en entendant ce texte biblique, trois ans auparavant, avait considéré que c'était ce qu'il lui fallait. Ce qui l'avait amenée à faire un retour sur la vie qu'elle avait menée jusque là : quelle vie avait-elle eue depuis sa naissance ? Une longue page de son journal en rendait la question prioritaire, « sur le dessus de la pile » :

10 avril - une vie passive, voilà ce que j'ai eu depuis toujours, une enfance en pleine guerre où il fallait obéir pour sa propre sécurité, un père disparu presque tout de suite, sans avoir eu le temps de m'apprendre quoi que ce soit, et un entourage, famille, éclaireuses, Carl, qui m’ont fait un cadre rassurant mais sans imprévu et où l’on est sans cesse invité à obéir. Finalement, tout le contraire de la liberté ! Et cette vie-là, je ne veux plus la vivre !

[...]

Sa maturité à elle se manifestait aussi, lui semblait-il, dans son regard désormais critique sur les affirmations de Carl concernant la manière de conduire sa vie.

« Il est trop moraliste, je ne lui demande pas de me dire ce que je dois faire, il n'y a aucune liberté avec lui. Et il fait ça uniquement parce qu'il veut que tout le monde pense la même chose, que tout soit cohérent, comme il dit. »

Et elle se trouvait bien aise de vivre avec Ohann, homme de liberté, d’ouverture...

Et pourtant - arriverait-elle un jour à trouver un juste milieu ? - Ohann la décevait, parfois : « Trop ouvert, finalement, regrettait-elle. C'est bien de laisser à chacun la liberté de choisir, mais parfois on a besoin d'un avis plus ferme, on a besoin d'une incitation, d'un conseil... »

5 mai - Carl est trop « cohérent », Ohann trop « ouvert », comment trouver le bon chemin ? Je crois que je prends conscience, depuis peu, que c’est à moi de trouver mon chemin propre. C’est peut-être à ce prix que j'arriverai à être heureuse.

Mais elle n’était pas rassurée à cette idée !

 

 

Temps 5 : qu’est-ce qu’il se passe ?

Noëlle commençait à s’énerver !

- Écoute-moi, Carl, tout le monde le sait bien, les gens sont sensibles à la peur beaucoup plus qu'à la raison : faites-leur peur et ça suffira !

- Attends, Noëlle...

- Laisse-moi finir ! Les gens ne sont pas accessibles à la raison, mais si on leur fait peur, alors on obtient des résultats. Le discours catastrophiste, apocalyptique, dans la Bible, c'est exactement ça. Et le discours des Églises, qui nous disent que tout est de notre faute, cela va dans le même sens. Non, laisse tomber, je ne crois plus à tout ça !

Laisser tomber ! Noëlle savait que c'était ce qu'elle venait de faire elle-même, et elle n'aimait pas, justement, laisser tomber !

 

[...]

 

Encore plus tard - décidément, ce serait une nuit blanche - Noëlle se prit à penser à un homme qui, d'évidence, pouvait l'aider à trouver ce qu'elle cherchait, et à démêler l'imbroglio des écrits et sermons qu'elle avait entendus ou lus sur Dieu et ses manifestations.

Cet homme, c’était Jésus de Nazareth ! Lui, ou tout au moins son enseignement, le message plutôt que le messager.

Jésus de Nazareth ! Qui était-il ? Question difficile. Elle ne voyait pas bien comment justifier la position classique trinitaire, qu’on lui avait enseignée depuis son plus jeune âge et dont son pasteur actuel était un fervent partisan, et ce n’était pas étranger au fait qu'elle avait perdu la foi. Elle avait bien entendu ou lu, ça et là, que nulle part dans la Bible on ne trouvait d'argument - autre qu'allégorique - affirmant la nature divine de Jésus, et elle ne discernait pas en quoi la trinité et la divinité de Jésus pouvait l'aider dans sa propre spiritualité, dans sa propre vie, tout simplement.

« Jésus était juif, se disait-elle, il n'a pas été le premier chrétien, c'était un juif. Un juif extraordinaire, marginai dans sa religion, certes, mais sa judéité et son comportement juif ne font pas de doute. Je devrais noter ça par écrit mais je suis trop fatiguée. »


[…]

 

Quelque peu apaisée par cette évocation de l'homme de Nazareth, elle put enfin s'endormir au petit jour.

Dans son sommeil, un homme, qui n’était ni Jérémie ni Carl ni Ohann, lui parla :

« N'aie pas peur ! Sois libre comme je l’ai été vis-à-vis de tous les pouvoirs. Personne ne peut penser à ta place. Personne ne choisira à ta place.

« Je n’ai rien à te révéler que toi-même : tu es enfant de Dieu comme moi, tu es habitée de Dieu comme moi, tu es inspirée de Dieu comme moi.

« Ce n'est pas moi qui te guérirai : c'est ta foi qui te guérira.

« Ce n'est pas moi qui te pardonnerai : c’est ton amour qui effacera toutes tes fautes.

« Ce n'est pas moi qui te sauverai : tu sauras que tu es sauvée dès que tu commenceras à croire et à aimer vraiment Dieu et ton prochain. »

 

 

 

Le troisième cercle

Temps 1 : le texte ne dit pas cela

Noëlle, à près de soixante ans, essayait de vivre du mieux qu'elle pouvait ses amitiés avec Carl et Ohann, ses deux amis de toujours, aussi opposés l'un à l'autre que le jour et la nuit, l'un dans ses certitudes - qui agaçaient Noëlle mais la rassuraient en lui apportant un sentiment de sécurité - et l'autre, Ohann, libre et simple mais la laissant seule dans des moments où, parfois, elle aurait aimé qu’on la guide, qu’on l'aide à prendre ses décisions, voire même que l’on prenne ses décisions en ses lieu et place.

 

Temps 2 : parole contre parole

« La tradition juive ! Je veux bien que ce soit une tradition, mais ces deux traditions, la Bible et le Talmud, nous font surtout savoir qu’on a le droit de lire, de connaître, d'interpréter, de critiquer et de ne pas être d'accord. Finalement, c'est toute l'histoire de la théologie. Et à bien y réfléchir, c'est toute l'histoire de l'église. »

Parole contre parole. C'était un peu décourageant, pensait-elle. Si c'est comme ça, tout le monde pouvait écrire dans la Bible, on pouvait la lire de toutes les façons, faire le tri, se construire sa propre religion à soi, finalement.

« Cari serait hors de lui s'il pouvait lire dans mes pensées : à lui qui est si « cohérent », l’idée de relativité des doctrines est insupportable. Et Ohann me dirait d'ignorer les dogmes et de vivre une vie pleine et heureuse avec « le Dieu de ma vie » - comme il dit ! »

« Comment peuvent-ils se dire croyants tous les deux et avoir des opinions si divergentes ? »

 

 

 

Le dernier cercle


« Cet être qui est en moi, qui me regarde avec bienveillance, qui fait que je suis créée en permanence, et si je l'appelais Dieu ? »

Noëlle se remémorait ses lectures de la Bible ; à vrai dire, depuis toutes ces années, elle en avait oublié la plus grande part.

Avec cette idée d'un Dieu résidant au plus profond de soi, toute sa théologie s'éclairait d'un jour complètement différent. On pouvait même dire « s'éclairait ». Tout court.

Sa vision s'illuminait, devenait claire, assurée.

Ce Dieu qui est en moi pardonne mes erreurs, inlassablement. Ce Dieu qui est en moi est avec moi lorsque je tombe ; il n'y peut rien changer mais il est là.

Ce Dieu qui est en moi me propose sans cesse de faire le bien, de devenir meilleure, plus juste, sans jamais s'impatienter. Comme un père ou une mère qui voit grandir son enfant et essaie de le pousser vers le bien.

« Si je peux dire que Dieu est ce noyau, ce point fixe à l’intérieur de moi, cette force en moi qui me pousse à faire le bien, la meilleure partie de moi-même, finalement, là oui, je veux bien croire en ce Dieu-là. »

[...]

Noëlle aurait dû être extrêmement agitée, fébrile, ou dans un délire mystique ; il n’en était rien, elle se sentait, peut-être pour la première fois de sa vie, en sécurité, dans sa Maison de Pierre à elle, non plus une maison fermée aux vents extérieurs, bâtie de façon à ne pas bouger, à ne pas évoluer. Cette maison nouvelle était ouverte, claire, pleine de possibles...

Et elle était en paix, le toit de sa maison n’était qu'un immense toit de paix qui recouvrait le monde, ouvert à tous.

Ami lecteur, et s'il n'y avait pas à choisir entre Ouverture et Cohérence ?

 

 


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