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Vauban

 

« Mémoire pour le Rappel des Huguenots »

 

 

29 décembre 2007

On commémore le 3e centenaire de la mort du maréchal Vauban (1633-1707)

Il fut une des rares personnalités de son époque à critiquer la persécution des protestants et la Révocation de l'Édit de Nantes.

Il adressa à Louis XIV un  Mémoire pour le Rappel des Huguenots remarquable d'intelligence et de lucidité édité, avec une préface du pasteur Philippe Vassaux, par La Cause, 69 av. E.-Jolly, 78955 Carrières-sous-Poissy (69 pages, 9 euros).

En voici quelques pages pour donner envie d'acquérir ce petit livre.

 

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Préface de Philippe Vassaux

 

[...]

En prenant la défense des protestants français, Vauban se place à la fois sur le plan politique et sur le plan éthique. Travailleur acharné et voyageur infatigable, parcourant .sans cesse les frontières du « pré carré », c'est l'homme qui connaît le mieux la France. Encyclopédiste avant la lettre, il s'intéresse tout autant à la défense et à l'attaque des places qu'à la défense côtière, à l'artillerie, à l'organisation de l'armée.

Il est à l'origine de l'arme du Génie, mais il se penche sur les problèmes d'urbanisme, la vie des paysans, les colonies, la statistique ou système fiscal.

Sa .critique courageuse des privilèges dans le Projet d'une Dîme royale annonce la Révolution de 1789. Homme de caractère et de devoir, il.a un sens exceptionnel de l'humain. Il connaît la misère de plus en plus grande du peuple de France. [...]

 

.

 

Sébastien Vauban

 

[...]

Ce projet (la Révocation de l'Édit de Nantes), si pieux, si saint et si juste, dont l'exécution paraissait si possible, loin de produire l'effet qu'on en devait attendre, a causé et peut encore causer une infinité de maux très dommageables à l'État.

Ceux qu'il a causés sont :

- La désertion de quatre-vingts ou cent mille personnes, de toutes conditions, sorties hors du Royaume, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres d'argent le plus comptant.

- [Appauvri] nos arts et manufactures particulières, la plupart inconnus aux étrangers, qui attiraient en France un argent très considérable de toutes les contrées de l'Europe.

- Causé la ruine de la plus considérable partie du commerce;

- Grossi les flottes ennemies de huit à neuf mille matelots, des meilleurs du royaume.

- [Grossi] leurs armées, de cinq à six cents officiers et de dix à douze mille soldats, beaucoup plus aguerris que les leurs, comme ils ne l'ont que trop fait voir dans les occasions qui se sont présentées de s'employer contre nous.

A l'égard des restés dans le Royaume, on ne saurait dire s'il y en a un seul de véritablement converti, puisque très souvent ceux que l'on a cru l'être le mieux ont déserté et s'en sont allés.

 

[...]

 

Toutes les rigueurs qu'on a exercées contre eux [les protestants] n'ont fait que les obstiner davantage ; et les plaintes des exécutions qu'on leur a fait souffrir se sont fait entendre chez tous nos voisins de cette religion, même chez ceux que nous avons le plus intérêt à ménager, où Dieu sait si leurs ministres ont su grossir les objets, et si leurs sermons ont été bien remplis de tous les supplices que l'imagination a pu leur fournir ! Dieu sait, dis-je, le martyrologe qu'ils en ont historié, et comme ils le font valoir, pour toujours les échauffer de plus en plus contre nous ; ce qui pouvait même aller jusques à nous les faire perdre tout à fait, dans le temps que nous en avons le plus de besoins. Il est, du moins, bien certain que cela sert plus que toute autre chose à maintenir l'union entre les Protestants confédérés contre nous.

Ce n'est pas là le seul mal qu'ils ont fait, puisque la quantité de bonnes plumes qui ont déserté le Royaume, à l'occasion des conversions, se sont cruellement déchaînées contre la France et la personne du Roi même, contre laquelle elles ont eu l'impudence de faire une infinité de libelles diffamatoires qui courent le monde et toutes les cours des princes de l'Europe, huguenots et catholiques, lesquels n'ont rien tant à coeur que de rendre sa personne odieuse dans tous les pays de leur confédération.

Tout cela n'est que le mal qui a réussi jusqu'à présent des conversions forcées. Mais celui qu'il y a lieu d'en craindre ci après, me paraît bien plus considérable, puisqu'il est évident :

- Que, plus on les pressera sur la Religion, plus ils s'obstineront à ne vouloir rien faire de tout ce qu'on désirera d'eux à cet égard : auquel cas, voilà des gens qu'il faudra exterminer comme des rebelles et des relaps, ou garder comme des fous et des furieux.

- Que, continuant de leur tenir rigueur, il en sortira tous les jours du Royaume, qui seront autant de sujets perdus et d'ennemis ajoutés à ceux que le Royaume a déjà.

- Que, d'envoyer aux galères ou faire supplicier les délinquants, de quelque façon que ce puisse être, ne servira qu'à grossir leur martyrologe, ce qui est d'autant plus à craindre que le sang des martyrs, de toutes religions, a toujours été très fécond et un moyen infaillible pour augmenter celles qui ont été persécutées. On doit se souvenir sur cela du massacre de la Saint-Barthélemy, en 1572, où, fort peu de temps après l'exécution, il se trouva cent dix mille Huguenots de plus qu'il n'y avait auparavant.

- Qu'il est à craindre que la continuation des contraintes n'excite à la fin quelque grand trouble dans le Royaume : [ce] qui pourrait faire de la peine au Roi, par les suites en plusieurs manières, et causer de grands maux à la France, notamment si le Prince d'Orange venait à réussir à quelque grande descente et qu'il y put prendre pied.

Car il est bien certain que la plus grande partie de ce qu'il y a d'Huguenots cachés iraient à lui, grossiraient son armée en peu de temps, et l'assisteraient de tout ce qui pourrait dépendre d'eux ; ce qui est bien le plus grand péril, le plus prochain, et le plus à craindre, où la guerre présente puisse exposer cet État. Tous les autres me paraissent jeux d'enfants, ou très éloignés, en comparaison de celui-ci.

La continuation des contraintes ne produira jamais un seul vrai catholique, et ne fera qu'aigrir de plus en plus l'esprit des Cantons Protestants alliés de cette Couronne qui, à ce que j'apprends, sont à tous moments prêts à nous abandonner, à cause des rigueurs qu'ils apprennent qu'on exerce contre leurs frères. D'ailleurs, il est vrai de dire qu'elles n'ont édifié personne, pas même ceux qui ont été commis à leur exécution, à qui souvent elles ont donné de l'horreur et de la compassion.

On peut donc s'assurer, de plus, que leur continuation ne saurait apporter aucun bien à ce Royaume, mais bien un obstacle très considérable à la paix, attendu que si elle est générale, tous les Protestants s'obstineront à vouloir la réhabilitation de l'Édit de Nantes et ne manqueront pas de demander des places de sûreté, de gros dédommagements et d'appuyer fortement sur cet article, dont on ne se pourra sauver que par quelques gros équivalents. [...]

 

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