Mark
Sandlin
pasteur
de l’Église presbytérienne du Sud des
États-Unis
traduction
Gilles Castelnau
11 février 2019
Pour dire les choses
simplement, nous préférons le sentiment
égoïstes de charité à la réalité éprouvante de
la justice.
La charité aide effectivement ceux qui sont
dans le besoin mais temporairement. Celui qui
est le plus aidé est celui qui a le plus besoin
d’aider, celui qui ressent un appel à aider ceux
qui sont dans le besoin.
La charité nous fait ressentir que nous faisons
quelque chose dans un monde où il y a tellement
de gens dans le besoin. Pratiquer la charité
n’implique aucun risque et généralement tout le
monde la valorise.
La justice, par contre, est sévère. Elle
demande souvent un sacrifice et il ne se trouve
pas toujours beaucoup de monde pour en approuver
l’exigence, bien au contraire. C’est pourquoi la
plupart des églises ne s’y engagent pas.
La justice fait penser à des mots d’amour que
l’on met en œuvre. La justice fait penser à de
l’activisme et les églises ont tendance à
l’éviter. La justice empêcher de conserver de
bonnes relations avec les systèmes abusifs. Elle
implique que l’on secoue le cocotier et que l’on
récuse les situations inacceptables. Mais dans
trop de communautés spirituelles une telle
attitude ne paraît justement pas spirituelle.
Nombreux sommes-nous à penser qu’être
« spirituel », être
« église » implique d’être aimé et que
s’opposer à certaines choses impliquerait que
leurs défenseurs ne nous aimeraient pas. Et l’on
craint toujours de ne pas être aimé.
Pourquoi risquer de paraître « trop
politique » aux yeux de nos amis, pas
polis, pas gentils comme l’était certainement
Jésus ? Pourquoi ? mais parce que
Jésus ne l’était pas !
Non seulement il s’opposait aux systèmes
politiques de l’injustice mais il nous incitait
à faire de même. Il se situait dans la tradition
des grands prophètes d’Israël qui ne manquaient
jamais de s’opposer aux pouvoirs abusifs. Ils se
conduisaient ainsi à leurs risques et périls car
ils ont fréquemment été exclus hors de la ville
ou même mis à mort.
C’est peut-être justement ce que nous craignons.
Les croix dont Jésus disait que nous aurions à
les porter.
Ce n’est certainement pas pour être considérés
comme polis et gentils par nos amis que nous
renoncerions à lutter en faveur « des plus
petits de nos frères »
Peut-être devrion-nouss repenser la question de
la justice.
Peut-être avons-nous simplement besoin que de
nouveaux dirigeants se lèvent dans nos églises
avec la passion et la voix prophétique d’un
Martin Luther King.
Mais finalement pourquoi ne serions-nous pas
nous-mêmes ces nouveaux dirigeants qui
élèvent la voix dans notre société
troublée ? Alors que, dans notre pays, les
puissants et les riches abusent des plus pauvres
en amenant au pouvoir un gouvernement
prétendument populaire mais en réalité agent du
tout-puissant dollar, nous devons retrouver
notre voix prophétique.
Nous devons nous engager sans faiblir dans une
indispensable action de charité mais ce n’est
pas tout. Nous devons poursuivre, nous
impliquer, risquer le ridicule, risque de perdre
la considération dont les autorités nous
créditent et nous retrouver la parole biblique
et prophétique de la justice.
En effet, voyez-vous, la charité et la justice
sont absolument unies.
Ils sont un ensemble assorti. Il est temps de
laisser passer la justice. Il est temps de
laisser sa place à la justice.
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