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Wilfred Monod

Pour un Évangile intégral

Laurent Gagnebin

 

Ed. Olivétan

120 pages - 15 €

 

recension Gilles Castelnau


15 mai 2018

La spiritualité et l’engagement social du pasteur Wilfred Monod ont été, dans l’entre deux guerres, d’une grande importance et le professeur Laurent Gagnebin nous le présente de manière très claire et précise. Il lui a déjà consacré notamment un impressionnant ouvrage de 500 pages et un cours d’une année à la Faculté de théologie protestante de Paris.
Wilfred Monod le mérite bien car sa pensée dynamique et apaisante, créatrice et d’une très grande ouverture demeure aujourd’hui un exemple engageant de ce que peut être pour nous aujourd’hui le message de l’Évangile.

En voici quelques passages

 

page 27

Pour Monod, le christianisme social, qui réunit les chrétiens et les hommes de bonne volonté dans un combat concret, transcende les frontières confessionnelles, les cultes, les oppositions doctrinales. Si les croyances et les cultes séparent, les actions, elles, peuvent rassembler croyants et incroyants dans une lutte commune. Il est intéressant de noter que ce n’est pas par hasard que le mouvement protestant du Christianisme social a été nommé ainsi et non pas « Protestantisme social ».

 

page 50

La prière
La grande majorité des prières de W. Monod sont adressées non pas à Dieu, mais au Christ, chose assez rare dans les Églises réformées er non pas luthériennes. On retrouve là le christocentrisme de W. Monod. Il y a dans la prière une communion avec le Christ qui, elle aussi, comme dans la Cène, exprime une présence réelle. Si Monod, et nous y reviendrons, a pu contester une certaine idée de la toute-puissance divine, il a en revanche insisté sur la force immense de la prière. Avec elle, en effet, nous collaborons avec Dieu, nous venons en quelque sorte à son secours. La prière est « utile au Créateur. » (Silence et prière).

Prier, c'est refuser toute résignation. Comme il l'écrit dans une prédication recueillie dans Aux chercheurs en I922, la prière n'est pas « un effort désespéré pour fuir le monde et boire le narcotique de la mysticité ». On sent bien là la référence indirecte à la religion « opium du peuple ». Collaborer à l'œuvre divine, c'est collaborer à l'exaucement de la prière. « Prier, c'est exaucer Dieu », aimait à dire Wilfred Monod, dans une formule paradoxale, mais non pas contradictoire. En effet, dans une sorte de retournement dialectique, Monod montre ainsi qu'il ne s'agit pas de se demander si Dieu exauce notre prière, mais de nous demander si nous exauçons Dieu et faisons vraiment sa volonté : que ta volonté soit faite sur la terre ! Dans ce sens, « exaucer Dieu, c'est permettre à Dieu de nous exaucer ». (Silence et prière)

Là où la prière est souvent comprise comme l'expression de notre passivité, Monod voit au contraire en elle un appel que Dieu nous adresse nous permettant de réaliser notre vocation à travers une action créatrice. « Si, par la prière, j’ai le pouvoir de me former moi-même et de réformer le monde, je deviens en réalité, quand je prie, un organe de l'Esprit saint, je lui fournis l'occasion de se manifester ici-bas, j'entre dans ses vues miséricordieuses, je souscris à son programme rédempteur, en d'autres termes, j'exauce Dieu. » (Silence et prière)

 

page 55

Le premier point qu'il s'agit de souligner dans ce vaste domaine des écrits apologétiques de Monod est son opposition résolue et sans cesse répétée à ce qu'il appelle le « doctrinarisme » et parfois « l'ecclésiasticisme doctrinaire », comme il le précise dans La fin d'un christianisme. C’est dans cet ouvrage qu’apparaissent ces expressions pour la première fois. Le doctrinarisme correspond au dogmatisme et aussi à une christologie, à son avis dépassée, parce qu'elle emprisonne Jésus dans un cadre fermé au monde social.

Les œuvres de Monod font entendre la voix d'un théologien plus soucieux de sauvegarder le sens du mystère que de défendre des systèmes doctrinaux. Une prédication n’est pas une dissertation logique. Ce n'est pas ce qu'attendent d’elle ses auditeurs, même parmi les agnostiques.

D'ailleurs « Jésus n'imposait pas à ses disciples un certain nombre de dogmes » (Aux croyants et aux athées) ; il leur demandait de le suivre. Les querelles doctrinales, les oppositions religieuses relèvent d'un doctrinarisme qui éloigne une foule de gens des Églises. « Le doctrinarisme est une geôle, il faut la détruire », note-t-il encore dans le même livre et il y affirme qu'il n’est pas possible non plus de « retrouver le fleuve des évangiles dans les canaux du rituel ecclésiastique ».

 

page 56

Pourquoi Monod donne-t-il pour titre à ce volumineux ouvrage « Le problème du bien » et non pas « le problème du mal », puisque c'est bien de cela qu'il s'agit là ? À ceux qui interrogent le croyant en cherchant le pourquoi du mal, Monod répond qu'il revient à ceux qui nous interpellent de la sorte d'être interpellés à leur tour et de répondre à la question de l'origine du bien. L’origine de ce dernier est finalement, elle aussi et à bien des égards, énigmatique. Il peut tout aussi bien plaider en faveur d'une divinité que le mal contre elle.

Monod déclare ainsi dans une prédication recueillie dans un sermonnaire au titre significatif Aux chercheurs publié en 1922 : « Le Bien est plus déconcertant, plus inopiné, plus saisissant, plus prodigieux que le Mal. Moins on commence par croire en Dieu, et plus le problème du Bien s'impose ; il finit par bouleverser le sol durci de l’athéisme, comme ces racines vigoureuses, gonflées de sève, qui soulèvent les dalles tombales dans nos cimetières, et proclament la vie. »

 

page 59

Beaucoup d'athées, selon Monod, ne s’opposent pas véritablement à Dieu, mais à l'image qu’on en a et qu'on en donne. Ils cherchent à penser Dieu, un Dieu crédible, qui ne soit pas un Dieu cruel, tel que tant de représentations, y compris bibliques, nous le montrent. Cette divinité est trop souvent absurde et, pour tout dire, immorale. Monod se déclare, lui aussi, athée d'un tel Dieu. Les athées ont souvent une haute idée de Dieu et, surtout, ils ne parviennent pas « à concilier sa toute-puissance avec le spectacle du monde ». Le croyant non plus, affirme en fait Monod qui montre en cela, par conséquent, que l'athéisme n’est pas irréligieux : « Je conçois qu'on puisse parfois critiquer le christianisme avec d’autant plus de vigueur, qu'on affirme avec plus d'énergie la souveraineté de Dieu. » (Aux croyants et aux athées)

« Le monde soumis à notre observation n'est pas, directement, l'œuvre de Dieu. » (Aux croyants et aux athées). Dieu n'est tout-puissant ni dans la nature ni dans l'histoire. Monod avance cela avec d'infinies précautions pour ne pas blesser ceux qui restent attachés à une idée de Dieu, à son avis, dépassée. Dieu n'est pas tout-puissant.

 

page 61

Le pasteur Georges Marchal écrit très justement dans son livre intitulé Essais sur le fait religieux (Paris, Berger Levrault, 1954) : « W. Monod fut parfois appelé le pasteur des athées. Cette qualification, qui voulait être critique, il l'a hautement revendiquée. On devine en quel sens. Rarement pasteur comprit à ce point les causes profondes de l’athéisme et le respect dû aux nobles douteurs. À beaucoup d'hommes de sa génération, W. Monod a rendu Dieu possible. Les audaces intellectuelles qui étonnaient certains croyants timorés levaient chez d’autres de lourds interdits. »

 

page 79

« Notre Père » et « Notre pain »
Les premières demandes de l'Oraison dominicale nous tournent vers Dieu et les dernières vers l'homme. Celles qui nous tournent vers Dieu commencent par « Notre Père », celles qui nous tournent vers l'homme par « Notre pain quotidien ». Monod montre que je ne peux pas dire sérieusement « notre Père », sans me préoccuper des implications socio-économiques du « notre pain ». Cette prière que nous confie Jésus nous oriente par conséquent à la fois vers des réalités religieuses et spirituelles et vers des réalités profanes et matérielles. Ces deux données sont aussi interdépendantes que le sont les deux commandements du Sommaire de la Loi. Nous retrouvons là cette synthèse qui est au cœur des deux premières dualités déjà présentées ici. La spécificité de l'Évangile, selon Monod, réside bien dans le fait qu’on ne peut opposer les exigences de la spiritualité à celles de la vie sociale.

Cela dit, la théologie chrétienne et la piété ont tout fait, à travers les âges, pour désincarner ce pain, y voir l'expression de nourritures purement spirituelles. Ce faisant, elles ont trahi la prière du Christ et notre vocation. Elles ont ramené la vérité d’un Évangile intégral à un idéalisme désincarné.

[...]

L’Oraison dominicale doit aussi nous permettre de surmonter nos égoïsmes, qu’ils soient d’ordre spirituel ou matériel. Jésus dit bien en effet « notre » Père et « notre » pain et non pas « mon » Père et « mon » pain. La dualité mise en évidence dans la prière que Jésus nous enseigne est, une fois encore, une caractéristique du christianisme.


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