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Où en est le dialogue interreligieux ?

 

 

pasteur Jean Dumas

 

 

28 février 2018

Le dialogue interreligieux était encore peu pratiqué il y a peu. Il devient aujourd’hui, une occasion opportune de rassembler les croyants des religions dans une protestation énergique contre les violences des extrémistes religieux qui sévissent en France et ailleurs. Ce dialogue tant attendu n’en est pourtant qu’au b-a-ba. Il n’est encore qu’un dialogue « light » qui évite la question de fond à son propos.

Pour mieux comprendre, prenons l’image du globe terrestre. Il est entouré de couches atmosphériques. Imaginons que les religions, dans leur ensemble, entourent la terre de trois couches superposées. La première est celle des rites et des prières, formant des blocs religieux flottant autour du globe. Ils diffèrent tous d’une religion à une autre mais restent inconciliables. Les mots des uns ne peuvent se prier avec les mots des autres. Il est impossible d’imaginer une liturgie véritablement interreligieuse. La juxtaposition des rites n’atteint pas le fond d’un vrai dialogue.

Une deuxième couche est celle des confessions de foi ou des dogmes reconnus par l’ensemble des croyants d’une même religion. Les connaître est utile. Mais on ne peut pas accorder leurs différences. Par exemple, la foi bouddhiste n’est pas convertible dans les termes de la foi chrétienne (trinité, incarnation, ou résurrection) et l’islam n’accepte pas un Dieu trine. Un catéchisme interreligieux est infaisable. Le fond du dialogue reste hors d’atteinte.

Apparaît enfin une troisième couche commune à toutes les religions : celle du comportement éthique. Peut-être ici arrive-t-on à toucher au fond du dialogue interreligieux ? Hélas ! Les religions puisent souvent dans leurs textes la justification d’exclusions, d’exterminations, d’appels à la guerre de religion. Elles peuvent cependant s’engager dans un même combat pour l’homme : défendre la justice, le respect de tous et de toutes, le vivre ensemble. Elles rejoignent alors les engagements des « sans Dieu ». Mais y a-t-il encore besoin d’un Dieu ?

Oui, mais au nom de quel Dieu ? Car il y a le Dieu construit par l’homme dit « religieux », un dieu qui répond aux angoisses pour les calmer, un dieu au service de l’homme au lieu d’être servi par lui. Ce dieu reste le petit dieu d’un homme enfermé dans son ego. Alors que le Dieu de tous, mais aussi de notre terre habitée, et de l’ensemble du cosmos ouvert sur l’infini, dépasse notre entendement et détrône les dieux des fondamentalistes. Il est « Le Fondamental » recherché.

Quel est ce Dieu ? L’image de la sphère permet la réponse. Pour se rejoindre, les religions n’ont pas à se contenter de se connaître en restant à la surface, elles ont à creuser pour en atteindre le centre. Là est la réalité d’un Dieu commun à tous. L’Ultime Vérité ne s’enferme pas dans des définitions. Ses divers noms – Yahvé, Allah, Vishnou, Seigneur, l’Ultime, ne sont que les vocables de chacune des religions pour dire Dieu avec des mots humains qui restent inadéquats.
Pour résumer en un mot : Dieu est ineffable (qui ne peut être dit avec des mots humains).

C’est une révolution de la pensée religieuse courante. Elle détrône l’image d’un Dieu au sommet d’une pyramide d’où découlent les rites, les clergés, les dogmes et les morales. Elle ouvre la foi de chacun sur la grande liberté du croire. En refusant la fermeture, à l’autre, à soi-même, au cosmos dans son ensemble, et finalement fermeture à Dieu, la juste attitude est de reconnaître les différences comme des imperfections qui limitent nos possibilités d’atteindre le Dieu par définition inatteignable. Mais accepter ses limites devient source de vie. S’ouvrir à l’Autre comme aussi à l’autre dans l’acceptation de sa différence ouvre la voie vers l’infinité de l’amour.

 

 

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