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Roméo et Juliette
étaient bien vieux...

  La foi insoumise

 

Michel Barlow


Édition Olivétan

136 pages - 14 €


 

recension Gilles Catelnau



23 février 2018

Michel Barlow est un excellent pédagogue et un bon théologien. Il écrit de manière vivante et agréable. Quand on ouvre son livre, on ne le ferme plus !

Sa fiction est qu’en « réalité » Roméo et Juliette n’étaient pas morts comme la légende le dit mais qu’ils ont vécu ensemble leur bel amour jusqu’à un âge avancé. Et ce petit livre aurait été écrit, dans le style du Moyen Age, par un humble – et excellent – frère franciscain qui les aurait aimés, accompagnés durant toute leur vie et éclairerait sur le plan théologique les épisodes de leur existence.
Ce sympathique frère franciscain imaginaire, au soir de sa vie, en fait, le récit à son supérieur, le « révérendissime Frère Guiseppe, Supérieur général des frères mineurs de la Sainte-Humilité qui demeure à Assise impasse de la Vie religieuse ! »
Michel Barlow met dans les discours de ce frère toutes les affirmations importantes de la foi protestante libérale qui rend humaine la vision chrétienne de la vie et notamment celle de Roméo et Juliette !

Nul doute que bien des lecteurs souriront de voir ainsi exprimées clairement les conceptions de la vie qu’ils avaient toujours sourdement admises...


En voici quelques passages.



page 32

Je vous en conjure, Révérendissime supérieur général, ne me dénoncez pas à la Sainte Inquisition qui, sous la torture, n’aurait aucune peine à briser mon vieux corps branlant et à me faire abjurer ce que je crois de toute mon âme : non, Dieu le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ - qu'il soit béni à jamais pour les peines atroces de sa Passion et de sa mort en croix - n'a jamais voulu que son Fils bien-aimé meure sur la croix en un sanglant échange, le Crucifié rachetant à ce prix exorbitant la multitude des péchés des hommes depuis la création du monde. Non, Dieu n'est pas un infanticide sans scrupule, un usurier avare de ses dons et impitoyable envers l'humanité toujours en dette à son égard ! Non, Dieu n'est pas non plus un de ces matamores ivres de vanité, prêts à tout pour venger leur honneur percé par la piqure d'épingle d'une moquerie ! Non, Dieu est un père aimant et, à I'inverse de l'odieux géniteur de Roméo, il n'entend pas défendre sa gloire au prix des souffrances de ses enfants.

J'imagine que du haut du ciel, avec une tendresse torturée, il a regardé mourir sur le Calvaire son bien-aimé Iésus. Car celui-ci a poussé la loyauté à l’égard de sa mission jusqu'à l'extrême de la mort en croix. Sans nul doute, si le rabbi de Nazareth avait accepté de mettre comme on dit, un peu d’eau dans son vin (l'inverse du miracle de Cana !), s'il avait accepté d'atténuer la radicalité de son message, scribes, pharisiens et grands prêtres auraient accepté son discours et l'auraient accueilli en leur compagnie. Jésus aurait fini sa vie, membre du Sanhédrin de ]érusalem, chargé d'ans et d'honneurs. Mais, par là même, l'humanité n'aurait jamais entendu son chant de liberté à nul autre pareil : être
religieux, ce n'est pas « faire des choses » pour Dieu - des prières, des sacrifices, de « bonnes actions » - mais reconnaître les merveilles que Dieu fait pour nous et s'en réjouir !

 

page 45

Qui sommes-nous pour affirmer avec autorité qui est Dieu et quelle est sa volonté sur nous ! (là encore, Révérendissime supérieur général, je vous supplie de ne pas dénoncer à la Sainte Inquisition ces propos qui ont sans doute déjà le fumet du bûcher des hérétiques !) Mais même les pieds chatouillés par les flammes de l'autodafé, je ne saurais dire autre chose : j'ai la conviction que trop de théologiens pèchent par orgueil : ils font mine de savoir qui est Dieu, mieux que lui-même ! N'est-il pas plus honnête, comme ce vieux Père de l'Église grecque (Saint Grégoire de Nazianze, 330-390), de se contenter de dire qu'on ne sait pas au juste qui est Dieu : il est tellement au-delà de tout ce qu’on peut dire ou penser à son sujet ! La théologie la plus authentique refuse d'être une théologie, un discours sur Dieu, et pour « parler de lui » elle préfère faire silence, un silence de prière, sans mot.

Bien mieux (ou plutôt bien pire) les philosophes ou les théologiens qui osent dire qui est Dieu, en d'interminables et bavardes théories, ne se contentent-ils pas de projeter ad infinitum leurs rêves et leur orgueil humain ? Je me demande si leur « Dieu » n'est pas seulement l’image infiniment embellie de ce qu'ils aimeraient être ou s'imaginent plus ou moins être, d'ores et déjà ! C’est avec cette hypocrite modestie que nos scolastiques affirment que Dieu est infiniment bon, infiniment vrai, infiniment beau - ou plutôt qu'il est la bonté, la vérité, la beauté « en soi », dont nos pauvres bontés, vérités, ou beautés humaines ne seraient que des reflets plus ou moins infidèles. En fait (mais l'avoueront-ils jamais ?), le Dieu des scolastiques est leur propre bonté,vérité, beauté portées à l'infini !

 

page 48

Mais cette pieuse stupidité est parfois répandue à dessein par certains prédicateurs ! J'ai entendu récemment un frère prêcheur dominicain lancer du haut de la chaire : « Abêtissez- vous ! (L’expression est de Blaise Pascal) Ne cherchez pas à comprendre ! Ne vous autorisez pas à faire le tri entre tout ce que vous propose la Sainte Église catholique ! Acceptez sans discuter tout ce qu’elle vous enseigne ! La récitation du rosaire, l'abstinence de viande le vendredi ou l'acquisition de quelques indulgences auprès de notre congrégation sont tout aussi importantes aux yeux de Dieu que la foi, l'espérance et la charité ! »

 

page 86

Du coup, j’en viens à me demander si nos « prières de demande » n'encombrent pas nos oraisons plus qu'elles ne les animent. Dieu n’est pas un roi tout-puissant qui distribue ses faveurs à ses courtisans les plus zélés. Il n'est pas non plus (je l’ai dit tout à l'heure) un touche-à-tout qui, en réponse à nos demandes, bricole ici ou là le fonctionnement de sa Création pour notre bon plaisir ou notre mieux-être ! Et s'il est légitime de « lui parler » de ce qui occupe ou préoccupe nos pensées, ce n'est pas pour lui demander d’agir à notre place ou de changer à notre bénéfice l’ordre du monde et les lois de la nature ; mais simplement le prier d'être avec nous dans tout ce que nous vivons - comme Moïse qui, dans la Tente de la rencontre, conversait avec Dieu « comme un ami parle à son ami » (Nombres 7.89)

 

page 101

C'est vrai, parfois les doutes, en nous, hurlent à pleine voix : « Et s'il n'y avait rien après la mort ? ». Dans ce cas, serions-nous, comme l'affirme saint Paul (I Corinthiens 15.19) « les plus malheureux des humains » ? Ou, comme me le disait un brave curé de campagne du bord de l’Adige (c’est une parole du curé dd’Ars) : « Si le bon Dieu n'existe pas, je serai bien attrapé quand je serai mort, mais je ne regretterai pas d'avoir consacré ma vie à l'amour de tous ces braves gens que j'ai rencontrés sur ma route ! »

]e crois qu'il avait raison, ce gentil vieillard aux yeux de porcelaine : s'il n'y a rien après la mort, et même si Dieu n'existait pas, ]ésus aurait quand même donné sens à nos vies : il leur aurait donné une signification et une direction. Il aurait planté en elles quelque chose d’éternel, de tellement vrai, de tellement beau, de tellement bien, qu’en dehors de toute foi, on aimerait que ça dure toujours ; et d'ores et déjà, on trouve que cela à plus de valeur que sa propre vie et l'on serait prêt à sacrifier celle-ci pour la mettre au service de cet éternel à portée de ses mains !

 

page119

- Frère Laurent, croyez-vous que Jésus Christ, Fils unique de Dieu soit né de la Vierge Marie pour racbeter l'humanité de son pécbé par le saint saint sacrifice de la Croix ?

- En toute sincérité, mes bons pères, je ne peux pas affirmer que je crois en Jésus-Christ comme on croit à un dogme. Non, en toute franchise (le vieillard se mit à rire, découvrant sa bouche édentée) je crois en ]ésus-Christ - comme le petit enfant croit en son père qui le fait sauter dans ses bras au dessus de sa tête : « Plus haut, p'pa ! plus haut ! ». Le bambin croit en son père, il a en lui une absolue confiance, il n’imagine pas un seul instant que son père pourrait le laisser choir sur le sol ! Eh bien, il en va de même pour moi qui suis pourtant bien loin d'être un marmot (nouveau rire édenté) : je ne sais pas si je crois, mais je fais totalement confiance au Christ.

 

 

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