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Adolphe Monod

(1802-1856)

un artisan paradoxal du Réveil protestant français


Étienne Tissot

 

 

Édition Olivétan

200 pages - 16 €

 

recension Gilles Catelnau



16 février 2018

Le pasteur Adolphe Monod était une personnalité importante du protestantisme du 19e siècle. Sa pensée et son ministère pastoral et professoral, enracinés dans le romantisme de l’époque, sont typiques de la théologique dite orthodoxe. Celle-ci est opposée au libéralisme théologique issu des Lumières et à l'exégèse historico-critique. Elle n'est pas non plus fondamentaliste, attitude née bien plus tard au 20e siècle, consistant a « fonder » la spiritualité sur les dogmes du 4e siècle et sur une prétendue vérité historique des anciens récits de la Bible.

Il était un prédicateur hors pair et a eu énormément de succès en son temps : l’auteur nous dit même qu’à son enterrement, « malgré une pluie torrentielle, plus de mille personnes se pressaient devant la maison mortuaire et dans la rue. »

Ce livre, très clair et facile à lire, le présente avec beaucoup de détails et de nombreux passages de ses prédications. Sans approuver son dogmatisme et sa rigidité on peut du moins les comprendre, pénétrer sa pensée et participer à son itinéraire personnel.

En voici des passages.

 


De la naissance d’Adolphe Monod à sa « conversion »

1802-1827

 

Le ministère à Naples

La « conversion » d’Adolphe Monod

page 43
C'est alors que se produit brutalement sa « conversion », une sorte d’expérience mystique sous l’action du Saint-Esprit. Le samedi 21 juillet 1827, alors qu'il se promène dans les rues de Naples ensoleillées, rempli de désespoir, il sent les larmes monter jusqu'à ses yeux. Il rentre précipitamment chez lui et à genoux, il reçoit subitement la paix, comme il l'écrit le 14 août 1827 à sa sœur Adèle :

« voyant, comme par un trait de lumière, que mon esprit était et avait toujours été dans un état d'aveuglement et de déviation qui devait cesser pour que je puisse avoir la paix ; qu'attendre la cessation de ce désordre de ma raison et de ma volonté, qui en était atteinte elle-même, ce serait faire comme un aveugle qui prétendrait corriger la cécité d'un de ses yeux, à l'aide de son autre œil, aveugle aussi ; qu'ainsi je n'avais de ressource que dans une influence extérieure, je me ressouvins de la promesse du Saint-Esprit. Et ce que les déclarations si positives de l'Évangile n'avait pu me persuader, l'apprenant enfin de la nécessité, je crus pour la première fois de ma vie, dans le seul sens selon lequel elle pouvait répondre le mieux aux besoins de mon âme, dans celui d'une action réelle, extérieure, surnaturelle, capable et de me donner et de m'ôter des sentiments et des pensées et exercer sur moi par un Dieu maître de mon cœur aussi véritablement qu'il l’est de la nature. »

Cette « conversion » à la façon de Saül, crise psychologique brutale qui l'amène à ressentir un sentiment de délivrance, de paix intérieure, grâce à l'action du Saint-Esprit est l'expérience-type de conversion du Réveil. En effet, les revivalistes insistent sur la nécessité de passer par une conversion du cœur à Jésus-Christ pour remporter la victoire sur le péché et vivre une vie nouvelle (régénération, nouvelle naissance) et pour accomplir de bonnes œuvres à la gloire de Dieu (sanctification) comme le prêchait un siècle plus tôt, Jonathan Edwards (1703-1758) un des grands pionniers du Réveil aux États-Unis. Cette expérience décisive le suivra tout au long de sa vie jusqu'à son lit de mort où il dira « à partir de ce jour, une vie intérieure nouvelle commença pour moi. Non pas que ma mélancolie eût disparu, mais elle avait perdu son aiguillon. Oh ! si ces lignes pouvaient être pour vous ce que fut pour moi le soleil du 21 juillet. »

 

 

Pasteur à Lyon, un aller et retour d’une Église reconnue à une Église libre

 

Adolphe Monod pasteur au temple du Change (1827-1831)

page 54
Adolphe Monod dit :

« Si vous ne pouvez pas mourir tranquille, par quel enchantement avez-vous appris à vivre tranquille ? Quoi ! Vous pouvez mourir à chaque instant, vous ne savez pas quelle sera votre sentence éternelle, vous avez tout lieu de croire que vous serez condamné [...] Et votre visage est tranquille ! Et vous pouvez dormir tranquille ! Et vous faites tranquillement vos affaires ! Que dis-je et vous fréquentez la maison de fête ! Et vous allez, riant, chantant, dansant vers le tribunal du souverain Juge ! »

Adolphe Monod lance un appel à la conversion : « Pour que nous puissions mourir tranquille, il n'est pas nécessaire que nous trouvions en nous-même le parfait accomplissement de la loi, il suffit que nous le trouvions dans la personne du médiateur. Jésus... »

 

Conflit avec le consistoire, la destitution de Monod

page 62
Le conflit avec le Consistoire éclate en fait très peu de temps après son arrivée, car on lui reproche de donner une prédication effrayante, de nuire par ses idées à la prospérité de l'Église, de mépriser les Lyonnais et même ses collègues, faisant ainsi allusion à son mariage béni par le pasteur Bonifas, de Grenoble. On lui reproche également de consacrer beaucoup trop de temps aux anciens « dissidents », de la communauté revivaliste et de s'intéresser beaucoup moins aux catholiques de Lyon et de la banlieue, passés à l'Église réformée comme le rapporte Daniel Robert dans le Dictionnaire du Monde religieux :

« Adolphe Monod juge que les « anciens » du Consistoire de Lyon ne sont pour la plupart pas véritablement chrétiens ; eux le tiennent à la fois pour fanatique, et ne faisant pas « son travail ». Adolphe Monod, en effet, ne s'intéresse, à Lyon et aux environs, qu'à ceux qu'il tient, lui, pour chrétiens (ou « convertis »). Ce sont naturellement ceux dont les idées sont les plus proches des siennes ! Plusieurs de ceux-ci quelques mois plus tôt étaient membres d'un petit groupe séparé (« dissident »). Le conflit s'aggrave progressivement. Adolphe Monod en vient à refuser de distribuer la Cène à la Pentecôte 1831, ne voulant pas se rendre responsable d'une distribution trop large (à son sens) ce qu'il appelle dans son langage (daté !) « livrer le Christ à une bouche incrédule et profane ». Ce « refus de service », dans l'Église concordataire qu'il sert est évidemment une erreur qui « donne prise » contre lui : le Consistoire (jusque là qui ne l’avait frappé qu'à la bourse, en supprimant le supplément de traitement qu'il lui versait) le suspend et demande à l'administration de le révoquer.

 

 


Professeur à Montauban, « le Réveil de l’intérieur ? » 

1836-1847

 

Le séjour à Montauban d’Adolphe Monod

La position d’Adolphe Monod dans cette polémique

page 132
Monod poursuit son action pendant les mois qui suivent. Il est charge en 1841, pour l’ouverture de l’année scolaire, de prononcer la leçon inaugurale. Il le fait le 11 novembre devant les professeurs, les étudiants, les autorités civiles et militaires de Montauban sur le thème : « La vraie piété favorise la vraie science théologique » et il prononce les mots suivants :

« L’Église réformée de France présente de nos jours un spectacle bien propre à nous réjouir. Un moment où la main de Dieu est visible, se communique de proche en proche dans son sein, et y répand la piété qui est selon Jésus-Christ. [...] Nous nous en félicitons enfin comme docteurs, et pour l'amour de la science théologique, dont le Réveil, que nous appelons de tous nos vœux, ne saurait être plus sûrement garanti que par celui de la foi ». Il ajoute : « L’étude approfondie de la Bible est mère de toute la théologie. »

 

 

 

Adolphe Monod, pasteur à Paris dans « l’Église établie »

1847-1856

 

Les années de souffrance (1854-1856)

La fin de son ministère

page 168
Le 30 décembre 1854, il engage une polémique avec son neveu Jean Monod impliqué dans un mouvement théologique appelé la jeune École. ( 1 ). Il reproche à cette école de chercher une synthèse chrétienne, distinguant un enseignement exotérique, voilé pour les petits et sans voile pour les sages. Il lui reproche un intellectualisme respectueux de la Parole de Dieu mais pas assez soumis à ses yeux. Il défend une position qui demeure scripturaire, accusant son neveu d'être plus attaché à l'inspiration de l'Écriture qu'à l'expiation ou propitiation. Il défend aussi le principe de la conversion ou régénération, qui lui paraît compromis par la jeune École, combat la méthode historico-critique de celle-ci et récuse les accusations de La Revue de Strasbourg ( 2 ) contre l'orthodoxie.


______________________________

Notes

1. La jeune école théologique de Tübingen a été fondée par Ferdinand Christian Baur (1792-1860) puis par son élève David Strauss (1808-1874). Elle développe un courant exégétique historico-critique de la Bible et des dogmes.

2. La Revue de Théologie et de philosophie chrétienne ou Revue de Strasbourg est fondée en 1850 par Timothée Colani (1824-1888) ave l'aide d'Edmond Scherer. Elle propose un libéralisme radical, reprochant à l'orthodoxie incarnée par le Réveil de ne pas prendre en compte l'humanité de Jésus ni les progrès à l'œuvre dans la société.

 


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