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Au bonheur des anges

 

 

Michel Barlow

Illustrations de Sylvie Lucel

 

Éditions Passiflores

 

176 pages - 17 €

 

Recension Gilles Castelnau


 

7 janvier 2018

L'introduction dit :

Dans ces seize récits jubilants, Michel Barlow, avec humour et poésie, mais non sans élévation spirituelle, peuple le ciel et la terre d’une pléiade d’anges (et d’ « angesses » !). Ces êtres « faits de plume et de rêve » sont rigolos, bons vivants et leur joie d’aimer est contagieuse !
A leur façon, ils donnent à penser et à prier.


Voici le premier récit

Al et Luïa, les anges polissons et le canon théologal

Il était une fois deux petits anges polissons. Oui, j'ai bien dit polissons.
On s'imagine à tort qu'à l’école des anges, dans les célestes demeures, il n’y a que des premiers de classe et que tous les petits élèves ailés et zélés sont aussi sages que des images de Première communion. Mais c’est une erreur : comme tout amour, l'amour de Dieu peut avoir ses fantaisies et ses calembredaines.

Ces deux petits anges, espiègles et inséparables, se nommaient Al et Luïa. Mais ce n’était sans doute qu'un surnom : ils rayonnaient d'une telle joyeuse tendresse que leur seule apparition semblait une prière de louange.

Pourtant, les deux garnements irritaient souvent les élus avec leurs farces idiotes. Il s'amusaient par exemple à accrocher aux nuages les auréoles des saints et on ne les retrouvait qu'aux antipodes du ciel, les jours de tempête. Ou encore ils prenaient un plaisir coquin à intervertir les vêtements dans les célestes vestiaires. Imaginez saint Pierre avec le manteau bleu azur de Marie et saint Georges étouffant dans la maigre cuirasse de Jeanne d'Arc ! Il y avait de quoi rire et nos angelots ne s'en privaient pas : des tempêtes d'hilarité tirebouchonnaient souvent les plumes de leurs ailes !

À plusieurs reprises, le Père de toutes les tendresses avait tenté de les gronder, mais les deux petits rayonnaient d'un tel amour qu'il interrompait sa semonce pour les couvrir de baisers.

Un jour, pourtant, Al et Luïa découvrirent jusqu’où ils pouvaient aller trop loin. Ils avaient entrepris de jouer avec les trois énormes canons à rayon laser que le Père braque de temps à autre sur l'humanité : celui de la foi suscite des conversions spectaculaires, mais de bien plus étonnants miracles, au secret des cœurs. Au plus noir de nos agonies humaines, celui de l'espérance aide parfois une vieille femme à se relever ou un malade à sourire. Et celui de la charité - le plus puissant des trois - parvient de temps à autre à percer les murailles bétonnées de nos égoïsmes pour susciter d'incompréhensibles actes de générosité.

Maniées par les mains inexpertes des deux galapiats, ces admirables machines produisirent quelques miracles tout à fait surprenants. Jusqu'à ce que l'un des anges polissons - Al ou Luïa, on ne sait - décida de faire converger sur le même point le rayon de la foi, celui de l’espérance et celui de la charité.

À la surprise des deux garnements ailés, l'expérience ne produisit pas une auréole boréale de tendresse cosmique, ni un raz de marée mystique, ni une apocalypse de sainteté exubérante. Au point de rencontre de la foi, de l'espérance et de la charité, on vit seulement apparaître le visage humain de Jésus-Christ qui sourit aux deux célestes enfants éberlués et les rassura gentiment : « N'ayez pas peur, c’est moi ! » (Jean 6.20)

 

 


L’archange Frédéric et le rire des anges à tire d'aile

Connaissez-vous l'archange Frédéric ? Non ? Ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas un bagarreur comme l'archange Michel, ni un grand voyageur comme Raphaël ou un grand communicateur comme Gabriel. C'est un garçon discret, presque timide... Je dis bien un garçon : vous allez voir dans un instant qu'une ange (ou angesse) n’aurait pu connaître la même aventure.

Quoi qu'il en soit, l'archange Frédéric est un intellectuel : il passe son temps le nez dans les galaxies à pister la trace des grands secrets de l'univers.

Les anges sont toujours joyeux, puisqu'ils sont des reflets de la joie de Dieu, comme de sa beauté, du reste. Mais, ce matin-là, Frédéric était dans une particulière allégresse : il s’était fait passer un savon par le Saint-Esprit ! Que l'expression ne vous abuse pas : dans le monde angélique et archangélique, passer un savon à quelqu'un, ce n'est pas lui faire des reproches avec plus ou moins de décibels à la clé. C'est le rendre plus pur, plus transparent à sa mission et c'est pour lui une joie sans pareille.

Un savon angélique, c’est un peu ce que les croyants de la terre nomment une illumination : nom féminin singulier : action de rendre plus lumineux un cœur qui l'est déjà, en le lavant à l'aide d'amour et d’eau fraîche, ou avec des produits d'entretien les plus usuels pour le nettoyage de l'âme : joie, prière, espérance, amour...

Frédéric jubilait. Et pourtant, l'Esprit de Pentecôte ne lui avait pas caché les difficultés de la mission qui l'attendait.

Celui que nous aimons, son Fils bien-aimé et moi-même, avait-il dit en substance, nous nous inquiétons des propos échevelés que les croyants tiennent à notre sujet. J'avoue que pour ma part, bien que pur esprit, je ne comprends rien à certaines de leurs élucubrations.

« Ils tiennent des propos... échevelés ! C'est le mot : à force de couper les cheveux en quatre dans le sens de l'épaisseur, les théologiens risquent de défriser la foi : autrement dit, de faire douter ceux qui croient encore et de mettre en fuite tous les autres…

« Leurs savants discours sont encombrants, floconneux et inconsistants comme la barbe-à-papa des fêtes foraines !

Devant cette gabegie, nous avons pensé en haut lieu que rien ne valait une expérience directe. Accepteriez-vous, mon cher Frédéric, de vous mêler quelques semaines à la vie d'un séminaire ou d'une faculté de théologie et de rédiger ensuite un rapport circonstancié ? »

Les anges et les archanges ignorent le mot non, ce qui simplifie considérablement le travail de leurs supérieurs hiérarchiques. Frédéric accepta donc sans état d'âme son ordre de mission pour le Séminaire Saint-Cogolin, dans la banlieue de Marseille.

[...]


Peu après son atterrissage sur la Canebière, Frédéric découvrit que ses grandes ailes plumeuses et sa tunique immaculément blanche ne passaient pas inaperçues, même au milieu de la foule indifférente d'une grande ville.

Fort heureusement pour lui, il ne resta pas assez longtemps en cette tenue pour se faire ramasser par un équipage de Police-Secours et conduire manu militari à l'hôpital psychiatrique le plus proche.

Un jeune musicien des rues, chevelu et barbu comme une boule de pissenlit, le prenant pour un collègue saltimbanque, proposa de lui acheter sa belle robe. Le touffu avait sa petite idée derrière la crinière.

La transaction se fit d'autant plus facilement que Frédéric proposa de troquer sa tunique angélique contre le jean et le t-shirt du garçon.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Depuis, le chanteur des rues - qui jusqu'ici, gagnait chichement sa vie en mélopant des airs mélancoliques voire tristounets - fait fortune en bramant avec conviction le Kyrie et le Credo - ceux de la Messe des anges évidemment : ses seuls souvenirs d’enfant de chœur honoraire, parfaitement assortis du reste à sa blanche tunique.

Pour cet office, il se plante sur le parvis de Notre-Dame de la Garde et les touristes étrangers lui jettent des poignées de pièces de monnaie avec le même enthousiasme qu’on lance des cacahuètes aux singes du zoo.

De son côté, Frédéric était tout fier d’être habillé comme un jeune terrien du Troisième millénaire. Repliées entre les deux omoplates, ses ailes ne se voyaient pratiquement pas sous son t-shirt.

Mais je vous vois froncer les sourcils : porter ainsi des vêtements d’occasion n'est pas très sain ! Assurément, mais dormez tranquilles, bonnes gens : les anges sont autonettoyants et autodésinfectants.

Lorsque Frédéric frappa à la porte du supérieur du Séminaire Saint-Cogolin, celui-ci était fort occupé à rédiger un article pour les Nouveaux grimoires théologiques sur « le Concept de mystagogie chez Nestor d'Abylène ».

Il accorda une attention bienveillante mais distraite au séminariste postulant qui se présentait à lui et lui servit par voie de réflexes conditionnés un pieux discours d'accueil tout à fait stéréotypé.

Frédéric s'intégra sans difficulté au groupe des élèves de Première année. Ses camarades apprécièrent d'emblée son inaltérable bonne humeur, sa gentillesse et sa serviabilité.

Mais aussi son extraordinaire talent de basketteur : comment pouvait-il s'envoler de la sorte vers le panier, comme s'il avait des ressorts sous les semelles ? Je vous le demande.

En revanche, Frédéric était loin d’être un élève brillant. Attentif, certes, goulûment attentif ; mais la stupeur qui se peignait en permanence sur son visage, montrait bien qu'il ne comprenait goutte aux cours que l’on déversait en shampoing sur la tête des séminaristes.

Parfois, pour faire du zèle, il levait un doigt tremblant vers le plafond, comme pour indiquer une fuite d'eau. Mais les questions qu'il formulait étaient d'une si enfantine et souriante naïveté que les professeurs en étaient désarmés. En réponse, ils broutaient au hasard quelques citations bibliques, de préférence en latin. Et par gentillesse, Frédéric hochait la tête d'un air entendu.

Paradoxalement, ce sont les exercices de piété qui posaient le plus de problèmes à l'archange Frédéric.

Chacun sait, en effet, que lorsqu'un ange prie, il devient d'abord phosphorescent, puis de plus en plus lumineux, jusqu'à dégager une aveuglante lumière d'arc électrique.

Dès qu'il se rendit compte que ses oraisons jubilantes éclipsaient la lueur des cierges et risquaient de faire prendre des coups de soleil à ses camarades, Frédéric s'employa à avoir des distractions pendant ses prières.

Ce n'est pas aussi facile qu’on pourrait le croire. Il dut se résoudre à faire du calcul mental de haut niveau pour ne pas céder à la tentation de prier pour de bon : extraction de racines cubiques, calcul d'intégrales…

Le scandale se produisit pendant un cours de théologie dogmatique, par une belle après-midi d'automne. Le professeur était un très vieux prêtre au visage d'ascète, en vieil ivoire. Son cou de poulet déplumé était profondément vissé dans un col romain de stricte observance.

« Selon saint Thomas d'Aquin, disait-il d’une voix patinée par un trop long usage, l'ange est d'une nature essentiellement intellectuelle. Voir Somme théologique, Prima Pars, question 65. Cependant il ne s'identifie pas à son essence : toujours dans la Prima Pars, question 54, article 3... »

Ce discours ne semble avoir rien de particulièrement hilarant, on en conviendra. Pourtant, au fond de la salle de cours, jaillit comme une source timide, une petite musique d'allégresse.

Le fou rire réprimé de Frédéric est une trille suraiguë, un cri d’oiseau, un vol d'alouette dans le ciel clair. Il plane un instant au-dessus des séminaristes éberlués, avant de s’élancer droit vers le soleil.

[...]


Mais bientôt, le rire de Frédéric, trop longtemps contenu, déborde les écluses. Il explose à ventre déboutonné. Et les éclats de rire de l'archange se fragmentent en mille morceaux qui retombent en gerbes sur la tête de ses condisciples ébahis.

Ceux-ci se demanderont jusqu’à la fin de leurs jours d’où vient cette exultation, ce sourire réflexe qui sculpte leurs lèvres chaque fois qu'ils tentent de se mettre en prière.

« Hi hi hi ! » Remorqué par son rire, Frédéric traverse la fenêtre grande ouverte - dans l'attitude, évidemment, du « saut de l'ange » bien connu des plongeurs - et il est aspiré « Hi hi hi ! » au plus haut du ciel, là où gambade la joie des anges.

[...]

Le rai de lumière qui filtre du volet entrebâillé au grand soleil d’été vous le raconte à sa manière : de minuscules particules de rien du tout dansent avec allégresse dans cette langue lumineuse que le soleil tire vers vous : cour de récréation microscopique, chorégraphie exultante de l’infini bonheur d’être réchauffé, illuminé par un amour sans limite.

Comme ces grains de lumière, les anges du ciel, dans leur prière, dansent et sautant de joie en permanence, feu d’artifice de tendresse émerveillée.
Et quand, là-haut, les anges rient – carillon de louange à la joie de Dieu – il pleut des étoiles dans le ciel, il pleut des bonheurs sur la terre.

 


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