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La France protestante

 


Histoire et lieux de mémoire

 

Sous la direction de Henri Dubief & Jacques Poujol

 

Les éditions de Paris Max Chaleil

456 pages, 28 €


Recension Gilles Castelnau


.

4 décembre 2017

C’est la 4e édition de ce très important ouvrage qui nous fait pénétrer dans chaque siècle de l’histoire du protestantisme et dans chacune des régions de France où il s’est manifesté.

- La première partie historique présente le XVIe siècle par Marianne Carbonnier Burkard, le XVIIe siècle par Élisabeth Labrousse, le XVIIIe siècle par Daniel Robert, le XIXe siècle par André Encrevé, le XXe siècle par Jean Baubérot.

L’essentiel en est dit sans que l’on soit noyé dans trop de détails. On lit ces narrations avec facilité et intérêt.
Les illustrations d’époque sont nombreuses et leurs légendes très éclairantes.

- La deuxième partie géographique nous emmène à Paris, Brie, Flandres, Artois Picardie, Champagne-Ardenne, Alsace,, Franche-Comté, Pays de Montbéliard, Bourgogne, Lyon, Auvergne, Vivarais-Velay, Dauphiné, Luberon, Provence, Cévennes-Languedoc, Toulouse, Haut-Languedoc, Gascogne, Bvéarn, Bordeaux et Aquitaine, Limousin, Aunis, Saintonge, Provinces de l’Ouest et du centre de la Bretagne au Berry, Normandie.

En voici quelques passages.


Première partie
Cinq siècles d’histoire du protestantisme

 

Le XVIIe siècle

Élisabeth Labrousse


 

Le XIXe siècle

André Encrevé


page 98

[...]
Sous Louis-Philippe, une série de petites affaires mettant en jeu la liberté religieuse agitent l'opinion protestante. En effet, si le gouvernement central est décidé à faire respecter la liberté, les autorités locales ne font pas toujours preuve du même libéralisme. Plus favorables à la tolérance qu'à l'égalité des cultes, elles considèrent, certes, qu'il ne saurait être question de restreindre la liberté de culte des communautés protestantes anciennes d'Alsace, du Poitou ou des Cévennes, par exemple.
Mais elles jugent aussi qu'elles ont le droit de s'opposer à l'évangélisation protestante dans les villages, voire dans les régions, où les protestants ne sont pas connus.
Or les huguenots tiennent la liberté d'évangélisation pour la pierre de touche de leur réintégration dans la communauté nationale. D'où une série de difficultés - à Senneville, près de Mantes, Yvelines, en 1842 par exemple - qui connaissent un certain retentissement. En général, elles sont résolues assez vite, le gouvernement de Louis-Philippe étant beaucoup moins lié à la hiérarchie de l'Église romaine que son prédécesseur. Il reste qu'elles marquent les huguenots.

Au milieu des années 1840 on peut donc regarder une bonne partie du peuple protestant comme ayant opté pour le régime républicain : quant à la bourgeoisie, si elle est « orléaniste », c'est-à-dire attachée au libéralisme politique, elle est prête à s’accommoder d'une république lui accordant autant de liberté politique et économique.


1848-1870

Les protestants et l'État.
Dans les semaines qui suivent la Révolution de février 1848, l'attitude des protestants confirme l'analyse précédente. Tout en manifestant une certaine sympathie pour la famille de Louis-Philippe - en particulier pour la protestante duchesse d'Orléans, veuve du prince héritier - les huguenots expriment le plus souvent une vive satisfaction de voir la République installée à nouveau en France.
Il est vrai que, dès l'origine, le gouvernement républicain affiche sa volonté de respecter toutes les libertés, et qu'il n'est nullement clérical. L'un des premiers acquis de la Révolution de 1848 est l'exercice de la liberté de réunion ; or, sous le régime précédent, les protestants souffraient de voir limiter leur liberté lorsqu'ils souhaitaient tenir des réunions religieuses. L'attitude du nouveau régime ne peut donc que les contenter.
De plus, lorsque, dès l'été 1848, les réunions sont à nouveau soumises à autorisation préalable, la loi précise que les réunions religieuses restent libres. Si bien que les huguenots – en matière politique, ils réagissent surtout en fonction de la crainte que la hiérarchie de l’Église romaine leur inspire – sont dans l’ensemble acquis à la Seconde république. [...]

 

Le XXe siècle

Jean Baubérot


1991-2005 : regard rétrospectif après le tournant du siècle

page 132
[...]
Certains blocages qui au début du XXe siècle semblaient séparer irrémédiablement les Églises catholiques et protestantes ont presque complètement sauté en l'an 2000, bien que l'observation de certaines pratiques courantes offre un paysage assez contrasté. Les cérémonies religieuses, en particulier les mariages et les enterrements, rassemblent les deux communautés en un même lieu, parfois en présence des ministres du culte des deux confessions.
[…]
Avec surprise, les protestants ont découvert que beaucoup de catholiques étaient aussi laïques qu'eux. En politique, après une longue période pendant laquelle les politologues s'exerçaient à distinguer, dans certaines régions, vote catholique et vote protestant, il devient de plus en plus difficile de caractériser les préférences protestantes pour tel ou tel parti, même si elles gravitent le plus souvent autour de la gauche modérée.
L'ostracisme ou tout au moins la méfiance qui handicapait les protestants lorsqu'ils s'engageaient dans la vie publique n'existe plus de nos jours et ils n'ont plus à recourir au camouflage radical-socialiste comme c'était encore le cas dans les années 1930 pour les politiciens issus de milieux protestants.
Leur conduite plus qu'honorable pendant la guerre, leur éloignement instinctif des idées extrémistes leur confèrent plutôt un a priori favorable en politique, mais un militantisme socialiste-chrétien trop appuyé a pu desservir, avant et après la guerre, la carrière politique d'un André Philip.
Les protestants ont accédé en nombre appréciable à d'éminents postes de responsabilité politique dans les années 1981-1989. Encore faudrait-il être sûr que la trace protestante qui subsistait de façon avouée chez un Michel Rocard ou se devinait malgré lui chez Lionel Jospin n'a pas joué contre eux à certains moments critiques de leur carrière politique...

 

 

Deuxième partie
Lieux de la mémoire protestante


Paris

Le Paris des Martyrs

La rue Visconti, berceau de l'Eglise réformée de France
page 164

Cette rue a conservé son étroitesse du XVIe siècle. C'est la seconde rue à droite en descendant la rue Bonaparte vers la Seine. À l'angle de la rue subsiste gravé l'ancien le nom de la rue : « rue des Marais » (Saint-Germain). Ses maisons anciennes actuelles sont du XVIIIe siècle, mais elles sont bâties sur des soubassements anciens apparents au pied de plusieurs bâtiments, et leurs caves anciennes communiquent entre elles. À l'actuel N° 4, se trouvait l'auberge à l'enseigne du Vicomte. Elle avait deux issues. La rue fut appelée la Petite Genève. Plusieurs pasteurs de Charenton ont habité dans le quartier.

Là, en 1555, pour la première fois à Paris, fut célébré un baptême réformé : un seigneur, nommé de La Ferrière, venait d'avoir un enfant qu'il ne voulait pas faire baptiser par un prêtre. Il demanda donc aux fidèles qui s'assemblaient dans la maison de bien vouloir désigner l'un d'entre eux comme ministre. Après avoir demandé l'inspiration divine, Jean Le Maçon, dit La Rivière, fut alors nommé par l’Église et baptisa le nouveau-né.

C'est ici que s'assembla clandestinement le Synode national constitutif des Églises réformées en France. En 1558, s'était tenue à Poitiers une réunion préparatoire qui avait décidé d'arrêter une Confession de Foi et une discipline pour structurer les Églises nées spontanément en France. Calvin fut consulté. Le synode se tint ici du 25 au 29 mai 1559, groupant les pasteurs et anciens représentant 72 Églises. Il est probable que l'assemblée fut relativement peu nombreuse, pour des raisons de sécurité, les délégués pouvant détenir plusieurs mandats. Le synode fut présidé par François de Morel. La Confession de foi adoptée ici fut officialisée seulement en 1572 pour devenir la Confession de Foi de La Rochelle. Cette structuration facilita l'essor rapide des Églises réformées.

Pendant cette même année 1559, dans cette maison du nommé « Le Vicomte », une assemblée fut surprise : la femme de Le Vicomte et son père furent arrêtés, mais la plupart des fidèles purent fuir par une autre issue, pendant que quatre d'entre eux ferraillaient dans la rue étroite pour contenir les cinquante gens d’armes.


Le Vieux Louvre
page 171

La façade, côté Cour Carrée, à gauche du Pavillon de l'Horloge qui fut financée par Sully, est la plus belle du Louvre, dans le style de la Renaissance française. Le sculpteur protestant Jean Goujon a concentré son effort sur les trois avant-corps et sur le dernier étage du bâtiment : hauts reliefs allégoriques, frises d'enfants et de guirlandes, crête ouvragée décorée de « grotesques ».

[...]

Au rez-de-chaussée se trouve la salle des Cariatides. Elles ornent une tribune à l'extrémité nord de ce qui fut la salle de bal de la Cour et sont l'œuvre de Jean Goujon. Cette salle servit de lieu de culte protestant à la Cour autour de Catherine de Bourbon, sœur d'Henri IV, restée fidèle huguenote. Le peuple de Paris y défila devant le catafalque exposant la dépouille du roi assassiné. La petite porte du coin gauche est celle d'où partit Henri IV le 14 mai 1610, et y fut ramené déjà mort après l'attentat de Ravaillac.

 

Le Dauphiné

page 295

On estime à plus de 10 000 le nombre des protestants originaires du Dauphiné qui prirent le chemin du refuge vers le Hesse-Cassel et le Brandebourg et quelques-uns vers l’Angleterre. Le magnifique donjon médiéval de Crest s’emplit de prisonniers. Au total, 247 condamnés du Dauphiné ramèrent sur les galères.

page 299
L'église de Dieulefit a été durant l'entre-deux-guerres le centre d'un mouvement de Réveil, la « Brigade de la Drôme » qui avait pris naissance à la Motte-Chalencon.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les protestants de cette région dont les sentiments républicains n'avaient cessé de se manifester de 1789 au coup d'État de 1851 (qui remplit à nouveau la tour de Crest d'opposants protestants) furent mêlés à toutes les formes de Résistance.
Grenoble devint une étape importante dans la filière de la Cimade qui, du Chambon-sur Lignon à Genève, par Valence, Romans et Annecy organisait le sauvetage des Juifs.
À Dieulefit, « oasis de paix », mille cinq cent personnes furent sauvées à l'initiative de Marguerite Soubeyran et de Jeanne Barnier. Et l'école protestante de Beauvallon devint lieu de résistance intellectuelle, une sorte d'université libre, tandis qu'un grand nombre d'enfants juifs y étaient camouflés.


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