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Pentecôte


prédication

Actes 2:1-11 ; Genèse 11:1

 

Gilles Carbonell

 

 

26 novembre 2016

Actes 2:1-11
1Quand le jour de la Pentecôte arrive, les croyants sont réunis tous ensemble au même endroit. 2Tout à coup un bruit vient du ciel. C'est comme le souffle d'un violent coup de vent. Le bruit remplit toute la maison où ils sont assis. 3Alors ils voient apparaître des langues, comme des langues de feu. Elles se séparent et se posent sur chacun d'eux. 4Tous sont remplis de l'Esprit Saint et ils se mettent à parler d'autres langues. C'est l'Esprit qui leur donne de faire cela.
11 … Chacun de nous les entend annoncer dans sa langue les grandes choses que Dieu a faites. »

Genèse 11 :1
1 À ce moment-là, tous les habitants de la terre parlent la même langue et ils utilisent les mêmes mots. 2 Un jour, les gens vont vers l'est. Ils trouvent une plaine au sud de la Mésopotamie et ils s'installent là. 3 Ils se disent entre eux : « Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu. » Les briques leur servent de pierres, et le bitume leur sert de ciment. 4 Puis ils disent : « Allons ! Construisons une ville ET une grande tour aussi haute que le ciel. Ainsi, nous deviendrons célèbres et nous pourrons rester tous ensemble. »
5 Alors le Seigneur descend du ciel pour voir la ville et la tour que les êtres humains sont en train de construire. 6 Ensuite, il dit : « Ils forment tous un seul peuple et ils parlent la même langue. Ça commence bien ! Alors maintenant, jusqu'où vont-ils aller ? Rien ne pourra plus les arrêter. Ils vont faire tout ce qu'ils veulent. 7 Non ! Je vais mélanger leur langage. Il faut les empêcher de se comprendre entre eux ! » 8 Le Seigneur les chasse de leur ville et il les envoie un peu partout dans le monde. Ils arrêtent de construire la ville. 9C'est pourquoi on donne à cette ville le nom de Babel. En effet, c'est là que le Seigneur a mélangé le langage des habitants de la terre. Et c'est à partir de là qu'il les a envoyés un peu partout dans le monde entier.

 

Mettre ces deux textes en face à face pose une question : ils se contredisent ! Dans le cas de la Pentecôte, cette pluralité de langues est plutôt bénéfique alors que, pour la tour de Babel, c’est une punition – en tous les cas, c’est ce qu’on nous dit d’habitude – Dieu ayant voulu punir les hommes pour leur orgueil : « vous avez été orgueilleux, maintenant vous ne parlerez pas la même langue, c’est bien fait pour vous ! »
Alors ? La Bible se contredit ? Ce ne serait pas la première fois, mais quand même... Dieu se contredit, ou fait deux poids deux mesures ? Ou alors le rédacteur des Actes ne connaissait pas bien sa Torah ? C’est possible. Ou alors, il a voulu délibérément se mettre en opposition avec le texte ancien ?

Laissez-moi vous suggérer une autre hypothèse : j’ai connu un pasteur qui modifiait le texte en lisant : « Hélas, tous les hommes parlaient la même langue ».
Je n’ai trouvé ce « hélas » dans aucune traduction – et croyez-moi, j’en ai une bonne quantité – mais cette modification est tout simplement géniale, je vais y revenir.

Construisons une ville et une tour...  on peut en déduire que les hommes n’étaient pas que dans un mauvais projet, ils construisaient les deux, et Dieu ne s’est fâché qu’à cause de la langue unique ; il n’a pas détruit la tour – contrairement à ce que beaucoup racontent – il a juste dit que les hommes parleraient désormais des langues différentes et qu’ils partiraient se répandre par toute la terre.

Moi, ça me rappelle la Pentecôte, les hommes parlent plusieurs langues et se dispersent parmi les nations pour annoncer la bonne nouvelle. Alors, mon hypothèse, qu’est-ce qu’elle vaut ?

 

Temps 1 : parler la même langue, c’est bien ou non ?

Quand j’essaie d’y voir clair, je me surprends souvent à me promener, de long en large;;; Quand on se promène au hasard des Évangiles, on finit par y discerner une habitude de Jésus, une obsession presque : souvent, pour nous montrer le chemin, Jésus inverse le raisonnement. Par exemple, il nous dit « on a dit à vos ancêtres que... mais moi je vous dis... ».

Dans son Évangile, Marc fait dire à Jésus « celui qui n’est pas contre nous est avec nous » ; habituellement, dans la vie de tous les jours, on entend plutôt le contraire « si vous n’êtes pas avec moi vous êtes contre moi. »
Alors est-ce qu’on pourrait appliquer ce mode à l’épisode de la tour de Babel ?

Dans ce récit, on a beaucoup dit que cette multitude de langues voulue par Dieu, était une punition infligée aux hommes pour leur orgueil. Que de punitions, de vengeances, de colères, imputées à Dieu au cours des siècles, soi-disant par notre faute, parce que nous sommes mauvais, faibles, orgueilleux... Et dire que Dieu nous a créés à son image !

Mais si on inverse la démarche, alors on peut et on doit considérer que c’est un bien, un don de Dieu, que de ne pas parler la même langue, dire les mêmes choses avec les mêmes mots, avoir une pensée unique, finalement. La pensée unique, le discours unique, ce peut être tout un groupe qui répète sans réfléchir la même doctrine, ce peut être aussi une personne qui répète à l’infini les mêmes affirmations...
Mais personne ne va soutenir que la pensée unique est souhaitable : partout où elle a sévi, elle s’est traduite par de l’oppression, et pas par un bonheur parfait !

Et du coup, la Pentecôte ne vient plus s’inscrire en faux par rapport à l’Ancien Testament, elle ne vient plus le contredire : parler d’autres langues, des langues que d’autres peuvent comprendre, ce n’est pas un handicap, ce n’est pas une punition, c’est un don de Dieu pour pouvoir annoncer la bonne nouvelle aux nations. Il est bon de pouvoir parler d’autres langues, que d’autres humains peuvent comprendre.

« Parler dans d’autres langues », c’est ce que dit le livre des Actes. Ça peut vouloir dire « parler la langue des autres » (on a fait Berlitz ou Omnilangues ou autre chose et on est devenu capable de parler suédois, japonais ou swahili) ; mais cela peut vouloir dire aussi parler dans sa propre langue mais de façon telle que les autres comprennent.
Ne dites pas « c’est impossible », n’importe quel adolescent en vacances à l’étranger, dans un pays dont il ignore la langue, va sans problème se débrouiller pour séduire la belle jeune fille ou le beau jeune homme qui lui plait ! Quand c’est pour la bonne cause, on se débrouille !
Alors, aujourd’hui, parler dans d’autres langues, s’agissant des chrétiens, je parierais volontiers que cela signifie « parler aux autres » (au lieu de garder ses réflexions pour soi) et surtout parler un langage compréhensible par d’autres, des non-initiés.

Pour vous donner un exemple d’un langage d’initiés, voici ce que j’ai lu un jour dans un article destiné à expliquer la Sainte Cène :

« L’épiclèse est alors prononcée à la fois sur l’assemblée qui célèbre et sur le sacrement que chacun va recevoir. Elle prend place dans la prière eucharistique qui précède la communion, avec l’anamnèse, et l’institution par laquelle le sacrement prend réalité. »

Et c’était pour « expliquer » !

Un autre exemple, impressionnant, c’est le « parler en langues » des évangéliques pentecôtistes, dont le nom savant est glossolalie.
Écoutons ce que nous dit Paul à ce propos :

I Corinthiens 14
6 Frères et sœurs chrétiens, prenons un exemple : je viens vous voir et je vous parle en langues inconnues. Si mes paroles ne vous apportent rien, ni message clair, ni connaissance, ni enseignement, est-ce que je vous rends service ?
Je ne ferai pas de commentaire, ce texte dit bien ce qu’il veut dire : il faut réserver la langue d’initié à l’usage privé.
Ah si, juste une image : pour moi, parler un langage d’initiés, c’est comme faire un sourire à une jolie femme dans le noir, on sait qu’on lui fait un sourire mais elle, elle ne le sait pas ; et en plus, on ne sait même pas si elle est jolie !

 


Temps 2

Je viens de dire que parler des langues multiples était un don de Dieu – à condition de parler une langue que d’autres peuvent comprendre – mais est-ce que ce ne serait pas aussi facteur de division ?
Je ne crois pas : dans les deux cas – l’épisode de la tour de Babel et l’événement de la Pentecôte – le don des langues multiples précède la dispersion des humains dans le monde. Et cette dispersion sur toute la surface de la terre, ce n’est pas le « soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre » de la Genèse, cette dispersion-là a pour but d’enseigner les nations. L’enseignement, la prédication, aboutit alors non à diviser mais à réunir tous les peuples dans l’Église de Jésus-Christ.

Et cette « dispersion-enseignement » pour diffuser l’Évangile, elle a eu des effets secondaires intéressants : par exemple, la Bible a été l’occasion pour des peuples qui n’écrivaient pas, de créer des alphabets pour écrire leur langue (par exemple l’alphabet cyrillique, créé au IXe siècle).
Plus tard, au XIXe siècle, des pasteurs gallois sont venus en Bretagne pour diffuser l’Évangile en breton, et ils ont créé une grammaire bretonne et fait une synthèse des différents patois, pour que tout le monde breton puisse comprendre. Le breton parlé aujourd’hui est issu de cette démarche « allez dans le monde et annoncez l’Évangile ».

 

Envoi : qu’est-ce que parler ?

Donc, nous avons reçu le Saint-Esprit, un de ses aspects est le don de la parole, nous pouvons parler à des personnes différentes. Mais au final, et pour conclure, qu’est-ce que « parler » ?
Parler, on a écrit quantités de livres là-dessus, je prendrai juste deux exemples :

1/ Parler c’est « dire », au sens de la Genèse : « Dieu dit »
C’est vrai, il faut que ce soit une parole qui produit quelque chose, « Dieu dit... » et ça marche ! Au contraire, dire « je t’aime » et partir à la pêche ou au match de foot, ça, c’est parler, c’est aligner des mots, mais ce n’est pas « dire ». Parce que, ce qui parle aux gens, ce ne sont pas seulement les mots, c’est la manière dont on agit en même temps. Vous connaissez l’expression « vous me parlez mais ça ne me dit rien, ça ne me cause pas ». Parler mais ne rien Dire, je n’ai pas cherché d’exemple, ces dernières semaines ont été très riches sur ce plan.
Finalement, « dire » c’est aussi mettre en mouvement, et se mettre en mouvement, en action.

2/ Parler, curieusement, c’est aussi écouter.
Parce qu’il y a des moments où il ne faut pas parler mais écouter. Sans rien dire.
Rappelez-vous le tout début de la Genèse : « Dieu dit "que la lumière soit, et la lumière fut"... il fut soir il fut matin, jour un ; jour deux, jour trois... jour six » Le septième jour, il n’y a plus ni soir ni matin ni parole, c’est un jour qui ne finit pas, et ce jour-là Dieu ne dit rien.

Frères et sœurs, l’être humain – homme et femme – a été créé
il est sorti d’Égypte, de la servitude, avec Moïse et Aaron (Moïse qui disait qu’il ne savait pas parler !)
Jésus, lui, nous a enseigné quels étaient les deux points majeurs de la Loi de Moïse – aimer Dieu et son prochain
puis, à la Pentecôte, il nous a envoyé le Saint-Esprit pour nous mettre en mouvement, pour nous donner le pouvoir de faire ce que Dieu veut pour nous.
Le septième jour de la création, nous y sommes,
c’est maintenant,
et Dieu nous écoute, alors c’est à nous, maintenant, de Dire.
A la Pentecôte, tout est accompli. Ne reste plus qu’une seule chose à faire : toucher Dieu, ne fût-ce que du bout des doigts.
Toucher Dieu, rencontrer Dieu, approcher Dieu, c’est si difficile.
Mais cela, nous savons que nous pouvons le faire, avec l’aide de l’Esprit de la Pentecôte.

Amen.

 


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