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Rebelles de la foi


Les protestants en France XVIe - XXIe siècle

textes choisis


 

David Feutry

 

Ed. Belin

382 pages, 17 €


 

Recension Gilles Castelnau


26 octobre 2017

David Feutry est archiviste paléographe et docteur en histoire. Il s’intéresse particulièrement à l’histoire de la justice, aux conflictualités rencontrées par la monarchie française à l’époque moderne, tant politiques que religieuses. (4e de couverture)

Il réussit dans cet important volume à couvrir toutes l’histoire du protestantisme : sa naissance et sa persécution sous François Ier et les autres rois : l’affaire des Placards, les guerres de Religion, la Saint-Barthélemy.
Puis l’édit de Nantes, l’étouffement protestant du 17e siècle, le siège de La Rochelle, la Révocation de l’Édit de Nantes.
Le terrible 18e siècle avec la guerre des Camisards, l’affaire Calas.
La liberté retrouvée au 19e siècle : le Concordat de Napoléon, Ferdinand Buisson et la question de l’éducation, l’affaire Dreyfus.
Le 20e siècle avec la séparation des Églises et de l’État, les mouvements féministes protestants, la résistance au nazisme, la Cimade, le Chambon-sur-Lignon.
Et le début du 21e siècle avec, notamment, le grand discours de Jacques Chirac au Chambon-sur-Lignon.

Ce sont ainsi 24 chapitres, à l’allure, certes, un peu scolaire mais qui sont justement d’une clarté et d’une précision qui les rendent faciles à lire et à comprendre, sans détails inutiles et encombrants.
Chacun est accompagné et illustré d’un ou de plusieurs grands textes importants comme la Lettre du roi François Ier au Parlement de Paris, la Lettre de Voltaire concernant l’affaire Calas, les thèses de Pomeyrol de septembre 1941 etc.

En voici des passages.

 


Introduction

page 7

Parler de « rebelles de la foi », c'est faire l'histoire de ces vaincus toujours debout, de ces opprimés obstinés, de cette minorité agissant contre le pouvoir pour une reconnaissance qui bientôt dépasse son seul cas : en 1787, un état civil est octroyé aux protestants mais aussi aux juifs. Là se situe l'une des caractéristiques du protestantisme français : une lutte personnelle pour des valeurs qui lui sont chères, mais dont l'application s'avère bientôt universelle.

 

 

 

Une existence polémique au XVIe siècle

La Saint-Barthélemy (24 août 1572)

page 78
Texte : Mémoires de Marguerite de Valois
Catholique, sœur de Charles IX et mariée au futur Henri IV (alors roi de Navarre)


Au point du jour, le Roi, mon mari dit qu'il voulait aller jouer à la paume attendant que le roi Charles serait éveillé, se résolva [sic] soudain de lui demander justice [...].

Une heure après comme j'étais plus endormie, voici un homme frappant des pieds et des mains à la porte, criant : « Navarre, Navarre ! » Ma nourrice pensant que ce fût le roi mon mari, court vitement à la porte et lui ouvre. Ce fut un gentilhomme nommé sieur de Létan, qui avait un coup d'épée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras, et était encore poursuivi de quatre archers qui entrèrent tous après lui en ma chambre. Lui se voulant garantir se jeta sur mon lit ; moi sentant cet homme qui me tenait, je me jette à la ruelle et lui après moi, me tenant toujours au travers du corps.
Je ne connaissais point cet homme, et ne savais s'il venait là pour m'offenser ou si les archers en voulaient à lui ou à moi. Nous criions tous les deux, et étions aussi effrayés l'un que l'autre.
Enfin, Dieu voulut que Monsieur de Nançay, capitaine des gardes y vînt, qui me trouvant dans cet état-là, encore qu'il eût de la compassion, ne se put tenir de rire, et se courrouçant fort aux archers de cette indiscrétion, il les fit sortir, et me donna la vie de ce pauvre homme qui me tenait, lequel je fis coucher et panser dans mon cabiner jusques à tant qu'il fût du tout guéri.

Et changeant de chemise, parce qu'il m'avait toute couverte de sang, Monsieur de Nançay me conta ce qui se passait, et m'assura que le Roi mon mari était dans la chambre du Roi, et qu'il n'aurait point de mal. Me faisant jeter un manteau de nuit sur moi, il m'emmena dans la chambre de ma sœur madame de Lorraine, où j'arrivai plus morte que vive, où entrant dans l'antichambre de laquelle les portes étaient toutes ouvertes, un gentilhomme nommé Bourse, se sauvant des archers qui le poursuivaient, fut percé d'un coup de hallebarde à trois pas de moi. Je tombai de l'autre côté, presque évanouie entre les bras de Monsieur de Nançay, et pensais que ce coup nous eût percé tous deux. Et étant quelque peu remise, j'entrai en la petite chambre où couchait ma sœur.

Comme j'étais là, Monsieur de Miossans, premier gentilhomme du Roi mon mari et Armagnac, son premier valet de chambre, m'y vinrent trouver pour me prier de leur sauver la vie. Je m'allai jeter à genoux devant le Roi et la Reine ma mère pour les leur demander ; ce qu'enfin ils m'accordèrent.

 


De Nantes à Fontainebleau, l’impossible tolérance du pouvoir royal (1598-1685)

L’édit de Fontainebleau et sa critique (1685)

page 131
Texte : Mémoires du duc de Saint-Simon

Le roi était devenu dévot, et dévot dans la dernière ignorance. À la dévotion se joignit la politique. On voulut lui plaire par les endroits qui le touchaient le plus sensiblement, la dévotion et l'autorité. On lui peignit les huguenots avec les plus noires couleurs : un État dans un État, parvenu à ce point de licence à force de désordres, de révoltes, de guerres civiles, d'alliances étrangères, de résistances à force ouverte contre les rois ses prédécesseurs, et jusqu'à lui-même réduit à vivre en traités avec eux.
Mais on se garda bien de lui apprendre la source de tant de maux, les origines de leurs divers degrés et de leurs progrès, pourquoi et par qui les huguenots furent premièrement armés, puis soutenus, et surtout de lui dire un seul mot des projets de si longue main pourpensés, des horreurs et des attentats de la Ligue contre sa couronne, contre sa maison, contre son père, son aïeul et tous les siens [...].

La révocation de l'édit de Nantes sans le moindre prétexte et sans aucun besoin, et les diverses proscriptions plutôt que déclarations qui la suivirent, furent les fruits de ce complot affreux qui dépeupla un quart du royaume, qui ruina son commerce, qui l'affaiblit dans toutes ses parties, qui le mit si longtemps au pillage public et avoué des dragons, qui autorisa les tourments et les supplices dans lesquels ils firent réellement mourir tant d'innocents de tout sexe par milliers, qui ruina un peuple si nombreux, qui déchira un monde de familles, qui arma les parents contre les parents pour avoir leur bien et les laisser mourir de faim ; qui fit passer nos manufactures aux étrangers, fit fleurir et regorger leurs États aux dépens du nôtre et leur fit bâtir de nouvelles villes. [...]

Telle fut l'abomination générale enfantée par la flatterie et par la cruauté.

 

 

Les protestants et les combats de la République (XIXe et XXe siècles)

La résistance protestante

page 335

En octobre 1940 est institué le premier statut des juifs. Si une chose peut distinguer le Français du Français protestant, c'est l'importante mémoire identitaire forgée par des siècles de persécutions. À partir d'octobre 1940, let protestants comprennent que le sort des juifs d'Allemagne va s'appliquer en France, près de deux cent cinquante ans après les persécutions de Louis XIV. La minorité a changé, mais le souvenir reste vif chez les protestants, qui se désolidarisent massivement de Vichy.
[...]
Le pasteur Boegner décide d'intervenir et de prendre parti au nom des protestants : une lettre écrite à l'amiral Darlan en mars 1941 cherche à infléchir la politique antisémite du gouvernement, une seconde du 26 mars est destinée au rabbin Isaïe Schwartz pour lui témoigner le soutien de toute la communauté protestante. Cette lettre personnelle est bientôt publiée et diffusée dans toute la France. Elle constitue une étape essentielle dans la contestation de la politique antisémite de Vichy, non sans soulever la colère des collaborationnistes parisiens.
[...]
Des mouvements de jeunesse protestants se fédèrent en un Comité inter-mouvements (CIM) pour venir en aide aux populations et devient en 1940 la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués), dirigée d'abord par Jane Pannier, présidente, et Madeleine Barot, secrétaire générale. Elle intervient à partir d'août 1940 au camp d'internement de Gurs près de Pau. On prête des livres, des instruments de musique, on distribue des habits ou des vivres pour ceux qui n'ont plus rien. La Cimade ouvre des foyers d'accueil en France et y fait converger des enfants juifs en entrant petit à petit dans l'illégalité.

C'est dans ce contexte aux allures d'impasse et d'impuissance que sont rédigées les thèses de Pomeyrol.
[...]
Composées de huit articles, les thèses de Pomeyrol - le mot est fort et renvoie aux thèses de Luther. L'article VII est une dénonciation de la politique antisémite de Vichy, alors que le dernier article est une condamnation du totalitarisme et de la collaboration.
[...]
En septembre 1942, deux mois après la rafle du Vél’ d'Hiv (16-17 juillet 1942), une seconde entrevue a lieu à Pomeyrol, réunissant plus de cinquante pasteurs. On prône désormais une résistance active. Beaucoup de jeunes protestants ayant appartenu aux éclaireurs unionistes marchent dans les pas de leurs ancêtres camisards dans les Cévennes en entrant dans les maquis.
Pourtant, l'engagement le plus caractéristique des protestants, en tant que protestants plus qu'en tant que résistants, est sans doute leur rôle dans la protection et l'accueil des juifs : Le Chambon-sur-Lignon, Dieulefit, Montbéliard et bien d'autres lieux sauvent des milliers de juifs et appliquent à la lettre cette « résistance civile » d'esprit protestant prônée par les deux manifestes de Pomeyrol.



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