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Luther, les juifs et nous


Déclaration
de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine


 

Christian Albecker
René Gutman
Marc Lienhard
Philippe Richert

 

Ed. Vademecum

64 pages, 12 €


Recension Gilles Castelnau


.

18 octobre 2017

« L’hémicycle de la Région Grand Est à Strasbourg suffit à peine à accueillir les quelque 250 participants qui ont ainsi manifesté le 7 juin 2017 leur intérêt pour cette question sensible » a déclaré le pasteur Christian Albecker, président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine.

Et en effet, cette conférence qui tenait à faire le point sur les « terribles écrits antijudaïques de la fin de la vie de Martin Luther » a donné la parole à Philippe Richert, président de la Région Grand Est, ancien ministre, au pasteur Christian Albecker, à Marc Lienhard, historien et au rabbin René Gutmann. Elle a ensuite publié une Déclaration commune de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine : « Luther, les juifs et nous aujourd'hui. »

En voici des passages :


AVANT-PROPOS

Le lourd chagrin du christianisme

Philippe Richert
président de la Région Grand Est,
ancien ministre

page 14

[...] Les guerres de religion, la Saint-Barthélemy, puis l'abolition de l'Édit de Nantes ont placé juifs et protestants dans cette forme de fraternité qui unit toujours entre elles les minorités religieuses lorsqu'elles sont persécutées. Il y a, en France, une forme effective et éprouvée de solidarité historique entre juifs et protestants. C'est la solidarité des parias. Et c'est peut-être cela aussi qui nous réunit ce soir et fait de notre Alsace ce lieu où une telle rencontre et une telle déclaration sont réellement possibles...

En Allemagne, les choses diffèrent du tout au tout. Parce que ce n'est pas la même histoire et que ce n'est pas la même « mémoire collective ». Historiquement et sociologiquement, les protestants ne sont pas minoritaires outre-Rhin. Même si cela varie selon les Länder...
Un exemple. Quand Goebbels commande, en 1940, à Veit Harlan le film Jud Süss (Le Juif Sùss), l'argument est assez simple : les juifs sont alliés aux catholiques pour « mener la vie dure » aux « pauvres » protestants de Stuttgart… Et l'on retrouve dans les dialogues du film des citations entières de Luther. Le scénariste n'a pas eu à chercher loin...
Or, quand le film est projeté en France par la Continal, le public français n'y comprend absolument rien !... Pour les spectateurs de l’époque, les juifs « marchent » avec les francs-maçons, les communistes et les protestants. Jamais avec les catholiques…

[...]

Regarder aujourd'hui l'antijudaïsme d'un Luther, ce n'est pas simplement confesser devant le monde ses péchés ni même se livrer à la repentance. C'est aussi admettre que la haine des juifs peut se métamorphoser et passer de siècle en siècle sous des oripeaux aussi différents que l'antijudaïsme, l'antisémitisme ou l'antisionisme. Peu importe le flacon, pourvu qu'ils aient la haine !

[...]

En Allemagne, les Deutsche Christen du pasteur Hirsch sont fondés dès 1932 et ils se revendiquent ouvertement du national-socialisme. Comment le font-ils ? Ils s'appuient sur les textes les plus antijudaïques de Luther... En 1933, dans la logique de la « Gleichschaltung », ce sont eux qui remportent la victoire aux élections ecclésiastiques allemandes... En moins d'un an, en s'appuyant sur Luther, en fondant sur lui leur théologie et leur stratégie, ils auront rallié le protestantisme allemand - et pas qu'un peu – à Hitler.

Or, pendant ce temps, il y avait des pasteurs et des hommes qui luttaient, pied à pied, risquant tout, osant tout, ne craignant rien. Ils s'appelaient Dietrich Bonhoeffer, Martin Niemöller, Karl Barth. Ils s'appelaient aussi Paul Tillich, chassé de l'université de Francfort pour avoir pris la défense d'étudiants juifs. Et c'est chez Luther que ces théologiens et ces pasteurs d'exception sont allés chercher les raisons les plus profondes d'aimer les juifs plutôt que de les haïr. Avaient-ils connaissance de ses écrits les plus antijudaïques ? Bien sûr que oui. Mais ils n'avaient retenu de Luther que son appel à retourner à l'Évangile. À l'Évangile et à lui seul. C'est-à-dire à ce texte puissant qui appelle, comme le soulignait Karl Barth avec force, à réaliser et à accomplir la loi de Moise. Jamais à l'abolir.

Voilà pourquoi notre rencontre de ce soir est importante et que la Déclaration que s'apprête à faire l'Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine comptera pour les années qui viennent. Parce qu'ensemble, juifs et protestants, avec les catholiques, es musulmans, les bouddhistes, avec ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas, nous osons regarder notre histoire en face.

 


INTRODUCTION

Guérir les mémoires blessées

Christian Albecker

président de l'Union des Églises protestantes
d’Alsace et de Lorraine

page 19

Mesdames, Messieurs,
Célébrer un événement comme les 500 ans de la Réforme, c'est évidemment mettre en lumière tout ce que la Réforme, initiée par Martin Luther en 1517, a apporté de positif dans le domaine religieux pour le christianisme occidental et désormais mondial, mais aussi dans les domaines politique, social, économique et culturel. Les manifestations qui valorisent positivement ces apports sont innombrables dans le monde entier. Mais il ne faudrait pas pour autant idéaliser notre relecture de l'Histoire et laisser de côté les pages sombres qui l’ont entachée.

[...]

Mais il y a eu aussi les terribles violences verbales de la fin de sa vie à l'encontre des juifs et il nous a semblé que nous ne pouvions pas célébrer les 500 ans de la Réforme dans notre région sans évoquer cet aspect profondément choquantde l'œuvre de Luther.

[...]

Il ne s'agit certes pas de battre notre coulpe pour des péchés que nous n'avons pas commis, mais de déclarer clairement notre rejet de ces écrits outranciers et susceptibles de justifier : toutes sortes de dérives.

 

 

CONFÉRENCE

Luther, les juifs et nous

Marc Lienhard

professeur émérite de théologie protestante
à l’Université de Strasbourg

page 34

[...]

Pour ce qui est de Luther, la violence de ses écrits tardifs contre les juifs et la stature de l'homme le distinguent de la plupart des autres réformateurs. Heureusement que, au XVIe siècle, ces écrits n’ont eu qu'un impact limité. Les autorités politiques ont suivi leur propre logique et, en bien des lieux, ils ont continué à tolérer la présence juive. Il n y avait d'ailleurs pas de grande différence à ce sujet entre les territoires protestants et catholiques.


page 40

Une autre déclaration luthérienne élaborée en 1990 à Driebergen précise la relation spécifique qui existe entre le christianisme et le judaïsme :

1. C'est parce que Jésus descend du peuple juif et qu'il ne l'a pas renié, et parce que l’Ancien Testament était la Bible de Jésus et de l'Église primitive, que les chrétiens, en confessant Jésus, sont entrés dans une relation particulière avec les juifs et leur foi, qui se différencie de la relation à d'autres religions.

2. Cette relation entre juifs et chrétiens s'enracine dans l'attestation du Dieu unique et de la fidélité à son alliance, ainsi que cela est enseigné dans les Écritures Saintes de l’Ancien Testament, qui nous est commun Nous y lisons les mêmes paroles, même si nous les expliquons et les transmettons différemment, dans la perspective du Talmud dans le judaïsme, dans la perspective du Nouveau Testament dans le christianisme.

[...]

 

 

 

DÉCLARATION DU 7 JUIN 2017

Luther, les juifs et nous aujourd’hui

Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine

page 47

[...]

7. NOUS REJETONS RÉSOLUMENT les invectives du Luther tardif contre les juifs. Nous partageons, protestants et juifs, la même foi dans le Dieu unique d’Abraham qui, pour les chrétiens, s'est révélé en Jésus le juif. C'est le même Dieu créateur et actif dans l'histoire, même si nous en parlons différemment. Malgré un regard différent porté sur Jésus, le judaïsme comme religion nous est plus proche que toutes les autres religions. Et « la relation de l'Église à Israël est un aspect incontournable de l'identité de l'Église ». En qualifiant l'Église de peuple de Dieu, nous ne pouvons pas dénier ce même titre à Israël, lui aussi et d'abord peuple élu de Dieu, et cette élection demeure inchangée.


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