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Rencontre avec Martin Luther


public de 10 à 110 ans

 

Pascale Perrier

 

Oskar éditeur

160 pages, 11,95 €


Recension Gilles Castelnau


.

17 octobre 2017

Pascale Perrier est un auteur à succès de romans pour la jeunesse : elle en a déjà publié une soixantaine. Et comme elle est une protestante engagée, elle trouve avec le centenaire de Luther une excellente occasion d’intéresser les enfants et les adolescents.
Ce livre est, en effet, agréable et vivant à lire et en même temps il fait plonger le lecteur dans l’atmosphère des débuts de la Réforme luthérienne. On accompagne Catherine de Bore dans l’évasion de son couvent, sa vie libre à Wittenberg, sa découverte de Lucas Cranach, le peintre protestant, ami de Luther, son mariage avec Martin Luther, la naissance de ses enfants. Et à chaque occasion Pascale Perrier sait bien ajouter la petite note théologique rattachant son récit aux nouvelles idées protestantes.

En voici quelques pages.

chapitre 1

Partir.
S'enfuir.
Quitter le couvent.
Du jour où l'idée avait émergé au cours d'une conversation secrète, Catherine ne pensait plus qu'à cela. Elle vivait enfermée dans ce monastère depuis l'âge de cinq ans. Lorsque sa mère était morte, son père avait pris la décision de la conduire à Marienthron. Elle habitait donc là, destinée à devenir nonne et à y mourir, très vieille.

Alors, la perspective, la minuscule perspective de s'enfuir prenait des couleurs chatoyantes dans son esprit.

C'était Martin Luther qui avait mis cette chimère dans la tête de plusieurs nonnes à Marienthron. Aucune ne le connaissait personnellement mais elles en entendaient parler de plus en plus. Wolfgang, le frère de Marguerite et Véronique, deux religieuses qui habitaient ici, faisait office d'informateur.

On disait que Luther était un moine fougueux et revendicatif. Au cours de ces quatre dernières années, ses idées s'étaient répandues en Allemagne, parce qu'il posait des questions qui trouvaient un écho dans le cœur des gens.

Récemment, il avait pris position sur la question du célibat pour les religieux. Pourquoi les moniales er les moines devaient-ils rester célibataires ? Le mariage était pourtant l'état normal des hommes comme des femmes. Luther venait d'écrire un livret (Manifeste Sur les vœux monastiques) sur cette question. Phrase après phrase, il expliquait dans son ouvrage que, lorsque les religieux abandonnaient leur couvent ils ne reniaient par leur foi : on pouvait mener une vie pieuse et méritante en dehors des monastères. D'ailleurs, que valaient des vœux qu'on avait prononcés sans y réfléchir vraiment ?

Ce manifeste avait fait des émules- Selon les dires de Wolfgang, un tiers des Augustins dc Wittenberg avaient même quitté leur monastère ! Alors, pourquoi pas Catherine ?

 

chapitre 3

Certes, Luther était intéressant, mais Margaret rappela à ses camarades qu'il avait été frappé d'excommunication par l'Eglise.
- Il paraît qu'il a même brûlé le papier qui lui demandait de renier ses écrits. Et en public, bien sûr. Vous vous rendez compte, il brave Rome ! Il aurait dit : « Prouvez-moi par les Saintes Écritures que je me trompe, et je me rétracterai immédiatement. »
- S'il a raison, quel mal y a-t-il ? demanda Catherine.
- Depuis, tous ses livres sont interdits, ajouta Madeleine. Mon frère m'a dit que de grands bûchers avaient été mis en place pour les brûler. Mais les gens n'ont pas respecté cet ordre, et des centaines de livres se transmettent sous le manteau.

Véronique hocha lentement la tête. Quelle décision elles étaient en train de prendre, tout de même !

 

chapitre 7
Elles se trouvaient maintenant dans l'atelier du peintre. Des dizaines de tableaux étaient accrochées au mur. Il s'agissait pour la plupart de portraits, saisissants de réalisme. Catherine s'arrêta devant la peinture d'un jeune homme imberbe. Ses longs cheveux blonds et bouclés tombaient sur ses épaules, revêtues d'un superbe manteau noir. Son visage avait un aspect énigmatique. À quel monde cet homme rêvait-il ? On le sentait pensif, légèrement nostalgique. Il avait l'air si vivant !

Juste à côté se trouvait une autre toile, très grande, représentant le prince-électeur de Saxe, Frédéric le Sage. Catherine ne l'avait jamais vu, mais elle reconnaissait son allure noble, notamment grâce à un tableau de Dürer dont le monastère possédait une copie.

- Vous aimez ce tableau ? demanda un des artisans qui s'affairaient dans l'atelier. Nous l'avons terminé le mois dernier, et nous le livrerons la semaine prochaine. Il nous a été commandé par Jean le Constant, frère de Frédéric le Sage.

- J'aime beaucoup, oui.
Le prince-électeur avait été peint de profil, avec une toque noire et une longue barbe. Elle n'eut pas le loisir d'admirer davantage le portrait, car un homme d'une bonne quarantaine d'années, avec une noble barbe poivre et sel, s'approchait. Il était suivi de trois ouvriers qui portaient des planches remplies de pigments de peinture.
- Lucas, lui dit Barbara, je te présente les religieuses qui ont fui leur couvent pour vivre en suivant l'Évangile.

Catherine s'inclina face au peintre célèbre qui acceptait de les accueillir sous son toit.
- Fort bien, je suis ravi de faire votre connaissance, mesdemoiselles. Soyez à l'aise dans ma maison, et restez le temps qu'il faudra.

Laneta se fit l'interprète du groupe :
- Vous êtes très aimable. Et je me rends compte combien notre existence était confinée jusqu'à présent, puisque je n'avais jamais vu vos tableaux. Ils sont magnifiques ! Quels portraits réalistes !

 

chapitre 10

D'un pas rapide, Catherine s'approcha du Maître, qui dévisagea l'ensemble des jeunes filles. C'était un homme d'une quarantaine d'années. Ce jour-là, il avait laissé tomber la robe de bure que portaient habituellement les moines, pour revêtir des habits laïques. Son regard paraissait à la fois doux et plein de certitudes.
- Vous êtes les moniales de Marienthron ? demanda-t-il d'une voix ferme. Je suis heureux de constater que vous êtes arrivées jusqu'ici sans encombre. Que Dieu vous garde, vous toutes ! Soyez bienvenues parmi nous.

Catherine n'osa pas répondre, tant elle était intimidée par la présence de Luther. En revanche, Margaret s'inclina et le salua en disant :
- Très honorée, monseigneur.
- Ah non, pas de manières avec moi ! Je ne suis pas un dignitaire catholique, moi. Ce n’est pas moi qu'il faut louer, mais Dieu. D'ailleurs, j'ai été excommunié et mis au ban de l'Empire.
- Vous voulez dire qu'on pourrait vous arrêter et vous exécuter ? s'inquiéta Catherine, la main devant sa bouche.

- Exactement. Après le pénible épisode de la diète de Worms, le prince Frédéric de Saxe a fait semblant de m'enlever. Il m'a installé dans une chambre du château de Wartburg, près d'Eisenach, avec la mission de me cacher. J'ai donc laissé pousser ma barbe et mes cheveux. Je prétendais m'appeler le « chevalier Georges ». Mais le temps me semblait épouvantablement long.
- Vous n'aviez rien à faire ?
- Oh si ! Mon ami Mélanchthon m'a confié une mission de la plus haute importance : sous son impulsion, j'ai commencé à traduire le Nouveau Testament en allemand. J'ai donc travaillé sans m'arrêter, en tâchant d'écrire un allemand pur et intelligible. Mais, pour bien parler, encore faut-il savoir comment les gens parlent. Alors, je suis sorti de ma retraite, tant pis pour les risques ! Il m'était indispensable de discuter avec la femme dans son ménage, les enfants dans leurs jeux, les bourgeois sur la place publique. Tous ont contribué à modeler ma traduction.

 

chapitre 15

Martin savait que, s'il se mariait, les papistes le prendraient comme une provocation supplémentaire. Un nouveau scandale en perspective. Et cette idée l'enchantait. Tout ce qui était susceptible de plaire à Dieu en exaspérant l'Église était bon à prendre. Depuis longtemps, il s'était exprimé sur le sujet, en expliquant que le célibat n'était pas bon pour l'homme. Il se souvenait d'ailleurs avoir lu que saint Ulrich, évêque d'Augsbourg, racontait le fait suivant : le pape Grégoire avait établi la règle du célibat pour les ecclésiastiques. Quelque temps après, à Rome, il fit nettoyer un étang qui se trouvait juste à côté d'un couvent de religieuses. Au fond de l'eau, on trouva plusieurs milliers de crânes de bébé qui y avaient été jetés - certainement par des religieuses ayant enfanté. Le pape Grégoire comprit alors que le célibat était presque impossible à tenir. Il révoqua cette loi... que les papes suivants remirent en place.

Se marier, donc. Mais avec qui ?
Catherine ? Il savait qu'elle serait d'accord.

 

chapitre 17

-  Docteur Martin ! l'appela un des étudiants venus pour écouter la parole du réformateur alors que celui-ci était plongé dans ses réflexions. Si l'homme est sauvé par pure grâce, dans ce cas à quoi servent les œuvres ?

Martin répondit :

- Une bonne œuvre est accomplie quand on agit dans la foi, sans y voir son propre intérêt. Si tu agis pour te conformer à la volonté de Dieu et servir ton prochain, alors on peut dire que tu accomplis une bonne action.

L’étudiant désigna alors Catherine, qui s'agitait dans la maison et organisait le dîner :

- On peut donc dire que votre femme est en train d'accomplir une bonne action ?
- Certainement pas ! s'écria Luther avec un sourire en coin. Elle n'agit que parce qu'elle a peur que je la réprimande. Je ne crois pas une seconde que...
Il s'arrêta alors que Catherine se précipitait sur lui, faussement furieuse.

Tous trois éclatèrent de rire.


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