Libre opinion

Des mots qu’on n’aime pas
125 mots mal aimés revisités
textes publiés dans la revue protestante libérale Évangile et liberté
sous la direction de Laurent Gagnebin
préface d’André Gounelle
Van Dieren éditeur
158 pages - 12 €
12 octobre 2017
On n’aime pas ces mots car ils désignent des réalités qu’on réprouve (orthodoxie, matérialisme, superstition) mots à la signification dévoyée (Jugement dernier, péché originel), mots posant des questions jamais résolues (colère de Dieu, fondamentalisme, trinité).
Chaque mois Laurent Gagnebin, Louis Pernot, Henri Persoz, André Gounelle, Gilles Castelnau et bien d’autres, se sont jetés à l’eau pour proposer un élément de réponse, un cri du cœur.
En voici trois exemples :
Mythe
André Gounelle
décembre 2004
Pour avoir déclaré en 1941 que la Bible contenait des mythes, Rudolf Bultmann a soulevé une tempête et s'est attiré une réputation sulfureuse ; certains ont même demandé son excommunication.
Ses propos seraient-il mieux accueillis aujourd'hui ? Je ne sais pas. Trop de gens assimilent le mythe au mensonge, à l'illusion, à la sottise ; ils y voient les croyances absurdes et dépassées de primitifs superstitieux. Or le mythe est, au contraire, un genre littéraire subtil et raffiné où un récit souvent poétique exprime ce qui ne pourrait pas l'être autrement.
On tombe dans la mythologie quand on prend le mythe pour un récit historique ou un compte rendu scientifique. Il n'a pas pour but de raconter des faits ou de donner des connaissances. Il nous parle de nous, de notre existence, de ce qui à la fois la concerne et la dépasse. Affirmer que les récits de la création ou ceux de Noël sont des mythes n'enlève rien à leur valeur ; on indique ainsi qu'ils sont porteurs de significations et nullement d'informations.
Il ne faut pas supprimer le mythe, mais le démythologiser, c'est-à-dire y chercher un message qui nous concerne aujourd'hui et non le récit d'événements passés.
Révélation
Henri Persoz
juin-juillet 2009
Quelle différence y a-t-il entre la philosophie et la religion ? La réponse classique s'appuie sur cette idée que la première repose sur la raison tandis que la seconde s'appuie sur la révélation, c'est-à-dire sur une manière surnaturelle par laquelle Dieu se fait connaître.
Ainsi, la connaissance de Dieu serait extérieure à l'homme. Elle s'imposerait mystérieusement par la volonté de Dieu lui-même qui s'adresserait à certaines personnes : Moïse, les prophètes, Jésus, Mohammed... et inspirerait directement les livres sacrés.
Cette façon de voir, encore très répandue aujourd'hui, heurte les esprits raisonnables pour deux raisons. Elle fait appel au surnaturel, au miracle, à l'irrationalité du phénomène religieux. Elle en profite pour poser comme vérité révélée ce qui est parfois parfaitement discutable ; elle affirme ainsi des dogmes ou des doctrines dont elle cache la fragilité, sous couvert de révélation divine.
Il me semble que cette conception de la révélation explique le désintéressement d'un grand nombre de nos contemporains pour le christianisme. Une vérité indiscutable, parce que venant directement de Dieu, n'a plus de sens dans le monde moderne.
Soyons plus modestes et voyons plutôt la révélation sous la forme d'une accumulation de sagesses qui ont le mérite d'avoir traversé l'histoire et résisté à l'épreuve du temps. On trouve ces sagesses dans la Bible mais aussi chez les Pères de l'Église et chez les Réformateurs ou ailleurs.
Finalement, la distinction entre philosophie (amour de la sagesse) et religion est bien faible. L'important n'est pas de savoir si l'on parle de philosophie ou de religion, mais de contribuer à rendre les hommes meilleurs.
Morale
Laurent Gagnebin
juin-juillet 2010
Morale, voici un mot qui a mauvaise réputation, principalement à cause du discours culpabilisant des Églises. Cela est si vrai qu'on le remplace par celui d'éthique qui passe mieux. On dénonce alors des catéchismes « moralisateurs ». Les clercs sont vus comme des personnes qui interdisent, jugent, condamnent. Ils disent non avant de dire oui: non aux moyens anticonceptionnels, au préservatif, à l'avortement, à l'homosexualité... On remarquera que ces impératifs négatifs sont le plus souvent d'ordre sexuel, la morale ecclésiale étant en effet obnubilée par le sexe assimilé à quelque chose de sale, voire maléfique. Le positif est cantonné dans un univers spirituel et éthéré, tout ce qui touche au matériel, au physique, au corporel, étant dévalorisé et méprisé. Le célibat est exalté comme un modèle supérieur.
La prédication est contaminée par cette perception moralisatrice, et l'on sait bien ce que signifie pour beaucoup le mot « sermon » que l'on n'ose même plus utiliser. Les Églises ne sont-elles pas obsédées par les péchés, estiment la majorité de ceux qui les ont quittées depuis longtemps, entre autres pour cette raison-là ?
Pourtant, la morale, bien comprise, est une réalité décisive, quotidienne et de la plus haute importance, qui marque notre existence tout entière. La crise financière que vivent nos sociétés est, par exemple et à cause des subprimes, d'ordre moral d'abord. L'économie, le commerce, l'argent, l'univers social, politique, écologique ont, pour le meilleur et pour le pire, une dimension morale, noblement morale, aimerait-on écrire.
Il faut réhabiliter la morale et les valeurs qu'elle implique, et cela d'autant plus que l'amour du prochain exprime une part fondamentale de l'essence du christianisme.
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