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statue de Jean Huss sur la place centrale de Prague

 

Jean Huss

 

pré-réformateur protestant

 

 

Gilles Castelnau

 

 

11 février 2011

On est au début du 15e siècle et l’Europe et en ébullition. Tout va mal. D’abord on a deux papes. Grégoire XII, à Rome appuyé par l’armée de Ladislas roi de Naples et Benoît XIII à Avignon.
Les cardinaux des deux partis se mettent d’accord pour convoquer un concile à Pise en Italie en 1409. Celui-ci déclare les deux papes hérétiques, les suspend et élit à leur place Alexandre V qui sera remplacé un an après par Jean XXIII, un homme que l’on disait pourtant « sans principes, sans mœurs, et sans aucune crainte de Dieu. »
Mais les deux papes suspendus n’acceptent pas leur éviction et excommunient tout le monde à la ronde. Au lieu de deux papes, il y en avait dès lors trois.

Jean Huss était un théologien réputé, professeur à l'université de Prague, importante ville d'Empire. Sa parole était forte et il avait d’autant plus l’oreille du peuple qu’un vent de nouvelle spiritualité traversait l’Europe. Il était passionné par le renouveau religieux apporté par les idées du réformateur anglais Wyclif qui était mort depuis déjà une trentaine d’années mais qui avait une influence extraordinaire sur les intellectuels de son époque et sur les populations. Un évêque disait même :
« Les hérésies de Wyclif et de Huss ont trouvé de zélés partisans presque partout en Angleterre, en France, en Italie, en Hongrie, en Russie, en Lithuanie, en Pologne, en Allemagne, et dans toute la Bohême. »

Jean Huss avait même traduit plusieurs des livres de Wyclif - désapprouvés par la hiérarchie catholique - qui proposaient qu’on sécularise tous les biens de l’Église, qu’on lise avant tout la Bible, qu’on mette en question la présence réelle dans l’eucharistie. Jean Huss ajoutait que c’était aux fidèles de choisir et d’élire les évêques (comme c’est le cas aujourd’hui pour les évêques anglicans).
Il prêchait vigoureusement contre la guerre (militaire) à laquelle se livraient les papes et contre les indulgences, comme Luther le fera un siècle plus tard.

En effet le pape Jean XXIII (le « nouveau pape ») avait besoin d’argent pour faire la guerre à Ladislas roi de Naples qui venait de le chasser par la force de Rome et soutenait le pape (romain) Grégoire XII. Jean XXIII s’était réfugié sous la protection de l’empereur Sigismond et vendait à tour de bras des indulgences pour refaire son armée. Cela faisait très mauvais genre. Huss avait publié un pamphlet déclarant :
« Aucun prêtre, aucun évêque, aucun religieux ne peut prendre l'épée au nom du Christ ; ils doivent prier pour les ennemis du Christ et bénir ceux qui le combattent. Le repentir de l'homme passe par l'humilité, pas l'argent ni les armes ni le pouvoir. »
Les gens de Prague, partageant l’indignation de Jean Huss brûlèrent les bulle du pape recommandant les indulgences.

Le 21 février 1411 Jean Huss fut excommunié. L’interdit fut jeté sur la ville de Prague. Toutes les églises furent fermées, les cierges des autels furent éteints, et les morts privés de la sépulture ecclésiastique. Un ordre du pape Jean XXIII enjoignait de se saisir immédiatement de Huss, de le jeter en prison, de le condamner et de le brûler; mais la foule le protègea.
Il parcourait la contrée, prêchant dans les villes et dans les villages. Les foules étaient suspendues à ses lèvres : « L’Église a déclaré que cet homme est un hérétique et un démon, et cependant sa vie est sainte, et sa doctrine pure et sublime » disait-on.
Et Jean Huss répondait :
« Jésus a dit que la véritable Église est là où deux ou trois sont assemblés en son nom et il a promis d’être là au milieu d’eux ».

L’Empereur Sigismond et le pape Jean XXIII convoquèrent alors en 1414 un concile à Constance, en Suisse, sur les bords du lac du même nom. Il se trouva avec le problème des deux papes (ils n’étaient plus que deux, Benoît XIII – qui était à Avignon - s’étant réfugié dans son Espagne natale) et le problème de cette pré-Réforme montante.
En même temps le concile déclara le théologien Wyclif hérétique et ordonna d’exhumer ses ossements de la terre d’Angleterre (il était mort depuis 29 ans) et de les brûler (ce qui sera effectivement fait en 1528).
Il convoqua aussi Jean Huss. L’empereur Sigismond lui donna un sauf-conduit pour le protéger.

Sur la route qui le menait à Constance Jean Huss était partout acclamé par les foules qui accouraient sur son passage pour le voir. Mais dès son arrivée à Constance, le pape Jean XXIII prit l’initiative de le faire arrêter et mettre en prison sans que l’empereur Sigismond y trouve à redire malgré le sauf-conduit qu'il lui avait accordé.
Jean Huss subit de la part des Pères du concile un procès parfaitement injuste et inique et fut condamné à être brûlé vif, dans la ville de Constance, le 6 juillet 1415.

Selon le jugement, Jan Hus fut « réduit à l'état laïc » : le bourreau lui arracha publiquement ses vêtements. Coiffé d'une mitre de carton sur laquelle étaient peints des diables, il fut emmené vers le bûcher au milieu d'une foule partagée entre colère et délire. On le lia au poteau, entouré de paille humide et de fagots et le feu fut mis au bûcher. Tandis que montaient les flammes, Jan Hus aurait chanté : « Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi ».
Ses cendres furent répandues dans les eaux du Rhin car selon le jugement : « de Jean Huss, il ne doit rien rester ».
Son ami Jérôme de Prague, qui était venu le soutenir, s'exclamera : « On a pu le brûler, mais on ne brûle pas la vérité . Il sera brûlé vif à son tour un an plus tard.

Le Concile, deux mois avant cette exécution, avait suspendu les deux papes concurrents, Grégoire XII (qui a eu l’heureuse idée de démissionner juste avant d’être effectivement suspendu) et Jean XXIII qui, buté fut emprisonné dans la même prison que Jean Huss. (Cette suspension de Jean XXIII a pour conséquence qu'il ne peut pas être compté dans la succession des papes catholiques et son nom de Jean XXIII a pu ainsi être repris par le pape connu pour  sa convocation du concile de Vatican II).
Pour rester maître de la situation, le concile décida de ne pas élire de nouveau pape pour le moment. Ce n’est que deux ans plus tard qu’un nouveau pape, Martin V, fut élu.

L’Église hussite subsiste jusqu’à aujourd’hui, désormais englobée dans les Églises issues de la Réforme protestante.
Le 6 juillet, jour de l’exécution de Jean Huss est jour férié en République Tchèque. Il y est considéré comme un héros national, symbole de la résistance de la nation à toutes les oppressions.
Son nom est donné à des parcs et à des écoles. Son effigie orne les billets de banque, les pièces de monnaie et les timbres. De nombreuses statues le représentent et on a fait un musée de sa maison natale.

C’était il y a 600 ans.

 

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