Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Le langage religieux en échec ?

 

Une confrontation avec la psychosociologie

 

 

Denise Künzi


Psychopédagogue, diplômée de l’Université de Genève

 

 

Ed. L’Harmattan

198 pages, 20 €


Recension Gilles Castelnau


.

29 septembre 2017

Denise Künzi est décédée d’un cancer à l’âge de 73 ans. Elle était spécialisée dans l’accompagnement de personnes malades ou en situation difficile, voire en fin de vie. Elle est intervenue pendant près de 15 ans en milieu hospitalier.
Sa foi chrétienne indiscutable se manifeste dans ce livre par sa critique virulente de tous les langages pseudo-religieux inaudibles et non crédibles qui rôdent au cœur même des églises, sans être même dénoncés par les pasteurs ou les prêtres.
Elle ne se lance pas dans un discours théologique abstrait mais en citant Wikipédia, Lytta Basset, Richard Lenoir ou André Comte-Sponville, demeure au plus près de notre quotidien.
Les citations saisissantes de remarques entendues dans la bouche de nombreuses personnes montrent bien qu’il est nécessaire de reprendre à zéro certaines de nos affirmations bien trop irréfléchies, non seulement inopérantes mais même destructrices de foi.

En voici des passages significatifs.

 


Introduction : l’origine de ce livre


La pratique de l’histoire de vie

page 10

Un Dieu tout-puissant qui peut me guérir s'il le veut. Mais on dirait bien qu'il a déposé les armes du miracle face au mal qui règne sur la Terre. Ou bien qu'il est maintenant bien trop préoccupé par d'autres choses que les hommes, qu'il avait pourtant créés à son image. Ou encore qu'il en est trop loin, parti avec le big-bang à l'autre bout de l'univers, à plus de 13 milliards d'années-lumière de notre planète.

Tout cela avec, en image de fond, l'héritage transmis de génération en génération, à travers l'éducation religieuse, le dogme et les écrits bibliques, d'un Dieu qui veille sur le bien de l'humanité et la croissance du moindre brin d'herbe. Mais qui, à l'instar de ce qu'écrit Catherine Chalier (« La persévérance du mal ». Paris, Cerf, 1987), n'est pas capable de sauver la vie d'un enfant à Auschwitz.

 

Les outils utilisés dans cet ouvrage

La théologie

page 20

En écrivant cet ouvrage, mon espoir est que la vulgarisation des connaissances en psychosociologie face au langage religieux puisse éloigner les sentiments d'isolement et d'impuissance qui naissent chez beaucoup d'hommes et de femmes qui ont décidé de tourner le dos à « la religion » et pensent peut-être : « il n'y a que moi qui sois assez mauvais (ou assez courageux) pour tourner le dos au Bon Dieu ». Les éclairages présentés ici veulent offrir en effet la possibilité de prendre position plus librement par rapport à des enseignements face auxquels il n'y avait pas d'autre choix autrefois que se soumettre ou renier ; les outils et connaissances proposés peuvent également permettre de désamorcer quelques-uns des engrenages véhiculés par le pouvoir institutionnel des Eglises, notamment, auquel Mai 68 mit un jour le feu par barricades interposées. En matière de religion, il n'est peut-être pas nécessaire, en effet, de jeter le bébé avec l'eau du bain, mais il est urgent de prendre conscience que cette eau-là, fût-elle bénite, donne au bébé de l'urticaire.

 

Les fragments d’histoire de vie

page 23

Le présent ouvrage fait appel, pour ses analyses, à des fragments d'histoire de vie : il puise ses sources, en effet,
dans ma pratique d'accompagnante en milieu hospitalier. J'étais alors une écoutante et j'ai entendu les colères, les
détresses, mais aussi les joies de patients qui, parce que confrontés à la perte de leur santé, de leur autonomie et/ou de leur sécurité, plongeaient souvent assez abruptement dans un questionnement sur le sens de la vie - la leur en particulier - et de la souffrance. « La religion » était, pour certains, un vrai problème ; pour d'autres le plus beau cadeau de la vie pour sortir vainqueurs de l'épreuve de la maladie.

 

Histoires de vie

« Gloire à Dieu pour le pain qu’Il nous donne »

La confrontation

page 37

Lucien Lévy-Bruhl fait un lien intéressant entre la mentalité primitive et la pensée magique qui en serait un reliquat : celle-ci traduirait « une forme de pensée qui s'attribue la puissance de provoquer l'accomplissement de désirs, l'empêchement d'événements ou la résolution de problèmes sans intervention matérielle. (...) Dans le processus de développement de l'être humain, elle se manifeste principalement au cours de l'enfance ». Jean Piaget l'a reconnue en effet comme un stade observable dans la construction de l'intelligence chez l'enfant.

Peut-être n'est-il pas abusif, dès lors, de se demander si cette pensée magique pourrait aussi être une manifestation de l'enfance de l'Humanité dans son développement cérébral, qui représenterait une étape nécessaire à l’Homo sapiens dans son cheminement spirituel : « Fais que... Donne-moi... ». Elle aurait enseigné à des générations et des générations de croyants en devenir à se tourner vers un Esprit supérieur qu'elles nommaient Dieu, pour placer devant Lui, tout-puissant, leur fragilité d'Homo sapiens et recevoir l'objet ou vivre la situation désirée.

[…]

La perspective qui s'ouvre alors serait d’accepter l'hypothèse que la pensée magique, sans doute bonne autrefois, nous a gouvernés jusqu'ici, correspondant à un stade d'évolution de la spiritualité humaine. Il conviendrait donc maintenant d'entrer dans une nouvelle étape de notre relation avec cet Esprit supérieur que, dans notre Occident, nous appelons Dieu, afin de devenir partenaires d'un processus et non plus récipiendaires reconnaissants, mais passifs, de la manne divine. La démarche se transformerait « en une attention aux multiples signes reçus d'une Présence qui ne livre pas de produits finis, mais qui suggère à l'homme des parcours inattendus pour qu'il sorte grandi de l'épreuve. Une Présence qui n'obéit pas non plus aux rituels, à la pensée magique ou aux lois du stimulus-réponse, même si on prie fort, juste et longtemps ».

 

« Dieu vous aime »

page 41

« Dieu vous aime » a-t-il dit à Lucie.
A quoi Lucie a répliqué : « ah oui et à quoi ça se voit, s’il vous plait ? » 
[...]
Aimer son prochain, ça c'est obligatoire, c'est une injonction biblique. Pas facile d'aimer sur commande,
surtout quand c'est le voisin qui fait hurler sa télé le soir, alors que j'ai tellement besoin de me reposer. C'est mon prochain, non ? Et comme je suis pratiquante, je l'aime. Mais la colère fait que je ne peux pas m'endormir tant qu'il n'a pas fini de regarder son émission.

Mon tonton Maurice me disait aussi « Je t'aime ». Il me prenait sur ses genoux et glissait sa main sous ma jupette quand j'avais six ans. Est-ce que je dois l'aimer puisqu'on nous a dit au caté de nous aimer les uns les autres ? Alors quand on me dit que Dieu m'aime je ne sais franchement pas à quoi m'en tenir :
est-ce gustatif, platonique, rationnel, affectif ? L'ecclésiastique a répondu : « L'amour de Dieu est inimaginable, il échappe à notre compréhension humaine ».

L'amour de tonton Maurice aussi m'échappait, comme à ma mère d'ailleurs, mois elle n'osait rien dire car mon tonton était un personnage reconnu dans le village comme un homme très pieux. On n'a pas le droit de critiquer un homme pieux, ça fâche le Bon Dieu. Au fait, pourquoi est-ce qu’on dit qu’il est « Bon » ? On dirait bien qu’il n’avait pas tellement d’état d’âme quand il a laissé mourir ma petite sœur alors qu’on priait tous pour sa guérison.

 

 

« Tout ce que vous demanderez en mon nom » »

page 72

La faute à Adam
Lorsque mon voisin a été déclaré sauvé (« il vivra ! »), sa vieille tante a dit : « Grâces soit rendues à Dieu ». Sauf Ton respect, Dieu, c’est à l'équipe des urgentistes qu'il faut rendre grâce : c'est eux qui ont fait le boulot, qui se sont sorti les tripes pour sauver leur patient, pas Toi. La vieille tante a dit aussi que sans la bénédiction de Dieu, tout cela n'aurait pas été possible. Sauf Ton respect encore une fois, si vraiment Tu avais béni mon voisin, Tu n'aurais pas laissé le camion fou écraser sa Peugeot.

 

 

La dissonance cognitive


page 88
« Ce qui distingue le bouddhisme du christianisme, c'est son refus de la notion de péché, du péché originel en particulier ». Selon lui, la nature de l'Homme est pureté et liberté originelle de l'esprit, semblable à celle du Bouddha, faite de lumière, de connaissance parfaite et de compassion, et le sens de notre vie est de nous libérer nous-mêmes de nos ignorances afin de pouvoir aider les autres à se libérer de la souffrance.

Le dalaï-lama affirme sans cesse que la preuve et la validation de toute religion sont la réalisation, chez le pratiquant, d'un bon cœur et des qualités de compassion et de tolérance innées à l'être humain. Il n'est pas question de rémission des péchés, comme dans le christianisme, mais bien de chemins de progression pour devenir plus conscients de nous mêmes, ce qui nous permettra petit à petit de mieux témoigner de notre bonté essentielle. Il rejoint en cela la vision du moine trappiste Thomas Merton qui écrivait : « Au centre de notre être se trouve un lieu de pure lumière, un lieu inviolé par le péché ou l'illusion »

[…]

Pour résumer ce chapitre, nous pourrions suggérer que l'abandon du dogme religieux permettrait peut-être de placer l'Homo sapiens que nous sommes devant une liberté nouvelle, où la notion de responsabilité personnelle viendrait chasser la soumission et l'indignité qui ont tant collé à ses baskets jusqu'à maintenant. Si l'Homme change, son langage changera aussi et nous verrons peut- être apparaître un nouveau langage religieux.

 

 

A quoi sert-il s’il ne sert à rien ?

page 91

Antoine est dubitatif. Dans les prières traditionnelles, à la maison, on demandait même à Dieu qu'il nous apporte
la paix - en latin et en musique s'il vous plaît : « Dona Nobis Pacem » - mais même la paix ne venait pas parce que papa était alcoolique et rentrait souvent ivre mort du travail. Alors là, la paix était introuvable. Même le chien se terrait quand il arrivait.

 


Retour vers libres opinions
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.