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Dictionnaire du Désert huguenot

 

La reconquête protestante

1715-1765

 

Pierre Rolland

Pierre Rolland a publié entre autres un Dictionnaire des Camisards (Presses du Languedoc, 1995) devenu outil de référence

 

Préface de Patrick Cabanel

 

Les éditions de Paris Max Chaleil

496 pages, 26 €


Recension Gilles Castelnau


.

26 septembre 2017

Préface de Patrick Cabanel


Patrick Cabanel présente alnsi cet imposant ouvrage :

Pierre Rolland est l'auteur d'une œuvre qui a fait de lui l'un des meilleurs connaisseurs, et des plus utiles, que l'on me pardonne ce mot que je vais expliciter, en ce qui concerne l'histoire du protestantisme en Cévennes au siècle du « Désert ». Il joint à son métier officiel, la cartographie, qui vaut au présent livre un superbe appareil de cartes, une passion pour les archives qui pourrait en remontrer à un certain nombre d'historiens professionnels. Je crois pouvoir dire qu'il est le seul aujourd'hui, voire depuis toujours, à avoir entrepris de lire la totalité des documents accessibles sur les années 1685-1760, et qui se trouvent aux Archives départementales de l'Hérault (la célèbre série C, celle de la répression, donc de l'histoire documentée), aux Archives nationales, aux Archives du Port de Toulon (pour les « galériens pour la foi »), à la Société de l'Histoire du protestantisme français (Paris) et à la Bibliothèque de Genève (les non moins célèbres Papiers Court). [...]


Pierre Rolland donne premièrement une présentation en 87 pages de l’évolution de la vie du protestantisme persécuté et néanmoins courageux et vivant sous le règne de Louis XV.
Une seconde partie est la nomenclature complète des 400 assemblées du Désert répertoriées par les autorités civiles de l’époque.
La troisième partie énumère de façon extrêmement émouvante les notices concernant les protestants arrêtés pour participation à ces assemblées.
Une quatrième partie présente les chronologies de l’ensemble.
Pierre Rolland est un cartographe accompli et il donne dans ce livre une série de cartes en couleurs des lieux où les assemblées protestantes ont été répertoriées.

Voici des citations de tout ceci qui sont choisies pour montrer l’extrême diversité de l’énorme travail de recension de ce livre.

 

 

Première partie
La reconquête protestante


Le règne de Louis XV jusqu’à ses premières guerres (1723-1733)
permanences et changements de la politique de répression


La mise en œuvre des nouvelles mesures répressives

La mise au couvent

page 37

L’enfermement dans un couvent est une peine qui, depuis la révocation de l'édit de Nantes, a toujours été utilisée pour punir les femmes coupables de « faits de religion ». Les jeunes filles prises aux assemblées, trop jeunes pour être condamnées à la tour de Constance, sont condamnées à être enfermées dans un couvent, quitte à les envoyer à Aigues-Mortes un peu plus tard si le couvent ne les remet pas dans le droit chemin. Divers autres délits entraînent la mise au couvent, la plupart du temps sans condamnation, une simple lettre de cachet suffit.
Mais, dès la Révocation aussi, on peut être aussi envoyé dans un couvent, quand on est une fille, ou bien plus rarement dans un collège ou une école religieuse, quand on est un garçon, sans avoir commis aucun délit. Des curés signalent à l'évêque les enfants soupçonnés d'être en danger d'être élevés dans la religion protestante, ou tout au moins de ne pas être élevés dans la religion catholique. Les évêques le signalent à l'intendant, qui écrit au ministre Saint-Florentin, qui en réfère au roi. La lettre de cachet ordonnant l'enfermement est alors envoyée, laissant en blanc le nom du couvent, et précisant bien que la pension doit être payée par les parents. Certains couvents, comme le couvent du Verbe Incarné à Anduze se sont spécialisés dans l'accueil des jeunes Nouvelles Converties. Jeunes, car il est bien recommandé de ne prendre que des enfants de 7 à 11 ans, clé de la réussite d'une bonne éducation religieuse. Ce sont surtout les filles de milieu aisé qui sont mises au couvent les parents ne pouvant alléguer leur pauvreté pour ne pas payer.[...] Le destin des petites filles mises au couvent est ensuite tout tracé. Elles ne peuvent sortir de leur couvent pour se rendre dans leur famille que pour une grave raison de santé. Celles qui ne meurent pas au couvent n'en sortent que pour se marier, avec un Ancien Catholique généralement. Elles demandent souvent aussi à devenir religieuses dans le même couvent, mais ce choix étant très coûteux, il fallait que leur famille accepte de payer leur dot (dot car « elles épousaient le Christ »). Il arrive aussi assez souvent que des jeunes filles demandent elles-mêmes, par l'intermédiaire de leur curé, à aller au couvent, contre l'avis de leurs parents. Leurs motivations peuvent être variées, du désir d'échapper au carcan familial, au désir de promotion sociale où à la volonté d'éviter un mariage non désiré. Des femmes mariées demandent même à se séparer de leur mari protestant en allant au couvent sous le prétexte qu'elles sont empêchées de pratiquer leur religion catholique, manière de divorcer avant la lettre !

 

page 46

Nous n’avons trouvé dans les archives aucun ordre de la cour d’interrompre les poursuites contre les assemblées, mais cet ordre, ou tout du moins des recommandations de grande prudence, fut probablement donné oralement à la fin de l'année 1742 par le duc, de Richelieu venu pour l'ouverture des États. Les protestants s'aperçurent vite d'ailleurs qu'on ne poursuivait plus les assemblées, et en profitèrent pour se réunir de plus belle.
[...]
Le 16 avril, le ministre écrit à La Devèze :
« Il y aurait peu de prudence à sévir contre les Nouveaux Convertis dans un temps où la province est dégarnie de troupes et où les guerres étrangères redoublent leur confiance... la rigueur serait surtout déplacée lorsque d'ailleurs le zèle de leur religion les aveugle sans cependant altérer le respect et la soumission qu'ils doivent au Roi. Je juge comme vous qu'il faut fermer les yeux sur la licence qu'ils ont introduite par rapport aux baptêmes ».

La non-intervention contre les assemblées était ainsi entérinée.
On peut voir combien était grande la peur d'un soulèvement massif des protestants en l'absence de troupes réglées suffisantes. « Il n'y a dans les Cévennes que 12 compagnies de milice assez mal armées, et on ne doit pas faire un grand fonds sur de pareilles troupes », écrit en effet le commandant La Devèze au ministre en avril 1743. Par ailleurs, les commandants locaux avaient multiplié les alertes sur le nombre d'armes que possédaient les habitants de certaines régions, dans la montagne surtout, qu'ils soient catholiques ou protestants. Le souvenir du soulèvement camisard est encore bien présent à l'esprit des autorités. Toutes les dénégations des pasteurs et les vœux pour la santé du roi et pour la victoire de ses troupes, prononcés systématiquement en ouverture des assemblées, ne sont considérés que comme l'expression de leur hypocrisie.

 

 

Dix ans de tentatives pour ramener les protestants à l’obéissance

 

 

L’intendant Saint-Priest et la grande offensive des rebaptisations (1751-1752)

page 64

La campagne des rebaptisations
Dans un premier temps l’intendant fait envoyer par ses subdélégués aux curés et aux consuls des communautés où il y a des protestants une circulaire promettant l’amnistie aux protestants qui feront baptiser leurs enfants à l’église dans les quinze jours. On peut trouver un exemplaire imprimé de cette lettre-circulaire particulièrement intéressant, celui présenté aux syndics des corps de la ville de Nîmes, assemblés dans l'hôtel de ville le 24 avril 1751, leur demandant un état des enfants baptisés au Désert, ce qu'ils refusèrent. En même temps que cette circulaire envoyée dans de nombreux diocèses répartis dans tout le Languedoc à la fin du mois d'avril 1751, les subdélégués doivent demander aux consuls des communautés où il y a des protestants d'établir des listes de ceux qui sont mariés au Désert et y ont fait baptiser leurs enfants. Première difficulté : si la grande majorité des consuls établit les listes demandées, un certain nombre, dans les communautés où les protestants sont très majoritaires, s'y refuse, et ce sont les curés qui doivent s'atteler à la tâche.

Dans un second temps, la maréchaussée se rend dans la paroisse, et notifie à tous les parents qui figurent sur la liste, par un ordre écrit et signé, de porter son ou ses enfants à l'église pour le baptême. Pendant quelques jours la maréchaussée reste dans le village, « employant la douceur ou les menaces suivant les circonstances ou le caractère des personnes ». Le brigadier envoie ensuite un rapport à l'intendant, et passe à la paroisse voisine pour la même opération.

Troisième temps, les récalcitrants sont décrétés d'arrestation. Si on les trouve chez eux et qu'ils n'obtempèrent pas ils sont emmenés en prison, et y restent jusqu'à ce qu'ils cèdent. Et s'ils n'ont pu être arrêtés, des cavaliers sont installés chez eux jusqu'à ce qu'ils reviennent et emmènent leurs enfants à l'église. C'est cette façon de procéder, qui sera utilisée surtout dans le diocèse de Nîmes, qui a pu faire qualifier l'opération de dragonnade en référence aux dragonnades de 1685.

 

 

La guerre de Sept ans (1756-1763)
et l’avènement progressif de la tolérance de fait

 

Décès du maréchal de Mirepoix (septembre 1757)
arrivée du maréchal de Thomond

page 85

Les tentures de la Fête-Dieu

Un autre problème récurrent posé aux protestants des villes était la célébration de la Fête-Dieu, ou fête du Saint Sacrement. Au cours de cette fête, avait lieu une grande procession qui parcourait les rues des villes, et la coutume exigeait que tous les riverains décorent leurs maisons, en particulier en installant des tentures sur les façades des maisons.
Depuis plusieurs années déjà certains protestants, à l'initiative des pasteurs souvent, refusaient de tapisser leurs maisons, considérant la procession comme une pratique idolâtre.
S'ensuivaient généralement pour les contrevenants une amende, pas très élevée, infligée par les juges locaux. Ces délits, bien que de religion, ne dépendaient en effet ni de l'intendant ni du commandant en chef, mais de la justice ordinaire. En l'absence de troupes, et compte tenu de la mansuétude du duc de Mirepoix, les protestants estimèrent en 1757 pouvoir se dispenser en masse de « tapisser » le jour de la Fête-Dieu. Le synode du Bas-Languedoc du 27 avril 1756, appelle ouvertement à ce refus, et paraît suivi : « la résolution prise de ne pas tapisser le jour de la Fête-Dieu a eu son exécution dans la plupart des communautés des diocèses de Nîmes et d'Uzès », écrit l'intendant à Saint-Florentin. De nombreuses amendes ont été prononcées « que je ne pense pas qu'on puisse faire payer sitôt ». Les plus nombreuses infractions ont été constatées à Vauvert, où soixante protestants n'ont pas tapissé leur maisons.

 

 

 

 Seconde partie
400 assemblées du Désert (1715-1761)

 

 

1725

 

Assemblée chez Jalabert près du pont Vieux à Alès,

tenue le soir du 17 janvier 1725.

 

page 119

Prévenu par un espion qu'une assemblée devait se tenir à Alès le 17 janvier, dernier jour de la foire St-Antoine, dans la maison de Jalabert, le commandant d'Iverny fait investir la maison. Antoine Court, qui officiait, réussit à s'échapper « par un miracle singulier de cette Providence », et « reste caché vingt et une heures dans un fumier où il s'était enseveli lui-même ». Il réussit ensuite à quitter la ville. Plusieurs personnes sont arrêtées, quelques autres essayent de fuir par les toits, dont le propriétaire de la maison qui glisse à cause de la neige, chute et s'écrase au sol. Il meurt 24 heures après. Plusieurs fuyards sont arrêtés dans les maisons voisines. Un homme est repêché dans un puits.

Le jugement du 23 mars 1725, est prononcé par les officiers du sénéchal de Nîmes, contrairement à l'usage en vigueur jusque-là, sur ordre du ministre La Vrillière. Quatre personnes sont condamnées aux galères à vie (Antoine Dussain, David Carrière, Pierre Pongy, François Gervais), les autres à des peines moins graves (André et Antoine Barafort, Jean ou Étienne Boucairan, Étienne Fabre, Guillaume Fontanieu, Françoise ou Magdeleine Gueydan, Isabeau Huguet, Pierre Martin, Antoine Pagès, François Salles, Jean Servier et Jean Trélis) et ils sont ensuite transférés en mai au Parlement de Toulouse pour l'appel. En appel, les quatre condamnations aux galères sont adoucies en condamnation de bannissement hors d’Alès pour 3 ans, et tous les autres accusés sont mis hors de cour et de procès (mai 1725) pour le motif de preuves insuffisantes. Le ministre la Vrillère envoie des ordres pour faire enfermer les quatre qui avaient été condamnés aux galères à la citadelle de Montpellier. Les lourds frais de justice (6 570 livres) ont été payés en partie grâce à une collecte auprès des Églises.

 



1734


Assemblée près le mas Espérandieu, paroisse de Monteils, dans un champ appelé Guirimy, diocèse d'Alès,

tenue dans la nuit du l0 au 11 juillet 1734

 

page 127

Jugement du 14 octobre 1734, prononcé par l'intendant Bernage de St-Maurice. 1 000 l. d'amende pour les deux arrondissements de Monteils et de Vézenobres. Comme l'assemblée a eu lieu en fait sur le terroir de Monteils, Vézenobres se fait décharger de l'amende, il n'y aura donc que 350 l. pour l'arrondissement de Monteils et 120 l. De frais. Affiche de condamnation : AD34 C203 dossier 192.

Le samedi 10 juillet 1734 à dix heures du soir, un détachement de vingt grenadiers et deux sergents sous les ordres de mr de Jansac part d'Alès pour surprendre une assemblée. À Méjeannes ils se séparent en deux groupes. Arrivés au mas Espérandieu dans la paroisse de Monteils, vers le ruisseau « où il y a une vieille masure de moulin », ils entendent chanter des psaumes. Ils investissent la maison, qui est vide, et en regardant dans les champs voisins, ils aperçoivent sept ou huit flambeaux allumés et des gens qui s'enfuient de toutes parts. Ils se saisissent alors de femmes et d'hommes qui passent vers la maison, dont le propriétaire Antoine Espérandieu, et vont à Monteils rejoindre monsieur de Jonsac, et de là à Alès pour enfermer les prisonniers. Le lendemain, le subdélégué de l'intendant et juge, le sieur de la Bruyère va sur les lieux, et à une portée de fusil du mas Espérandieu, dans un champ appelé Guiriny, au pied de deux grands chênes, il découvre des grosses pierres plates entassées « en forme de siège élevé », et dans la vigne proche, où le sol était moins sec que dans le champ, de nombreuses empreintes de souliers d'hommes et de femmes, ce qui lui permet d'établir le procès-verbal du lieu où s'est tenue l'assemblée. L’assemblée aurait réuni plusieurs centaines de personnes. Trois assistants sont condamnés aux galères pour six ans : Jean-Pierre Gleyze, Jean Cabrol, Jean Reynard. Deux des filles arrêtées sont mises au couvent : Suzanne Roure et Anne Soleirol sa nièce. Pour les autres prisonniers, Antoine Esperandieu, Marie Bonnal, Anne Granier veuve Castanet, il sera plus amplement informé pendant six mois pendant lesquels ils resteront en prison. Jacques Blazin sera arrêté et conduit dans les prisons d'Alès, d'où il s'évadera. Jugement relativement clément, car l'intendant Bernage dit que l'instruction a été mal faite par le sudélégué.

 

 

Troisième partie
2000 notices biographiques

 

page 246

BLANC Jean

de Sauve, diocèse d'Alès, né vers 1734. Fils d'autre Jean, faiseur de bas. Reconnu à tort par un soldat dans l'assemblée qui s'est tenue dans la montagne du Coutach près de Sauve le dimanche 6 août 1754, il est condamné aux galères à vie par jugement de l'intendant Saint-Priest du 31 octobre 1754, il arrive à Toulon le 15 novembre 1754. Il est libéré le 11 novembre 1756, par ordre du roi du 31 octobre, car son innocence a été reconnue : des notables catholiques de Sauve témoignent qu’il n'a pas quitté la ville de toute la journée où s'est tenue l’assemblée

 

page 249

BOISSIER Jean

de Sauzet, diocèse d'Uzès. Le ministre Roux avait baptisé un de ses enfants en 1738. Appelé par le curé pour le faire baptiser, le père lui montre le certificat du pasteur, et le curé prévient le commandant d'lverny. Celui-ci envoie un détachement, mais Boissier s'est enfui. 10 soldats viennent loger à Sauzet aux frais des habitants. Le bébé sera baptisé à l'église au bout d'un mois.


page 253


BOSC Jacques

de Fraissinet près de Vabre, diocèse de Castres. Convaincu d'avoir assisté aux assemblées qui se sont tenues dans les montagnes du Tarn en 1726, il est condamné aux galères à vie (condamnation du 11 novembre 1726, par le marquis de la Fare. Peine non effectuée car il est « défaillant ».


page 381


PICARD Marie

native de Calvisson, habitant St-Côme, née vers 1688. Veuve de Jean Cabanis, ménager. Son fils Antoine est marié au Désert avec la nommée Foulc, et leurs deux enfants ont été baptisés au Désert. Arrêtée par les soldats alors qu'elle participait à l'assemblée des Vallons de Clarensac le dimanche 13 février 1752, ce qu'elle nie. Condamnée à être rasée et enfermée à vie à la tour de Constance le 17 mars 1752 par l'intendant St- Priest. Encore à la tour de Constance en décembre 1760, elle ne figure plus sur les listes ultérieures.

 


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