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La Réforme

 

(1517-1564)

 

Pierre–Olivier Léchot

professeur d’histoire moderne et doyen de la Faculté de théologie protestante de Paris

 

Que sais-je ?

128 pages, 9 €


Recension Gilles Castelnau


.

22 septembre 2017

Le professeur Pierre–Olivier Léchot a réussi à survoler en moins de 128 pages tout le paysage de la Réforme en Europe. Il s’efforce d’être complet et d’en parcourir tous les pays et dans ceux-ci tous les aspects de la manière la plus objective possible.

On en tire une vision aérée et ouverte de la naissance du protestantisme dont on découvre ainsi bien des aspects que l’on ignorait.

Dans le petit format des Que sais-je ? il n’est évidemment pas question d’entrer dans tous les détails de l’histoire et c’est justement ce qui plaira a tous ceux qui sont heureux de s’instruire suffisamment sans se transformer en historien complet.

Voici quelques passages de cet excellent petit livre.

 

 

 

Introduction

page 3

Il serait plus adéquat de parler aujourd’hui de Réformes au pluriel, les historiens nous ayant habitués à intégrer dans l'analyse des phénomènes religieux du XVIe siècle la diversité des mouvements réformateurs tout en nous encourageant à mieux prendre en compte certains courants « minoritaires », tel l'anabaptisme. De même, ils nous ont appris à considérer le mouvement de réforme interne à l'Église de la fin du Moyen Age comme une réalité déterminante, tant pour les réformateurs protestants que pour les tenants d'une réforme à l'intérieur de ce qui deviendra, avec le concile de Trente, le catholicisme.
[...]
A la vérité, la posture religieuse des réformateurs les place entre deux mondes, le Moyen Âge et les Temps modernes. Luther, Calvin, Zwingli et les figures de proue du mouvement anabaptiste ne sont pas encore des modernes, mais ils ne sont plus non plus des médiévaux. Dire cela, ce n'est pourtant pas encore résoudre le problème, mais bien plutôt le poser : dans quelle mesure leur action et leur pensée ont-elles contribué à l'émergence de la modernité religieuse ?

 

 

 

Le climat en Occident à la veille de la Réforme protestante

 

L'islam aux portes de l'Europe

page 20

Le christianisme de la fin du Moyen Age voit en l’islam l’instrument démoniaque de sa propre destruction.
Il faut bien reconnaître que la propagande ottomane accentue alors ce sentiment : les victoires successives des sultans turcs conduisent au développement d'une idéologie impériale justifiant leur aspiration à la domination mondiale. Ainsi, Soliman le Magnifique (qui règne de 1520 à 1566) ne cache pas son souhait de conquérir Rome et justifie sa politique à partir de son statut de maître de Constantinople, mais également de son rôle de calife et de « serviteur des deux sanctuaires » (La Mecque et Médine).

[...]
L'anxiété face aux incursions ottomanes en Europe se voit renforcée par les tracts qui circulent alors au sein de la population, ainsi que par les nombreux débats politiques à ce sujet, non seulement dans les régions limitrophes de l'Empire ottoman mais aussi en Angleterre ou en France. Quant à la papauté, elle dépensera plus d'argent, au XVIe siècle, pour lutter contre la Sublime Porte que pour vaincre l'hérésie luthérienne, manifestant par là sa conviction que son véritable adversaire n'est pas la Réforme protestante mais bien l'Empire ottoman.
[...]
Quant aux souverains chrétiens, comme Charles Quint, ils n'hésiteront pas à faire taire, pour un temps, les rivalités confessionnelles au sein de leurs territoires afin de favoriser une lutte efficace contre les Ottomans, ce qui aura pour conséquence de favoriser le renforcement du protestantisme dans l'Empire allemand - la Confession d’Augsbourg luthérienne n'aurait ainsi pas vu le jour sans le siège de Vienne en 1529.

 

 

 

La Réforme en Allemagne


La crise des indulgences (1517-1521)

page 36

Le message luthérien se diffuse également grâce à sa reprise au sein de la guerre des Flugschriften, ces imprimés non reliés, au prix de vente relativement bas, rédigés en allemand. L'objectif de leurs auteurs, très souvent anonymes, est moins de susciter la réflexion théologique que de jouer sur les sentiments er les convictions religieuses au travers de formes littéraires très variées (prédications, lettres ouvertes ou dialogues fictifs). Leur nombre est significatif de l'importance du mouvement inauguré au début des années 1520 : on estime ainsi qu'entre 1527 et 1525 la moitié des quelque dix mille libelles de ce genre publiés entre 1500 et 1530 sort de presse - sachant qu'un libelle de ce type est en général tiré à 1 000 exemplaires, on en arrive à des chiffres relativement importants. Cela est d'autant plus vrai que l'écho de cette production n'atteint pas les seules personnes en mesure de les lire ou de les acheter : les Flugschriften sont souvent lus à haute voix, dans les maisons, en chaire, dans les auberges ou en place publique.

 

 

 

Le mouvement anabaptiste

 

L'anabaptisme en Suisse (1524-1527)

page 63

Le berceau du mouvement doit bel et bien être situé dans la Zurich de Zwingli. Pour ce dernier, c'est en effet la foi qui fait l'efficacité du sacrement : celui-ci ne saurait être compris comme l'œuvre de Dieu ou celle d'un groupe de clercs détenteurs d'un pouvoir spécifique. La conviction du fidèle est donc, bien plus encore que chez Luther, la seule condition de validité d’un sacrement qui n'est plus à ses yeux qu'un simple adjuvant psychologique de la foi.

 

Strasbourg et Münster

page 68

A la différence de Sattler ou Hubmaier, Matthijs est convaincu qu'il faut recourir à la force afin de favoriser le retour du Christ. Le succès de sa prédication est aussi éclatant que rapide : en février 1534, un nouveau conseil de ville est nommé à Münster, presque entièrement constitué d'adeptes de l'anabaptisme. Matthijs se fait proclamer chef spirituel de la ville, alors assiégée par le prince-évêque d'Osnabrück, mais trouve la mort en avril 1534 lors d’une tentative de sortie. Il est remplacé par un ouvrier tailleur du nom de Jean de Leyde (1509-1536). A l'été, ce dernier désigne douze juges afin d'imposer ses vues à la ville et établit des apôtres dans les régions environnantes pour y gagner du soutien à la cause. Bientôt, la communauté des biens est instituée et la polygamie autorisée. En septembre, Jean de Leyde est enfin proclamé « roi de toute la terre », Logiquement, une telle évolution suscite la réaction des souverains territoriaux voisins, en particulier celle de l'évêque d'Osnabrück qui trouve un allié en la personne de Philippe de Hesse. Catholiques et protestants s'associent donc et finissent par faire capituler la ville en juin 1535. Les meneurs du mouvement sont mis à mort, les habitants qui ont survécu au siège sévèrement réprimés.

 

 

 

L'Europe protestante

 


L’Europe des pasteurs et des académies

page 103

Qu'elle soit calviniste ou luthérienne, l'Europe protestante manifeste en effet un certain degré de cohérence, et ce d'abord en ce qui concerne ses acteurs ecclésiaux. La Réforme est à maints égards une révolution contre le clergé établi. Elle instaure donc très vite une nouvelle forme d' « ecclésiastique » : à la différence du prêtre, le pasteur n'est plus celui qui sert d'intermédiaire entre le divin et les fidèles.

Par sa foi et son baptême, il est un chrétien comme les autres que seules distinguent sa vocation et sa fonction au sein du corps ecclésial. Il n'en incarne pas moins une figure d'autorité dont la respectabilité lui vient à la fois de sa formation, de sa capacité à interpréter les Écritures et de son rôle d'annonciateur de l'Evangile.

Cette nouvelle forme de respectabilité ne va donc pas sans le développement concomitant d'un certain cléricalisme, pour partie lié au contexte politique et polémique dans lequel se développent les Réformes protestantes : après la guerre des Paysans, les autorités luthériennes insistent sur le fait que seuls les théologiens formés dans les universités et diligentés par le pouvoir civil sont en droit d'interpréter la Bible et de prêcher la parole divine.

Au sein des controverses avec leurs opposants catholiques, les théologiens calvinistes soulignent quant à eux le fait que tout un chacun n'est pas habilité à interpréter les Écritures et que cette tâche demeure l'apanage des seuls théologiens. Ce cléricalisme, dont les signes sont de plus en plus perceptibles à partir des années 1560, se manifeste entre autres sur le plan sociologique par l'apparition de véritables dynasties pastorales, tant dans le luthéranisme qu'au sein du calvinisme.

 

 


Conclusion

 

page 116

La foi relevant du domaine de la sincérité et donc de la conviction, elle ne saurait être contrainte, mais bien libre de rompre le lien confessionnel pour s'inscrire dans une nouvelle dynamique communautaire correspondant mieux aux besoins religieux de l'individu. À cet égard, il est frappant de constater le rôle important de ces deux principes (définition de la foi comme sincérité et droit de rompre le lien confessionnel) au sein de la théorie de la tolérance développée par Pierre Bayle (1647-1706) à la fin du XVIIe siècle. Ce faisant, en effet, le philosophe calviniste se révèle bien à la fois un héritier et un continuateur de la pensée réformatrice du XVIIe siècle. Il est donc incontestable que la Réforme contribua de manière décisive au processus de désintégration de la chrétienté occidentale et, partant, à l'avènement du pluralisme religieux, même si ce fut à son corps défendant et de manière indirecte. Si la modernité religieuse est bien l'enfant de la Réforme protestante, elle en est donc surtout un enfant non désiré.

 

 


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