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Martin Luther


une anthologie
1517-1521

 

Édition et introduction de
Frédéric Chavel et Pierre-Olivier Léchot


Éditions Labor et Fides
336 pages - 20,90 €

1er mai 2017

Labor et Fides réédite les Œuvres de Luther qu’il avait déjà publiées en 19 volumes depuis 1957. Il nous donne ici les premiers textes de Luther publiés de 1517 à 1521 qui comportent notamment les fameuses « 95 thèses », le livre A la Noblesse chrétienne de la Nation allemande sur l’amendement de l’état Chrétien et des lettres qui nous permettent d’entrer de plain pied dans la vie théologique quotidienne de Luther.

Les professeurs Frédéric Chavel et Pierre-Olivier Léchot ont écrit une longue introduction tout à fait remarquable.

En voici des passages.

 

Introduction

Frédéric Chavel et Pierre-Olivier Léchot

page 7

Luther en 1517
Lorsque à la fin du mois d'octobre 1517, Martin Luther entreprend de diffuser ses 95 thèses sur les indulgences, il ne s'imagine pas qu'il va ainsi déclencher un séisme religieux qui secouera I'Europe durant plusieurs siècles. Toute son attention est alors portée sur la réforme du curriculum de l'Université de Wittenberg et de la théologie qui y est enseignée. C'est ce dont témoigne une lettre de mai 1517 :

Notre théologie et saint Augustin progressent à souhait dans notre université, grâce à la puissance de Dieu. Le soleil d'Aristote décline à I'horizon et disparaîtra peut-être pour toujours. Les leçons consacrées à l'étude des Sentences provoquent un grand dégoût, et aucun maître ne peut espérer avoir des auditeurs, à moins de commenter notre théologie, la Bible ou saint Augustin, ou quelque autre docteur dont l'autorité est reconnue.

[...]

Cette lettre à Lang souligne que le futur réformateur n'est pas ce petit moine ignoré de tous que la tradition historiographique protestante a si longtemps décrit : vicaire provincial de son ordre depuis 1515, il est en charge de la supervision des onze couvents que compte l'ordre en Saxe et en Thuringe. Trois hommes se trouvent alors à la tête de l'ordre en Allemagne : le vicaire général et deux vicaires provinciaux, dont Luther, qui occupera la fonction jusqu'en avril 1518. Le futur réformateur est donc une figure importante de sa communauté religieuse, ce d'autant plus qu'il est aussi professeur de théologie depuis 1512.

[...]

La certitude de la conscience dans la relation au Christ seul
[…]

Si la question de la théologie est celle de l'homme dans ses relations aux « autres » - à Dieu, au monde, au prochain, et à soi-même comme un autre -, alors l'enjeu décisif devient celui du rapport entre ce que l'homme porte en soi, intérieurement, et ce qu'il reçoit de ou donne à l'extérieur de soi. Pour saisir d'un seul mot cette imbrication de relations intérieures et extérieures, Luther réserve le concept de « conscience », dans le sens non pas de conscience de soi individuelle (Bewusstsein), mais de conscience relationnelle (Gewissen). L'homme chez Luther n'a pas simplement une conscience, il est une conscience. Exception à la mobilité terminologique que nous venons d'évoquer chez Luther, ce terme technique est bien, s'il en est une, la clef de sa pensée.

Or le seul sauveur de notre conscience, c'est le Christ. c'est seulement dans sa relation à notre conscience que le Christ nous sauve, car en lui l'amour de Dieu se dit dans le dépouillement, à l'inverse de toute manifestation de réussite au sens humain :

La foi en Christ, en effet, ne nous affranchit pas des œuvres mais de l'opinion que l'on en a : la sotte présomption de chercher la justification par leur moyen. Ce sont nos consciences que la foi rachète, qu'elle redresse et qu'elle sauve. Par cette foi, nous savons que la justice ne consiste point dans des œuvres, bien qu'elles ne puissent ni ne doivent manquer...

Ainsi, distinguer le salut par la foi et le salut par les œuvres, comme on sait que le fait Luther, ce n'est pas donner une valeur à cette œuvre humaine particulière que serait la foi. La foi n'est précisément pas une œuvre humaine, mais l'œuvre de la grâce de Dieu qui nous établit dans un nouveau rapport à lui-même en dépit de l'impuissance de l'homme. Ce nouveau rapport renouvelle toute notre personne, car pour Luther, lorsque l'on change profondément la personne dans son attitude relationnelle, tout s'ensuit.

[...]

L’actualité de Luther
[...]

Enfin, plus largement, nous avons montré ici comment Luther n'est pas une personnalité isolée, mais un homme aux prises avec ses contemporains et reflétant une époque, un « rebelle en temps de rupture ». Or, la mondialisation et les mutations culturelles de notre époque font que le christianisme, avec toutes les religions mondiales, traverse une phase de mutation analogue. Cette mutation n'est pas cantonnée au domaine religieux, mais s'imbrique avec bien d'autres dimensions, telles que le passage à un monde multipolaire, la contestation des autorités anciennement reconnues, le bouleversement des rapports de pouvoir, de maîtrise technique et opérationnelle, et la question, ultimement, de ce qu'il en est de l'homme. Luther est l'homme d'un tel temps.

 

 


1517


Les 95 thèses
Controverse destinée à montrer la vertu des indulgences

page 52

Par amour de la vérité et par souci de la mettre en lumière, les thèses ci-après seront discutées à Wittenberg, sous la présidence du révérend Père Martin Luther, maître ès arts et en théologie et lecteur ordinaire de théologie dans ce même lieu. C'est pourquoi il prie ceux qui ne peuvent être présents pour en débattre avec nous, de le faire, quoique absents, par écrit. Au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.


[...]
33. Ils seront damnés pour l’éternité avec leurs maîtres, ceux qui croient, par des lettres d’indulgences, être sûrs de leur salut.

35. Ils prêchent le contraire de la vérité chrétienne, ceux qui enseignent que la contrition n’est pas nécessaire aux personnes qui veulent racheter des âmes ou acquérir des billets de confession.

36. N’importe quel chrétien vraiment repentant, a pleine rémission de la peine et de la faute ; elle lui est due même sans lettres d’indulgences.

45. Il faut apprendre aux chrétiens que celui qui voit un pauvre et, sans lui prêter attention, donne pour les indulgences, appelle sur lui-même non les indulgences du pape, mais la colère de Dieu.

50. Il faut apprendre aux chrétiens que si le pape connaissait les exactions des prédicateurs d’indulgences, il préférerait que la basilique de Saint-Pierre s’en aille en cendres plutôt que de la voir édifiée avec la peau, la chair et les os de ses brebis.

82. Pourquoi le pape ne vide-t-il pas le purgatoire pour l’amour de la très sainte charité et du besoin le plus impérieux des âmes, ce qui est le motif le plus juste de tous, alors qu’il rachète les âmes en nombre infini pour l’amour très funeste de l’argent en vue de l’érection de la cathédrale Saint-Pierre, ce qui est le motif le plus inconsistant ?


 

1520

A la Noblesse chrétienne de la Nation allemande
sur l’amendement de l’état Chrétien

page 162

Attaquons-nous d’abord au premier mur

On a inventé que le Pape, les Évêques, les Prêtres, les gens des Monastères seraient appelés état ecclésiastique, les Princes, les Seigneurs, les artisans et les paysans l'état laïque, ce qui est certes une fine subtilité er une belle hypocrisie. Mais personne ne doit se laisser intimider par cette distinction, pour cette bonne raison que tous les chrétiens appartiennent vraiment à l'état ecclésiastique ; il n'existe entre eux aucune différence, si ce n'est celle de la fonction, comme le montre Paul en disant (1 Co 12) que nous sommes tous un seul corps, mais que chaque membre a sa fonction propre, par laquelle il sert les autres, ce qui provient de ce que nous avons un même baptême, un même Évangile et une même foi et sommes de la même manière chrétiens, car ce sont le baptême, l'Évangile et la foi qui seuls forment l'état ecclésiastique et le peuple chrétien.

Ce que fait le pape ou l'évêque, l'onction, la tonsure, l'ordination, la consécration, le costume‭ ‬diffèrent de la tenue laïque, peuvent transformer un homme en cagot, ou en idole barbouillée d'huile, mais ils ne font pas le moins du monde un membre du sacerdoce ou un chrétien. En conséquence, nous sommes absolument tous consacrés prêtres par le baptême, comme le disent saint Pierre (1 P 2) : « Vous êtes un sacerdoce royal et une royauté sacerdotale » et l'Apocalypse : « Tu as fait de nous par l'effusion de ton sang des prêtres et des rois. »

Car s'il n'y avait pas en nous une plus haute consécration que n'en donnent le pape et les évêques, jamais la consécration du pape et des évêques ne produirait de prêtres capables de célébrer la messe, de prêcher et d'absoudre.

 

page 256

Lettre à Léon X, souverain pontife

Environné des monstres de ce temps, que j'affronte et que je combats depuis près de trois ans, je me trouve parfois contraint de tourner mes regards et ma pensée vers toi, mon Très Saint-Père Léon.
[...]
Ce faisant, j'ai pourtant si peu détourné mon cœur de Ta Sainteté que je n'ai cessé de former pour toi et pour ton Saint-Siège tous les souhaits les meilleurs. Avec quel zèle n'ai-je pas prié pour cela et de quels gémissements n'en ai-je pas demandé à Dieu l'exaucement !

Et certes, si je me suis déjà laissé aller à mépriser ceux qui ont tenté de me faire peur en arguant de ton autorité et de ton nom majestueux, et si je me suis joué d'eux, il est une chose dont je ne puis pas prendre mon parti et qui m'amène à t'écrire encore, Saint-Père.

J'entends dire, en effet, que l'on m'impute la témérité, et l'on m'en fait un grand crime, de ne pas ménager du moins ta personne. En réalité, permets que je le dise tout droit, je suis conscient de n’avoir parlé de toi que dans les termes les plus exaltés et les meilleurs, toutes les fois que j’ai dû faire mention de ta personne.



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