Comment
comprenez-vous
Jésus-Christ ?
Claude
Gonzalez
mouvance
évangélique
pasteur de l'Église baptiste
de Coulommiers (77)
.
La mouvance
évangélique
s'inscrit dans la tradition du
protestantisme français. Elle vit intensément la parole
de Luther citant le prophète Habakuk
« le juste vivra
par la foi » 2.4
Elle s'attache à un vécu de ce
qui est révélé dans l'Évangile d'une
manière pratique, concrète. Nous n'évacuons
naturellement pas la dimension spirituelle et mystique qui est
vécue intérieurement. Néanmoins, si Jésus
est déconnecté de notre vie de chaque jour c'est que
quelque chose est raté.
On s'attache à comprendre comment
Jésus a vécu et s'est comporté à
l'égard des hommes et son attitude nous montre qu'il nous
parle à nous aussi aujourd'hui. Ce qui a été dit
il y a des milliers d'années est revécu aujourd'hui et
réadapté à notre vie de chaque jour.
Un Américain se demandait
systématiquement : que ferait
Jésus à ma place, quelle voiture conduirait-il
aujourd'hui ? aurait-il un 4x4 ? Je pense qu'il aurait plutôt une moto car
c'est plus facile pour être en contact avec les populations,
avec les gens. Jésus rencontrait les gens qui étaient
plutôt dans les bas-fonds que dans les quartiers où on
roule en 4x4.
Jésus parlait avec les
théologiens comme avec ceux qui étaient dans la
détresse la plus totale, les aveugles, les paumés, les
marginaux, les sans-logis. Il avait une faculté de s'adapter
à tous ceux qui l'entouraient sans avoir un discours
simpliste.
Il a parlé avec Nicodème,
à qui il a dit :
« il faut
naître de nouveau »
parole qui l'ébranlait le
déstabilisait peut-être.
Nicodème lui a répondu :
« comment un homme
peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde
fois entrer dans le sein de sa mère et
naître ? »
Et Jésus lui dit :
« tu es docteur de
la loi et tu ne connais pas ces choses ? »
Jean 3.10
.
« Naître de
nouveau » est une réalité
importante. Jésus s'adresse
aux gens dans la situation où ils se trouvent. Certains le
cherchent et d'autres ne le cherchent pas.
A celui qui s'approchait de lui, Jésus ne demandait pas si on
le reconnaissait, si on savait pourquoi il était venu, si l'on
croyait qu'il était le messie. Il demandait
directement :
« que veux-tu que
je fasse ? »
La personne évoquait le
problème, la difficulté qui était la
sienne ; certains étaient aveugles, ils disaient
« Seigneur que je
recouvre la vue » Luc 18.41.
Ceux qui étaient
boiteux :
« Seigneur que je
marche ».
Jésus montrait ainsi qu'il
était attentif aux problèmes de ses contemporains et
pas seulement sur le plan physique ou matériel. Ainsi il a
rencontre par exemple le jeune homme riche qui lui
demandait :
« que faut-il que
je fasse pour être sauvé » Luc 18.18.
Cette question ressemble à la
préoccupation de Nicodème dont nous parlions.
.
Jésus a toujours eu une approche
extrêmement humaine des hommes, il était attentif à leur demande, et
leur donnait un élément de réponse très
puissant qui amenait son interlocuteur à
réfléchir à sa condition et à son
devenir.
Certains ont accepté les
réponses de Jésus : sur les dix lépreux que
Jésus guérit , neuf repartent content et
le 10e s'intéresse, désire en savoir
plus et décide de le suivre, provoquant ainsi la
remarque
« les dix n'ont-ils
pas été guéris ? Où sont les neuf
autres »Luc 17.12
de Jésus attristé par la non
réponse de son attitude d'amour.
La « nouvelle
naissance » dont
Jésus parle à Nicodème montre bien qu'il vient
pour un changement global de la personne humaine et ne se contente
pas de coller, pour ainsi dire, une rustine sur une chambre à
air usagée.
« Personne ne met
une pièce de drap neuf à un vieil habit ; car
elle emporterait une partie de l'habit, et la déchirure serait
pire. »
Matthieu 9.16
.
Jésus est donc venu pour traiter
notre personne dans son entièreté, esprit, âme, corps. Il nous prend en charge
globalement et nous fait percevoir qu'il y a un projet pour notre vie
différent de ce que nous avons vécu jusque
là.
C'est ce qu'il veut dire par la parole
« il faut
naître de nouveau »
c'est-à-dire entrer dans une nouvelle
existence.
Les gens qui le rencontraient pouvaient
être troublés car ils se rendaient bien compte qu'il
avait des capacités surnaturelles, qu'il était capable
de miracles extraordinaires, qu'il ressuscitait des morts, marchait
sur l'eau, multipliait les pains.
Si notre confiance se fonde sur cet homme
qui témoignait de son amour pour nous, ce n'est pas une
théorie qui est à la base de notre confiance, une
religion, une philosophie abstraite. Jésus répondait
concrètement aux gens.
C'est un témoignage que Jésus
laisse dans le coeur des hommes, de façon forte, parfois
violente : je t'aime, je
t'arrache de n'importe quelle situation. Celui qui comprend ce que Jésus est alors en
train de faire et qui répond : ce type-là je veux le connaître et
connaître la puissance qui est en lui.
Si j'engage ma confiance,
c'est-à-dire ma « foi », ce que je reçois de lui est non pas un
rapiéçage, des réparations sur ma vie mais une
nouvelle dimension.
Jésus me tend la main, m'appelle, me
regarde, encore faut-il que je saisisse la main qu'il me tend, que je
réponde à son appel. Quand les neuf lépreux sont
partis et quand le jeune homme est riche est parti « tout triste », Jésus n'a pas couru après eux.
.
Il a fallu que Jésus soit homme
pour venir vers nous. Jésus
aurait très bien pu donner sa vie pour les hommes en
descendant vers nous comme un archange, un être surnaturel,
avec toute la pompe du ciel, en proclamant : je suis le Fils de Dieu, je suis venu donner ma vie
pour vous libérer et puis se
faire assassiner, verser son sang d'une autre manière.
Ce qui est intéressant et important
c'est de voir comment Jésus abandonne la gloire et tous les
attributs divins qui étaient les siens pour venir se rendre
absolument vulnérable. Ceci est notamment très frappant
lors de sa naissance. Il se laisse réduire à
l'état de foetus dans le sein de Marie, alors que Marie risque
la lapidation pour adultère à cause de cette conception
surnaturelle, et qu'il se trouve donc lui-même en
danger.
Il se rend vulnérable afin
d'être dépendant de Dieu son Père. Il a, de plus,
failli d'être tué par le massacre des enfants
ordonné par le roi Hérode Matthieu 2.16.
Dieu prend en charge son Fils est le
témoignage de la manière dont il peut nous prendre en
charge nous aussi. (Hébreux 2 17-18 ;
4.14-16)
.
Il était important que
Jésus soit homme pour qu'il
participe pleinement à notre humanité, qu'il soit
sensible à la souffrance, aux limitations des hommes, la faim,
la soif, la tristesse, la joie. Il a pleuré, il s'est
réjoui.
Il a pleuré sur la tombe de Lazare
son ami Jean 11.35. Il a eu
soif lorsqu'il demandait à boire à la femme samaritaine
Jean 4.7.
Tous ces détails prouvent que cet
homme-là marchait à nos côtés. Cette
humanité était nécessaire mais pas simplement
pour s'assimiler à notre péché.
Parlons par exemple du baptême que
Jésus a voulu recevoir. Lorsque nous nous faisons baptiser,
c'est en témoignage de la purification de nos
péchés, du rejet de notre existence au profit de la
nouvelle vie que Jésus nous propose.
Mais lorsque Jésus se fait baptiser,
il suit le chemin inverse : il nous fait comprendre que la vie
qu'il avait avec son Père, il la laisse de côté,
pour embraser la vie des hommes. Luc 3.21.
Ma divinité, pense Jésus,
celle que j'avais en tant qu'être céleste, je la
dépose pour embraser la personne des hommes et montrer qu'un
seul avait la possibilité de satisfaire pleinement Dieu :
ce n'était pas de faire le bien pour que Dieu ne se mette pas
en colère.
Le péché est aussi d'agir
à sa guise et selon ses propres aspirations. Quand, par
exemple Adam a péché dans la jardin d'Éden
Genèse 3, il
n'a pas fait de mal, il n'a brutalisé personne : il a
simplement voulu savoir. Le péché d'Adam que l'on
retrouve dans l'humanité tout entière, ne
représente pas forcément des actes horribles, mais un
désir d'autosuffisance : je déterminerai moi
même ce qui est bon et ce qui ne l'est pas.
.
Si l'oeuvre de Jésus était
simplement d'avoir donné sa vie pour les
hommes, ce n'était pas
quelque chose de véritablement extraordinaire. D'autres l'ont
fait. Paul dit :
« Quelqu'un
peut-être mourrait-il pour un homme de bien. Mais Dieu prouve
son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore
des pécheurs, Christ est mort pour nous. »
Romains 5.7.
Ce qui est particulier dans le fait que
Jésus a donné sa vie, est qu'il l'a fait non pour des
gens de bien mais pour des pécheurs. Les gens de son
époque n'ont pas compris ce qu'il était, ils
étaient dans la haine à son égard, à
l'égard de ce qu'il pouvait dire et faire. Ils criaient
à Pilate :
« crucifie-le »
alors que Jésus cherchait à
les aimer par tous les moyens qui étaient à sa
disposition en tant qu'homme.
.
En ce qui concerne la question de la
valeur du sacrifice, il faut se
reporter à l'Ancien Testament. Paul a dit :
« le Christ est
notre Pâque »
1 Corinthiens 5.7
Lorsque le peuple hébreu est sorti
d'Égypte, le jour de la Pâque juive, des agneaux ont
été sacrifiés auxquels Paul se
réfère pour leur comparer Jésus-Christ. Les
Hébreux étaient sous l'esclavage d'Égypte,
auquel nous pouvons comparer l'esclavage qui est le nôtre
lorsque nous décidons de choisir nous-mêmes les
orientations de notre vie.
Dieu leur ordonne de sacrifier des agneaux :
« On prendra un
agneau pour chaque famille... mâle sans défaut,
âgé d'un an ; et toute l'assemblée
d'Israël l'immolera. On prendra de son sang, et on en mettra sur
les deux poteaux et sur le linteau de la porte des
maisons » Exode 12.5.
Cet ordre signifie d'ailleurs que le peuple
hébreu n'était pas meilleur que les
Égyptiens : s'ils n'avaient pas mis le sang, ils
mouraient de la même manière.
Ce n'est pas parce que quelqu'un fait une démarche de foi
qu'il satisfait à ce que Dieu demande.
Jésus, comme l'agneau de la
Pâque, donne sa vie pour qu'il n'y ait pas de dette, de
contentieux de nous à Dieu.
Ce n'est pas que Dieu soit en colère contre les hommes, mais,
comme le disait le prophète Ésaïe :
« La main de
l'Eternel n'est pas trop courte pour sauver,
« ni son oreille trop dure pour entendre.
« Mais ce sont vos péchés qui mettent une
séparation
« entre vous et votre Dieu » Ésaïe 59.1
Lorsque l'homme choisit de vivre selon ses
propres aspirations, ce n'est pas Dieu qui coupe les ponts avec lui,
c'est lui qui coupe les ponts avec Dieu.
L'homme qui s'identifie à
Jésus pourra recevoir une espérance de vie et la dette
qu'il avait à l'égard de Dieu est comblée. C'est
Jésus-Christ qui l'a payée et maintenant
« les choses
anciennes sont passées : voici toutes choses sont
devenues nouvelles ». 2 Corinthiens 5.17.
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