Que dites-vous de
Jésus-Christ ?
Ronald Cosic
prêtre catholique
slave
curé à
Meudon
Je suis né en
Croatie et je suis en France depuis
l'âge de neuf ans. Je n'oublie pas mes origines slaves. J'ai
gardé la langue. J'ai aussi côtoyé beaucoup de
Russes ; j'ai même dans mon enfance servi la messe chez
nos frères orthodoxes dans leur langue liturgique qu'on
appelle le slavon.
C'est la langue pour laquelle les saints Cyrille et Méthode
ont inventé l'alphabet cyrillique et qu'ils ont alors
fixée, alors qu'ils évangélisaient les
slaves.
Cette tradition orientale fait partie de la tradition catholique. Le
pape Jean-Paul II y tient beaucoup et parle des « deux poumons de l'Église,
l'oriental et l'occidental ».
Dans mon enfance en Croatie, en
Dalmatie, dans le diocèse de
Split, la liturgie romaine y est, depuis le Moyen Age, en slavon et
non pas en latin, ce qui est un cas unique. C'était afin de se
démarquer des Italiens.
Dans l'Église
catholique il y a une quinzaine de
rites différents du rite latin. Je suis personnellement de
rite latin, mais je suis très sensible à ces autres
traditions. Je me sens proche aussi des Serbes. Bien que l'on oppose
souvent Croates et Serbes, dès qu'il s'agit de
Jésus-Christ on ne peut qu'être d'accord.
Jésus-Christ appartient à tout le monde ou plutôt
nous appartenons tous à Jésus-Christ. Saint-Paul
disait : « Tout est à vous et vous êtes
à Christ, et Christ est à Dieu. » 1 Corinthiens 3.23.
.
J'ai ici une icône serbe
(copie très populaire
de « la Vierge
Pelagonitisna »
de 1421 qui se trouve à la galerie d'Ara à Skopje.
Elle me plaît beaucoup car elle est atypique dans la mesure
où l'enfant Jésus, au lieu d'y être
représenté hiératique, très
sérieux, presque adulte, semble se bouger et se tortiller dans
les bras de la Vierge Marie, de façon pas du tout sage. Il me
semble une excellente illustration de ce que devait être
Jésus dans son incarnation : un enfant normal qui devait
brailler, s'amuser comme tous les enfants.
Le Christ est le Fils de Dieu fait homme, mais réellement
homme. Il ne s'est pas déguisé en homme. Autrefois, on
s'agenouillait dans la liturgie romaine lorsque les mots
« et homo factus
est » (il s'est fait
homme, Jean 1.14)
étaient prononcés afin de souligner sa réelle
humanité.
Mozart, dans sa messe en ut mineur a tellement
développé dans le Credo cette phrase « et homo factus
est » qu'il n'a pas
achevé le Credo. On est obligé, lorsqu'on chante cette
messe, de terminer en grégorien.
Dans l'Ancien Testament, il est interdit de représenter quoi que ce
soit afin d'éviter toute idolâtrie :
« Tu ne te feras point
d'image taillée, ni de représentation quelconque des
choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre,
et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te
prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras
point » Exode 20.4
On a connu dans la tradition
chrétienne la fameuse querelle des iconoclastes et le
2e concile de Nicée Constantinople en 787
qui promulguait la légitimité des icône, en
affirmant que depuis que le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu s'est fait
homme, et qu'il s'est rendu visible à nos yeux, il est
légitime de représenter son humanité, ainsi que
celle de la Vierge et des saints. Le vrai culte n'allant
évidemment qu'au modèle et non à sa
représentation, ce qui ne serait qu'une vulgaire
idolâtrie.
En vénérant la Vierge et les saints on
vénère Dieu lui-même puisque nous sommes tous
à l'image de Dieu
Dieu dit :
« Faisons l'homme
à notre image, selon notre ressemblance »
Genèse 1.26.
Saint Paul disait aussi :
« Il est l'image du
Dieu invisible » Colossiens 1.15. Le
terme grec pour
« image » est
ici « icône ».
Les icônes, par la manière
dont elles sont représentées vous font pénétrer en quelque sorte
dans le monde de l'au-delà. Les orientaux sont sensibles
à la liturgie céleste.
La légende raconte qu'avant de se décider à
recevoir le baptême, saint Wladimir fit faire une enquête
sur les trois grandes religions monothéistes.
Choisir l'islam ? Non, car une religion qui interdit de boire de
l'alcool ne conviendrait pas aux Slaves !
Le judaïsme ? Il ne faut pas que les Slaves se trouvent
dispersés comme le sont les Juifs.
Il restait la double chrétienté, orientale et
occidentale. Les Occidentaux ont paru trop austères et
dépouillés. Par contre la liturgie de Constantinople
lui a paru si belle qu'il s'y croyait au ciel et c'est celle qui fut
choisie pour les Slaves.
Cette liturgie est parfois un peu longue
et compliquée pour les
occidentaux qui sont trop logiques. Elle est très
centrée sur Pâques, alors que les Occidentaux semblent
plus attachés à la fête de Noël et à
l'incarnation. Les Orientaux sont davantage tournés vers le
mystère de la Trinité, de la Rédemption, vers
l'au-delà.
Bien entendu il ne faut pas séparer ces dogmes les uns des
autres. Le Christ est vrai Dieu et
vrai homme. Il ne faut pas oublier
qu'il est réellement homme.
.
On est aujourd'hui tellement
habitué à dire que
Jésus-Christ est « vrai Dieu » qu'on a parfois du mal, peut-être, à se
rendre compte qu'il s'est fait pleinement homme. Il n'a pas
triché avec son humanité. Lorsque le Christ
était en colère, il ne faisait pas semblant, il
l'était vraiment. Lorsqu'il était fatigué et
dormait, il ne faisait pas semblant.
Je propose aux enfants du catéchisme d'imaginer qu'à
mon âge je me déguise en petit garçon et que
j'aille à l'école. J'y serais sans doute premier en
dictée, en calcul, en histoire etc. mais sans aucun
mérite à cause des connaissances que j'ai maintenant.
Pour être vraiment un petit garçon comme eux, les
enfants me disent que je devrais avoir une « tête » comme la leur, c'est-à-dire une intelligence,
une expérience qui soit celle d'un enfant. Le Christ n'a
pas « fait
semblant » de devenir
homme. Il a dû apprendre à lire et à
écrire à la synagogue de Nazareth, il a dû
apprendre l'histoire d'Abraham et des ancêtres, alors qu'en
tant que Dieu il savait tout cela.
Le mystère, c'est qu'il soit pleinement homme et pleinement Dieu !
.
Le salut. L'homme est à l'image de Dieu et le
péché a défiguré cette image, comme une
icône qui serait abîmée. Le Christ, Fils de Dieu,
vient partager notre humanité pour « restaurer » en nous l'icône de Dieu que nous sommes.
Comment le fait-il ? voilà qui est difficile à
comprendre et à dire. Le salut consiste à reprendre sa
place, sa dignité d'enfant de Dieu tel que Dieu nous a
créés. Le Christ vient nous rendre conformes à
ce que Dieu veut que nous soyons.
Dans la liturgie catholique de rite latin, l'une des « préfaces » de la messe nous fait dire :
« Ton amour pour le
monde est si grand que tu nous as envoyé un "sauveur" ;
tu l'as voulu semblable aux hommes en toutes choses à
l'exception du péché, afin d'aimer en nous ce que tu
aimais en lui... » 7e Préface des dimanches
ordinaires.
Le salut est une sorte de restauration, non
pas naturellement un retour vers le passé, mais au contraire
une avancée vers ce que nous devons être tels que Dieu
nous a créés et non pas tels que le
péché, l'égoïsme tout ce qui nous
détourne de lui a défiguré en nous.
Lorsqu'on évoque
l'Ascension, lorsqu'on dit que
le Christ est assis à la
droite de Dieu, saint Paul explique
que s'il est remonté c'est bien qu'il était
descendu.
Je dis en exagérant un peu qu'avant de venir parmi nous le
Christ n'était
« que » Dieu [ce
qui est déjà pas mal !], mais depuis son passage
parmi nous lorsqu'il a repris à la droite du Père le
rang qui est le sien depuis toujours, ce n'est plus « seulement un
Dieu » mais aussi notre
nature humaine qui est assise à la droite de Dieu.
Saint Paul dit que « Dieu
nous a prédestinés à être semblables
à l'image de son Fils ». Romains 8.29.
Nos frères catholiques intégristes sont choqués
par cette affirmation de la divinisation de l'homme, qui est pourtant
tout à fait traditionnelle.
« Dieu s'est fait
homme pour que l'homme devienne Dieu », a dit saint Irénée de Lyon.
Le pape saint Léon le
Grand disait dans ses
homélies de Noël disait :
« Échange
merveilleux où Dieu se fait homme afin que l'homme devienne
Dieu ».
Il y a un rite de la messe où le
prêtre mêle au vin une petite goutte d'eau en
disant :
« Comme cette eau
se mêle au vin... puissions-nous être unis à la
divinité de Celui qui a pris notre
humanité ».
Une union inséparable de Dieu et de
l'homme qui existe en Jésus-Christ sera un jour pleinement
vécue par nous.
.
Blaise Pascal a dit :
« Hors de
Jésus-Christ nous ne savons ni ce qu'est la vie, ni ce qu'est
la mort, ni ce que nous sommes
nous-mêmes. »
Jésus a dit aussi
« je suis le
chemin, la vérité et la vie ». Jean 14.6.
Cela ne signifie pas que Jésus nous
apporte une religion meilleure que les autres. Je n'adhère pas
à une « religion », ni au « christianisme » ou au
« catholicisme », mais j'adhère à une personne,
à « quelqu'un », à Jésus-Christ. Je n'adhère
pas à une vérité abstraite mais à
Jésus qui a dit « je
suis la vérité ».
Le plus petit des enfants, qui n'a aucune
connaissance théologique peut prétendre qu'il en sait
autant que le pape lui-même ou le plus grand des
théologiens car être chrétien, avoir la foi est
adhérer à une personne et non pas à des
idées. Les idées risquent d'enfermer dans des mots
cette démarche merveilleuse.
Il est clair que le mot « chemin » ne désigne pas une religion mais une foi qui
est un lien avec une personne. Quant à ceux qui n'ont pas eu
la chance d'entendre l'Évangile, le Seigneur trouvera bien des
moyens « connus de lui
seul » Concile de Vatican II pour se découvrir à eux
comme « le
chemin » qui mène
vers le Père.
Quand il ajoute « nul ne vient au Père que par
moi » ce n'est pas pour
exclure mais pour montrer que tous, qu'ils le connaissent ou non,
sont sauvés par lui. Cette phrase ne signifie pas que nous
avons l'exclusivité, les propriétaires du
salut !
Car, comme le dit Paul :
« Dieu veut que
tous les hommes soient sauvés et parviennent à la
connaissance de la vérité ». 1 Timothée 2.4
Ceux qui appartiennent à une autre
religion (ou à aucune) ne
sont pas, pour autant, étrangers à Dieu, qu'ils le
sachent ou non.
D'ailleurs Jésus a dit :
« Venez, vous qui
êtes bénis de mon Père; prenez possession du
royaume qui vous a été préparé dès
la fondation du monde, car j'ai eu faim, et vous m'avez donné
à manger, j'ai eu soif, et vous m'avez donné à
boire, j'étais étranger, et vous m'avez recueilli,
j'étais nu, et vous m'avez vêtu, j'étais malade,
et vous m'avez visité, j'étais en prison, et vous
êtes venus vers moi... Je vous le dis en vérité,
toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces
plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les
avez faites. »
Matthieu 25.34.
Le critère que nous sommes disciples
du Christ, c'est que nous le reconnaissons dans nos
frères.
Saint Jean écrit :
« Celui qui dit
qu'il aime Dieu - qu'il ne voit pas - sans aimer son
frère - qu'il voit - est un
menteur ». 1 Jean 4.20
.
Les sacrements. Mon service de curé de paroisse fait que je
passe beaucoup de temps à donner des sacrements et j'y tiens
beaucoup. Parfois nous souffrons dans la mesure où les gens
nous demandent des rites sans qu'il y ait toujours une
démarche de foi.. Or ces rites sont les « sacrements de la
foi ».
Souvent des gens nous disent : « Monsieur le curé, je suis croyant
mais pas pratiquant ».
Mon ami, le Père Michel Anglarès a l'humour de
rectifier : « Non,
vous êtes pratiquant mais pas
croyant ! »,
c'est-à-dire vous nous demandez des « rites » mais qu'y a-t-il derrière ?
Ce que Jésus a fait et apporté
aux contemporains de ses premiers disciples il veut nous les
communiquer à nous aussi qui n'étions pas là en
ce temps là. C'est ce qu'il continue à faire
aujourd'hui à travers les sacrements :
Par exemple, Jésus est venu pour que
nous devenions enfants de Dieu : aujourd'hui cela s'accomplit
par le sacrement du baptême.
A la Pentecôte, les premiers disciples
reçurent le Saint Esprit : aujourd'hui cette grâce
est donnée par le sacrement de la confirmation.
Jésus a dit : « Prenez et mangez : ceci est mon
corps » : il se donne
pareillement aujourd'hui dans le sacrement de l'eucharistie.
Le mot « sacrement » selon la définition du catéchisme
désigne un « signe
sensible qui contient la réalité qu'il
signifie ».
Ce qu'il y a de plus spirituel en nous ne
peut pas se communiquer aux autres sans passer par nos sens par un
« signe » sensible. Ce sera une parole, un
geste, un objet (cadeaux,
fleurs etc) Dans les sacrements on retrouve des choses
matérielles comme l'eau du
baptême, le parfum
(appelé saint chrême
ou huile chrismale,
d'où vient le mot Christ =
oint) de la confirmation, le
pain
et le vin de l'eucharistie, le geste de l'imposition des mains
et des paroles qui en expriment la signification.
Parfois les gestes sensés exprimer
notre amitié peuvent être faux : on peut faire
semblant d'être heureux, d'accueillir quelqu'un par un sourire,
une poignée de mains, un cadeau, alors que tout cela nous
ennuie !
Lorsqu'il s'agit de Dieu, lui ne ment
pas ; il est toujours vrai. C'est dans ce sens que pour l'Eglise
les sacrements sont toujours « vrais ». Non pas comme des rites magiques ou automatiques.
Mais parce que Dieu ne ment pas. La vérité des
sacrements ne dépend pas de la valeur ou de la sainteté
du ministre qui les donne, mais de Dieu.
« Quand Pierre baptise, c'est
Jésus qui baptise ; quand Paul baptise, c'est
Jésus qui baptise, quand judas baptise, c'est toujours
Jésus qui baptise ! » (Saint Augustin)
A moi aussi, donc d'être vrai dans la
manière de recevoir ces sacrements.
Un point sur lequel parfois nous divergeons
avec certains frères protestants concernant la « présence
réelle » dans
l'eucharistie. Certains protestants (voulant à juste titre
souligner l'importance de la foi contre toute mentalité
« magique ») diront que lorsque je mange ce pain, je crois que
je reçois le Christ ; sinon je n'ai reçu que du
pain. Un catholique aura tendance à dire : ce ne sont pas
mes états d'âme qui rendent le Christ présent ou
absent. C'est vraiment lui qui se donne ainsi à moi
réellement. Il est donc grave de ne pas l'accueillir avec
foi.
Dans la liturgie orthodoxe, avant de
communier, les fidèles disent :
« Je crois que ceci
est vraiment ton Corps. Je ne te donnerai pas le baiser de Judas,
mais comme le larron je te confesserai. Souviens toi de moi dans ton
Royaume »
.
Vous me demandez en conclusion un
« mot de la
fin ». Avec l'apôtre
Pierre, oserai-je dire :
« Seigneur,
à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie
éternelle. »
Jean 6.68.
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