Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Que dites-vous de Jésus-Christ ?

 

Ronald Cosic

prêtre catholique slave

curé à Meudon

 

Je suis né en Croatie et je suis en France depuis l'âge de neuf ans. Je n'oublie pas mes origines slaves. J'ai gardé la langue. J'ai aussi côtoyé beaucoup de Russes ; j'ai même dans mon enfance servi la messe chez nos frères orthodoxes dans leur langue liturgique qu'on appelle le slavon.
C'est la langue pour laquelle les saints Cyrille et Méthode ont inventé l'alphabet cyrillique et qu'ils ont alors fixée, alors qu'ils évangélisaient les slaves.
Cette tradition orientale fait partie de la tradition catholique. Le pape Jean-Paul II y tient beaucoup et parle des « deux poumons de l'Église, l'oriental et l'occidental ».

Dans mon enfance en Croatie, en Dalmatie, dans le diocèse de Split, la liturgie romaine y est, depuis le Moyen Age, en slavon et non pas en latin, ce qui est un cas unique. C'était afin de se démarquer des Italiens.

Dans l'Église catholique il y a une quinzaine de rites différents du rite latin. Je suis personnellement de rite latin, mais je suis très sensible à ces autres traditions. Je me sens proche aussi des Serbes. Bien que l'on oppose souvent Croates et Serbes, dès qu'il s'agit de Jésus-Christ on ne peut qu'être d'accord. Jésus-Christ appartient à tout le monde ou plutôt nous appartenons tous à Jésus-Christ. Saint-Paul disait : « Tout est à vous et vous êtes à Christ, et Christ est à Dieu. » 1 Corinthiens 3.23.

.

 

J'ai ici une icône serbe (copie très populaire de « la Vierge Pelagonitisna » de 1421 qui se trouve à la galerie d'Ara à Skopje. Elle me plaît beaucoup car elle est atypique dans la mesure où l'enfant Jésus, au lieu d'y être représenté hiératique, très sérieux, presque adulte, semble se bouger et se tortiller dans les bras de la Vierge Marie, de façon pas du tout sage. Il me semble une excellente illustration de ce que devait être Jésus dans son incarnation : un enfant normal qui devait brailler, s'amuser comme tous les enfants.
Le Christ est le Fils de Dieu fait homme, mais réellement homme. Il ne s'est pas déguisé en homme. Autrefois, on s'agenouillait dans la liturgie romaine lorsque les mots « et homo factus est » (il s'est fait homme, Jean 1.14) étaient prononcés afin de souligner sa réelle humanité.
Mozart, dans sa messe en ut mineur a tellement développé dans le Credo cette phrase « et homo factus est » qu'il n'a pas achevé le Credo. On est obligé, lorsqu'on chante cette messe, de terminer en grégorien.

Dans l'Ancien Testament, il est interdit de représenter quoi que ce soit afin d'éviter toute idolâtrie :

« Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point » Exode 20.4

On a connu dans la tradition chrétienne la fameuse querelle des iconoclastes et le 2e concile de Nicée Constantinople en 787 qui promulguait la légitimité des icône, en affirmant que depuis que le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu s'est fait homme, et qu'il s'est rendu visible à nos yeux, il est légitime de représenter son humanité, ainsi que celle de la Vierge et des saints. Le vrai culte n'allant évidemment qu'au modèle et non à sa représentation, ce qui ne serait qu'une vulgaire idolâtrie.
En vénérant la Vierge et les saints on vénère Dieu lui-même puisque nous sommes tous à l'image de Dieu
Dieu dit :

« Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance » Genèse 1.26.

Saint Paul disait aussi :

« Il est l'image du Dieu invisible » Colossiens 1.15. Le terme grec pour « image » est ici « icône ».

Les icônes, par la manière dont elles sont représentées vous font pénétrer en quelque sorte dans le monde de l'au-delà. Les orientaux sont sensibles à la liturgie céleste.
La légende raconte qu'avant de se décider à recevoir le baptême, saint Wladimir fit faire une enquête sur les trois grandes religions monothéistes.
Choisir l'islam ? Non, car une religion qui interdit de boire de l'alcool ne conviendrait pas aux Slaves !
Le judaïsme ? Il ne faut pas que les Slaves se trouvent dispersés comme le sont les Juifs.
Il restait la double chrétienté, orientale et occidentale. Les Occidentaux ont paru trop austères et dépouillés. Par contre la liturgie de Constantinople lui a paru si belle qu'il s'y croyait au ciel et c'est celle qui fut choisie pour les Slaves.

Cette liturgie est parfois un peu longue et compliquée pour les occidentaux qui sont trop logiques. Elle est très centrée sur Pâques, alors que les Occidentaux semblent plus attachés à la fête de Noël et à l'incarnation. Les Orientaux sont davantage tournés vers le mystère de la Trinité, de la Rédemption, vers l'au-delà.
Bien entendu il ne faut pas séparer ces dogmes les uns des autres. Le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Il ne faut pas oublier qu'il est réellement homme.

 

.

 

On est aujourd'hui tellement habitué à dire que Jésus-Christ est « vrai Dieu » qu'on a parfois du mal, peut-être, à se rendre compte qu'il s'est fait pleinement homme. Il n'a pas triché avec son humanité. Lorsque le Christ était en colère, il ne faisait pas semblant, il l'était vraiment. Lorsqu'il était fatigué et dormait, il ne faisait pas semblant.
Je propose aux enfants du catéchisme d'imaginer qu'à mon âge je me déguise en petit garçon et que j'aille à l'école. J'y serais sans doute premier en dictée, en calcul, en histoire etc. mais sans aucun mérite à cause des connaissances que j'ai maintenant. Pour être vraiment un petit garçon comme eux, les enfants me disent que je devrais avoir une « tête » comme la leur, c'est-à-dire une intelligence, une expérience qui soit celle d'un enfant. Le Christ n'a pas « fait semblant » de devenir homme. Il a dû apprendre à lire et à écrire à la synagogue de Nazareth, il a dû apprendre l'histoire d'Abraham et des ancêtres, alors qu'en tant que Dieu il savait tout cela.
Le mystère, c'est qu'il soit pleinement homme et pleinement Dieu !

 

.

 

Le salut. L'homme est à l'image de Dieu et le péché a défiguré cette image, comme une icône qui serait abîmée. Le Christ, Fils de Dieu, vient partager notre humanité pour « restaurer » en nous l'icône de Dieu que nous sommes. Comment le fait-il ? voilà qui est difficile à comprendre et à dire. Le salut consiste à reprendre sa place, sa dignité d'enfant de Dieu tel que Dieu nous a créés. Le Christ vient nous rendre conformes à ce que Dieu veut que nous soyons.
Dans la liturgie catholique de rite latin, l'une des « préfaces » de la messe nous fait dire :

« Ton amour pour le monde est si grand que tu nous as envoyé un "sauveur" ; tu l'as voulu semblable aux hommes en toutes choses à l'exception du péché, afin d'aimer en nous ce que tu aimais en lui... » 7e Préface des dimanches ordinaires.

Le salut est une sorte de restauration, non pas naturellement un retour vers le passé, mais au contraire une avancée vers ce que nous devons être tels que Dieu nous a créés et non pas tels que le péché, l'égoïsme tout ce qui nous détourne de lui a défiguré en nous.

Lorsqu'on évoque l'Ascension, lorsqu'on dit que le Christ est assis à la droite de Dieu, saint Paul explique que s'il est remonté c'est bien qu'il était descendu.
Je dis en exagérant un peu qu'avant de venir parmi nous le Christ n'était « que » Dieu [ce qui est déjà pas mal !], mais depuis son passage parmi nous lorsqu'il a repris à la droite du Père le rang qui est le sien depuis toujours, ce n'est plus « seulement un Dieu » mais aussi notre nature humaine qui est assise à la droite de Dieu.
Saint Paul dit que « Dieu nous a prédestinés à être semblables à l'image de son Fils ». Romains 8.29.
Nos frères catholiques intégristes sont choqués par cette affirmation de la divinisation de l'homme, qui est pourtant tout à fait traditionnelle.

« Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu », a dit saint Irénée de Lyon.

Le pape saint Léon le Grand disait dans ses homélies de Noël disait :

« Échange merveilleux où Dieu se fait homme afin que l'homme devienne Dieu ».

Il y a un rite de la messe où le prêtre mêle au vin une petite goutte d'eau en disant :

« Comme cette eau se mêle au vin... puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité ».

Une union inséparable de Dieu et de l'homme qui existe en Jésus-Christ sera un jour pleinement vécue par nous.

 

.

 

Blaise Pascal a dit :

« Hors de Jésus-Christ nous ne savons ni ce qu'est la vie, ni ce qu'est la mort, ni ce que nous sommes nous-mêmes. »

Jésus a dit aussi

« je suis le chemin, la vérité et la vie ». Jean 14.6.

Cela ne signifie pas que Jésus nous apporte une religion meilleure que les autres. Je n'adhère pas à une « religion », ni au « christianisme » ou au « catholicisme », mais j'adhère à une personne, à « quelqu'un », à Jésus-Christ. Je n'adhère pas à une vérité abstraite mais à Jésus qui a dit « je suis la vérité ».

Le plus petit des enfants, qui n'a aucune connaissance théologique peut prétendre qu'il en sait autant que le pape lui-même ou le plus grand des théologiens car être chrétien, avoir la foi est adhérer à une personne et non pas à des idées. Les idées risquent d'enfermer dans des mots cette démarche merveilleuse.

Il est clair que le mot « chemin » ne désigne pas une religion mais une foi qui est un lien avec une personne. Quant à ceux qui n'ont pas eu la chance d'entendre l'Évangile, le Seigneur trouvera bien des moyens « connus de lui seul » Concile de Vatican II pour se découvrir à eux comme « le chemin » qui mène vers le Père.

Quand il ajoute « nul ne vient au Père que par moi » ce n'est pas pour exclure mais pour montrer que tous, qu'ils le connaissent ou non, sont sauvés par lui. Cette phrase ne signifie pas que nous avons l'exclusivité, les propriétaires du salut !
Car, comme le dit Paul :

« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité ». 1 Timothée 2.4

 

Ceux qui appartiennent à une autre religion (ou à aucune) ne sont pas, pour autant, étrangers à Dieu, qu'ils le sachent ou non.
D'ailleurs Jésus a dit :

« Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde, car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire, j'étais étranger, et vous m'avez recueilli, j'étais nu, et vous m'avez vêtu, j'étais malade, et vous m'avez visité, j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi... Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. » Matthieu 25.34.

Le critère que nous sommes disciples du Christ, c'est que nous le reconnaissons dans nos frères.
Saint Jean écrit :

« Celui qui dit qu'il aime Dieu - qu'il ne voit pas - sans aimer son frère - qu'il voit - est un menteur ». 1 Jean 4.20

 

.

 

Les sacrements. Mon service de curé de paroisse fait que je passe beaucoup de temps à donner des sacrements et j'y tiens beaucoup. Parfois nous souffrons dans la mesure où les gens nous demandent des rites sans qu'il y ait toujours une démarche de foi.. Or ces rites sont les « sacrements de la foi ».
Souvent des gens nous disent : « Monsieur le curé, je suis croyant mais pas pratiquant ».
Mon ami, le Père Michel Anglarès a l'humour de rectifier : « Non, vous êtes pratiquant mais pas croyant ! », c'est-à-dire vous nous demandez des « rites » mais qu'y a-t-il derrière ?

Ce que Jésus a fait et apporté aux contemporains de ses premiers disciples il veut nous les communiquer à nous aussi qui n'étions pas là en ce temps là. C'est ce qu'il continue à faire aujourd'hui à travers les sacrements :

Par exemple, Jésus est venu pour que nous devenions enfants de Dieu : aujourd'hui cela s'accomplit par le sacrement du baptême.

A la Pentecôte, les premiers disciples reçurent le Saint Esprit : aujourd'hui cette grâce est donnée par le sacrement de la confirmation.

Jésus a dit : « Prenez et mangez : ceci est mon corps » : il se donne pareillement aujourd'hui dans le sacrement de l'eucharistie.

Le mot « sacrement » selon la définition du catéchisme désigne un « signe sensible qui contient la réalité qu'il signifie ».

Ce qu'il y a de plus spirituel en nous ne peut pas se communiquer aux autres sans passer par nos sens par un « signe » sensible. Ce sera une parole, un geste, un objet (cadeaux, fleurs etc) Dans les sacrements on retrouve des choses matérielles comme l'eau du baptême, le parfum (appelé saint chrême ou huile chrismale, d'où vient le mot Christ = oint) de la confirmation, le pain et le vin de l'eucharistie, le geste de l'imposition des mains et des paroles qui en expriment la signification.

Parfois les gestes sensés exprimer notre amitié peuvent être faux : on peut faire semblant d'être heureux, d'accueillir quelqu'un par un sourire, une poignée de mains, un cadeau, alors que tout cela nous ennuie !

Lorsqu'il s'agit de Dieu, lui ne ment pas ; il est toujours vrai. C'est dans ce sens que pour l'Eglise les sacrements sont toujours « vrais ». Non pas comme des rites magiques ou automatiques. Mais parce que Dieu ne ment pas. La vérité des sacrements ne dépend pas de la valeur ou de la sainteté du ministre qui les donne, mais de Dieu.

« Quand Pierre baptise, c'est Jésus qui baptise ; quand Paul baptise, c'est Jésus qui baptise, quand judas baptise, c'est toujours Jésus qui baptise ! » (Saint Augustin)

A moi aussi, donc d'être vrai dans la manière de recevoir ces sacrements.

Un point sur lequel parfois nous divergeons avec certains frères protestants concernant la « présence réelle » dans l'eucharistie. Certains protestants (voulant à juste titre souligner l'importance de la foi contre toute mentalité « magique ») diront que lorsque je mange ce pain, je crois que je reçois le Christ ; sinon je n'ai reçu que du pain. Un catholique aura tendance à dire : ce ne sont pas mes états d'âme qui rendent le Christ présent ou absent. C'est vraiment lui qui se donne ainsi à moi réellement. Il est donc grave de ne pas l'accueillir avec foi.

Dans la liturgie orthodoxe, avant de communier, les fidèles disent :

« Je crois que ceci est vraiment ton Corps. Je ne te donnerai pas le baiser de Judas, mais comme le larron je te confesserai. Souviens toi de moi dans ton Royaume »

.

 

Vous me demandez en conclusion un « mot de la fin ». Avec l'apôtre Pierre, oserai-je dire :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Jean 6.68.

 

Retour vers "Huit manières de comprendre Jésus-Christ"
Retour vers "Nouveautés"
Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.