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Dialogue interreligieux

 

Kousalya Seethapathy


Inde

les Dalits-intouchables

 

Cette Indienne de 56 ans
lutte pour les droits et l'éducation des Dalits
appelés aussi intouchables

 

Fanny Bijaoui

 

25 juin 2010

C'est un petit bout de femme tout sourire qui nous accueille dans un café de la capitale en ce mois de mai. A peine vêtue d’un sari, le vêtement traditionnel des femmes indiennes, Kousalya Seethapathy semble un peu surprise par la fraîcheur du printemps parisien. À l'écouter raconter sa vie, on réalise à quel point son parcours a été semé d'embûches et que seule sa volonté lui a permis de venir à bout des préjugés. Une femme d’exception qui a consacré sa vie à la défense des Dalits, ces « opprimés » de la caste des intouchables qui ont longtemps subi des discriminations dans leur pays. Un engagement a priori étonnant puisque Kousalya Seethapathy est née dans la caste haut placée des « Shadriya » les propriétaires terriens.

Mais dans la société indienne divisée en classes socio-religieuses, haut placée ne signifie pas être riche ou éduquée. « Je suis née dans un village isolé, à 50 kilomètres de la ville de Chennai dans le sud de l'Inde. Durant mon enfance, je n’ai jamais vu un bus ou une voiture. Dans ma famille, le rôle des femmes se limitait à servir les hommes. » C'est sans doute le refus de sa condition sociale qui a poussé Kousalya à entrer en résistance.

 

Père progressiste

Poussée par son père, un propriétaire progressiste et visionnaire, Kousalya est la seule fille de son village à aller à l’école. Chaque matin, du haut de ses cinq ans, elle parcourt les 20 kilomètres qui la séparent de l'école, à vélo, sous les regards ébahis des villageois. A treize ans, elle intègre un pensionnat de jeunes filles à Chennai. « Mon père a vendu ses terres pour payer ma scolarité. Très vite, il est devenu la risée du village. Les gens ne comprenaient pas pourquoi il me payait des études au lieu d'économiser pour m’offrir un beau mariage. Ils le croyaient fou. » À seize ans, faute de moyens financiers, elle est contrainte d’arrêter ses études. De retour dans son village, elle subit les quolibets des habitants et vit mal les règles imposées par ses oncles aux femmes de sa famille.

Déterminée à quitter ce milieu oppressant, elle postule pour devenir institutrice dans une école pour Dalits, mais trouve, là aussi, porte close : « A mon arrivée, personne ne voulait de moi car je venais d'une caste supérieure. A force de détermination, le directeur de l'école a finalement accepté de me tester avec une mission difficile : récupérer des terres volées au Dalits. J'ai pris ce travail comme un challenge. C'était l'occasion de prouver ma bonne volonté et d'œuvrer pour les nécessiteux. »
Avec l'aide de son père, Kousalya parvient à défendre les droits des intouchables et à leur rendre leurs biens. Un militantisme qui lui vaudra d'être arrêtée un jour par la police, avant d'être relâchée.

Riche de cette expérience humaine, Kousalya intègre la Rural Community Developement Association (RCDA) qui lutte pour le droit des Dalits. C'est là qu'elle rencontre Martin, son futur mari, fondateur de l'association et travailleur social diplômé. « Au départ, nous étions seulement amis, puis nous nous sommes rapprochés. Il m'a demandé plusieurs fois de l'épouser, mais je lui répondais toujours non. Je ne pouvais pas me permettre de tomber amoureuse : nous n'étions ni de la même caste ni de la même religion puisqu'il était chrétien et moi hindoue. Après l'avoir fait attendre quatre ans, j'ai enfin accepté de devenir son épouse. Mon père a été le seul à me soutenir et à me donner son accord en me disant : "C'est ta vie." Nous nous sommes mariés en 1977 avec pour invités mon père et mes six frères et sœurs. Un prêtre français m'a baptisée et a célébré le mariage religieux. »

Un mariage sobre, bien loin des festivités auxquelles auraient pu prétendre Kousalya si elle s'était mariée avec un homme de sa caste. Comme elle s'y attendait, elle est aussitôt rejetée par sa communauté aux yeux de qui elle a commis l'irréparable. « Pour les habitants du village où j'avais grandi, j'étais le diable personnifié : j'avais fait des études, j'étais mariée avec un Dalit et j'avais renié ma religion.
Je n'étais plus invitée aux fêtes traditionnelles et je n'avais plus aucun rôle social, tout comme mes parents d'ailleurs. Mon mari a subi le même sort au sein de sa communauté. Pourtant, ces épreuves m'ont rendu plus forte. En luttant pour ma dignité, j'ai œuvré pour tous ceux qui étaient dans le besoin. J'ai compris que ma religion était d'apporter aide et secours aux plus démunis. »

En 1977, elle supervise pendant deux ans, sous l'égide du gouvernement indien, un programme éducatif destiné aux enfants des rues. C’est la première femme à accéder à cette responsabilité. Puis, Kousalya rejoint l'ONG suédoise Swallows, membre d'Emmaüs International.
Elle y défend, au côté de son mari, les droits des agriculteurs, des enseignants et de tous les pauvres, quelle que soit leur caste. Un engagement qui vaut au couple menaces et intimidations de la part de la police indienne. Craignant pour la vie de son époux, Kousalya l'encourage à partir pour les Pays-Bas. Il y restera pendant un an avant de revenir dans son pays grâce aux pressions de l'ONG Swallows sur le gouvernement indien.

 

Changer les mentalités

En 1980, la RCDA devient Village Community Development Society (VCD). Après des années d'un militantisme acharné, VCD devient membre d'Emmaüs International en 1993. Un mouvement qui compte plus de 300 organisations membres dans 36 pays et qui développe des activités économiques et de solidarité avec les plus pauvres.
« Grâce au soutien financier d'Emmaüs, nous avons conçu des programmes éducatifs pour 1200 enfants, d'accès à l'eau et de soutien à l'agriculture. Nous permettons aussi aux femmes d’acheter une maison à leur nom grâce au microcrédit. Trente personnes travaillent au quotidien sur le terrain pour veiller à la bonne marche de nos projets. »

Depuis 2003, Kousalya Seethapathy est secrétaire adjointe au Comité exécutif d'Emmaüs International. Sa seule fierté est d'avoir réussi à changer les mentalités. En effet, si les castes sont fortement ancrées dans la culture indienne, l'État indien a mis en place des lois qui punissent la discrimination de castes et la police veille à la protection de chacun, quelles que soient ses origines sociales. Et de sourire : « À chaque fois que j'ai des difficultés, je pense à l'abbé Pierre, cet homme exceptionnel qui s'est engagé à servir en premier le plus souffrant. »

 

Réforme
24 juin 2010

 

 

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