Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

 

Dialogue interreligieux

 



Le cœur de la France
ne peut pas battre
au rythme du pouls d’Israël


 

Jean-Michel Rosenfeld

vice-président du Cercle Bernard Lazare et conseiller du président de la Fondation Jean Jaurès

 

 

Article paru dans l'hebdomadaire Réforme du 19 novembre 2009

 

 

23 novembre 2009

Le soutien des juifs de France en faveur de l’État d’Israël peut-il être considéré comme excessif ?
Oui. Toujours prêts à dire qu’Israël a raison, ils versent dans une solidarité sans condition et sans y prendre garde glissent vers une forme de communautarisme.

Comme tous les Français juifs, je suis attaché à Israël : j'estime que ce pays a le droit de vivre en sécurité et j'ai condamné, voici quelques années, l'attitude de certains médias qui, selon moi aussi, critiquaient davantage Israël que les exactions des Palestiniens. Cela me laisse libre, même en tant que juif, de critiquer la politique d'Israël - tout comme je mettais en cause la politique menée par George Bush junior - sans passer pour un renégat. Un Israélien, délégué de Ha-Shomer ha-Tzaïr, mouvement de jeunesse sioniste et socialiste, a récemment déclaré, lors de son passage à Paris : « Nous sommes gouvernés par une bande de cinglés. » Il a par ailleurs ajouté que l'extrême droite ultranationaliste participait au gouvernement du pays. Cela n'en fait pas un traître à sa patrie. Je me sens donc autorisé à donner mon point de vue, moi aussi.

Au lendemain de la guerre des Six Jours, le général Moshe Dayan avait dit à Jean Daniel, du Nouvel Observateur : « Tu vas voir, on va faire une occupation exemplaire. » Hélas, l'Histoire montre qu'il n'y a pas d'occupation exemplaire : l'occupant gère un territoire qui n'est pas le sien, l'occupé se sent toujours sous domination et privé de liberté.


Une forme d'aveuglement

Hélas, bon nombre de juifs de France refusent de l'admettre. Certes, ils affirment qu'ils sont pour la paix - qui pourrait dire le contraire ? Mais contrairement aux juifs américains qui soutiennent l'idée qu'il faille créer deux États pour deux peuples, un principe également soutenu par le mouvement israélien « La Paix maintenant », beaucoup de juifs de France se comportent comme des supporteurs inconditionnels.

Toujours prêts à dire qu'Israël a raison, qu'il ne se livre à aucune exaction, qu'il fait la guerre en respectant les droits de l'homme, ils tiennent des propos lénifiants.Ils hurlent comme des veaux « Israël vivra, Israël vaincra », sur les Champs-Élysées ou à Deauville, au moment des fêtes organisées pour célébrer l'indépendance d'Israël et par ailleurs se prélassent, sans grand risque, sur les plages d'Eilat comme s'ils étaient dans une galerie marchande. Ils préfèrent l'ostentatoire à l'authentique.

Plus grave, ils couvrent d'insultes le journaliste de France-Télévision Charles Enderlin, pourtant israélien et qui a participé à trois guerres pour son pays, au prétexte qu'il présente l'actualité du Proche-Orient avec un vrai souci d'honnêteté. Yossi Beilin, ancien ministre d'Ehud Barak et l'un des rédacteurs israéliens du protocole de Genève, a dit que lorsqu'il venait parler devant les juifs de France il ne se sentait pas à l'aise parce qu'il avait le sentiment d'être jugé. J'ajouterai enfin que des représentants d'institutions juives se sont parfois présentés comme les porte-parole d'Israël, au point que Nissim Zvili dut un jour rappeler que c'était lui le véritable ambassadeur d'Israël en France.

Je conçois que des juifs de France ayant de la famille en Israël se sentent impliqués par les conflits, mais je ne vois pas pourquoi ils devraient tomber dans une forme de nationalisme exotique, à employer le « Nous » quand ils parlent des habitants d'Israël. Signataire de bon nombre de pétitions en faveur de la libération de Gilad Shalit, je ne le désigne pas comme « notre » soldat, même s'il dispose de la nationalité franco­israélienne. J'appartiens à un cercle de réflexion qui regarde la situation avec un œil français, c'est-à-dire en tant que juifs de la diaspora. Les juifs de France doivent comprendre que le cœur de la France ne peut pas battre au rythme du pouls d'Israël et que leur attitude inconditionnelle entraîne un certain nombre de dérives dangereuses.

Je repère d'abord la menace du « communautarisme ». Dans de nombreuses synagogues, la prière pour la République française, instituée au XIXe siècle et qui était prononcée chaque semaine, est désormais oubliée. Les juifs de France ne sauraient sans dommage oublier ce qu'ils doivent à leur pays. D'ailleurs, durant la Seconde Guerre mondiale, c'est dans ce pays qu'un tiers d'entre eux seulement ont été arrêtés et envoyés dans les camps. C'est beaucoup trop bien entendu, mais cela distingue la France de la Belgique ou de la Hollande où presque tous les juifs ont été déportés.

Je note par ailleurs que la ferveur populiste s'exprime d'une manière inconsidérée. Ainsi, lorsque la justice s'est prononcée contre Youssouf Fofana, le meurtrier du jeune Ilan Halimi, certains juifs n'ont pas mesuré les conséquences de leurs réactions. Bien entendu, j'ai moi aussi été choqué par ce crime atroce et j'ai défilé en faveur de la famille de la victime ; j'ai moi aussi considéré que la justice avait été trop clémente à l'égard du coupable et de ses complices. Mais je pense qu'il existait d'autres manières de s'exprimer qu'en faisant pression sur la justice, contraignant la garde des Sceaux, Michelle Alliot-Marie, à agir sous le coup d'une pression populaire très manipulatrice. Ce comportement, je n'hésite pas à le dire, était proprement antirépublicain.

Je remarque ensuite que des juifs de France, également emportés par leurs élans inconditionnels, cherchent à exploiter le phénomène de la Shoah à des fins tactiques. En tant que survivant de l'époque, je ne peux que m'insurger contre ce détournement de la mémoire. Bien sûr, au lendemain de la guerre, les opinions publiques mondiales étaient globalement favorables à la cause de la création de l'État d'Israël, du fait des atrocités endurées par les juifs d'Europe.

Même si on le regrette, il faut le reconnaître. Comme l'a dit au cour d'une cérémonie Élie Barnavi, ancien ambassadeur d'Israël en France : « Les victimes de la Shoah ont eu une grande responsabilité dans la création de l'État d'Israël, et bien souvent malgré elles» Mais que certains juifs instrumentalisent ce drame en commentaire des conflits du Proche-Orient me paraît décalé.

Je constate enfin que certains juifs de France manifestent à l'égard des Arabes et des musulmans une incroyable hostilité. Je ne parle pas ici des représentants des institutions juives qui ont au contraire, et depuis longtemps, le souci de maintenir un dialogue constructif avec les musulmans de notre pays. Mais de nombreux citoyens qui, confondant tout, s'en prennent aux Arabes et musulmans de France comme s'ils étaient les agents du Hamas. Il m'est arrivé d'entendre récemment une femme médecin me dire : « Je ne donne pas d'argent à la Croix-Rouge parce que je sais que cela ira aux Arabes» D'autres m'ont affirmé que les Arabes ont remplacé les nazis. Je ne peux que m'élever contre de tels propos, qui freinent la compréhension mutuelle des Français et nourrissent le ressentiment. Une grande part des musulmans de France ne demandent qu'à nous connaître mieux. Ne les rejetons pas par des préjugés condamnables. Il en va de notre « vivre ensemble » et de l'unité de notre République.

 

Retour
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.