Éd. du Seuil
4 septembre 2009
Ce charmant petit livre initie de manière fort sympathique à la spiritualité juive. Il est peut-être un peu aride pour des enfants mais il séduira les adultes. En voici quelques passages qui donneront envie aux internautes de lire le tout.
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Page 37
Le texte de la Tora avec son nombre précis de mots, de lettres, de chapitres, de paragraphes et les règles d'interprétation ressemble à un terrain de foot avec des joueurs. Tant qu'on ne lit pas et que l'on n'interprète pas, il ne se passe rien. Et si on lit et qu'on n'interprète pas, c'est comme si les joueurs étaient sur le terrain et ne bougeaient pas ! Je caricature mais à peine ! La vérité du texte n'est pas telle ou telle interprétation ni la connaissance du sens de ses mots et de ses phrases.
Page 38
C'est l’histoire d'un homme a qui Dieu fait la faveur de lui accorder toute demande. L'homme dit : J'aimerais voir le paradis. Dieu l'emmène dans une petite ville et, dans cette petite ville, il y a une petite rue et au fond d'une petite cour il le fait entrer dans un Bèt-hamidrach, une « maison d'études ». L'homme regarde et voit des tables pleines de livres et des hommes et des femmes en train d'étudier, le visage rayonnant. L'homme est étonné et dit à Dieu : C'est ça, le paradis ? Mais sur terre ces hommes et ces femmes étudient de la même façon !
- Tu as raison, mais je vais t'expliquer : en fait, ces hommes et ces femmes qui sont là en train d'étudier ne sont pas au paradis, c'est le paradis qui est en eux !
Page 109
- Il n’y a pas une loi qui ordonne de croire en Dieu ?
- Non. Il n'y a pas d'obligation de croire en Dieu. Quand on parle de Dieu, même si on trouve un verset qui parle de l'amour envers Dieu, ce ne sont pas des sentiments qui sont demandés, mais des actions et des préceptes à accomplir. Dans le texte célèbre intitulé Chema Israël, appelé à tort la « profession de foi du juif », il est seulement interdit de commettre l'idolâtrie : « Écoute, Israël : YHVH notre Dieu est le seul YHVH ! » On peut très bien être athée ou agnostique en proclamant cela !
Page 112
Le Dieu de la Tora est d'abord la révélation d'un nom et en fait de plusieurs noms : El, Élohim, Chadai; YHVH, Adonai; Éhyé, etc. On ne peut pas entrer ici dans le détail de la signification de chacun de ces noms, mais je voudrais souligner la particularité de l'un d'entre eux, celui qu'on appelle le « tétragramme » : YHVH. Ce sont quatre consonnes sans voyelles dont on ne connaît pas la prononciation. Un nom qui est comme un silence, une énigme, qui invite à dire d'autres choses, qui invite à parler, à l'humilité de ne pas savoir, à chercher, à sortir de soi. Ce que le poète Christian Bobin dit à sa façon : « Dieu, c'est le nom de quelqu'un qui a des milliers de noms. Il s'appelle silence, aurore, personne, lilas, et un tas j'autres noms, mais ce n'est pas possible de les dire tous, une vie entière n'y suffirait pas, et c'est pour aller vite qu'on a inventé un nom comme celui-là, Dieu, un nom pour dire tous les noms, un nom pour dire quelqu'un qui est partout, sauf dans les églises, les mairies et les écoles et tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une maison. »
- C'est de la poésie !
- Les poètes, ou les amoureux, sont ceux qu parlent le mieux de Dieu. C'est un peu comme avec l'amour : on ne sait pas vraiment ce que c'est, mais on en parle beaucoup. On le ressent et on emploie des mots pour exprimer ce qu'on ressent et pour essayer de le partager. On espère Dieu comme on espère l'amour, et quand on rencontre l'amour, alors on sait que Dieu est un peu plus proche...
page 116
- Et le dernier personnage de la Tora ?
- C'est Moïse. Le texte de la Tora se termine précisément par le récit de sa mort. Il aurait vécu cent vingt ans et donc, selon le Talmud (la loi orale du judaïsme), on peut décomposer sa vie en trois périodes de quarante ans :
• De la naissance au meurtre d'un garde égyptien : 1393-1353.
• De la fuite à Madian, où se passe l'épisode du buisson ardent, jusqu'au retour en Égypte : 1353- 1313.
• De la sortie d'Égypte à l'arrivée au seuil de la Terre promise et sa mort sur le mont Nébo : 1313- 1273.
- Du XVIIIe siècle (Abraham) au XIIIe siècle (Moïse), on a donc cinq siècles !
- Exactement. Cinq siècles comme...
- Les cinq livres de la Tora !
- Bravo ! Cependant, il faut faire attention : ces dates sont des hypothèses, et elles peuvent varier d'un siècle, voire plus. Pour les historiens actuels, l'histoire d'Abraham à Moïse s'est passée à peu près à cette époque : entre 2000 et 1200 avant notre ère. Mais sur ce qui s'est « réellement » passé, les historiens divergent beaucoup : pour les uns, ce sont de pures légendes ; d'autres estiment au contraire que, sous ces légendes, il y a un fond de vérité historique important.
Page 123
- J'ai entendu dire que, selon les juifs, le monde a été créé il y a cinq mille ans environ.
- Le calendrier hébreu donne la date précise de ce « commencement du monde » : il se situe en 3760 avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire il y a 5 769 ans ( 1 ) !
- Précisément ? ?
- Oui, précisément ! Pourquoi cette année ? Ce choix correspond sans doute à une volonté de faire commencer le monde à une période de maturation de la civilisation, ou de maturité à laquelle est parvenu un homme qui déjà pense, sent et vit comme l'homme lisant les récits de ce livre. Autrement dit, on est à la fin de l'époque chalcolithique ( 2 ) et contemporain de l'âge du bronze ancien. Après Homo erectus et Homo habilis, que les scientifiques font naître il y a bien plus longtemps, apparaît Homo sapiens il y a environ deux cent mille ans. La Tora le fait naître, comme nous l'avons vu, à quelques encablures des premiers mots de la Création, quelques versets après le célébrissime « Au commencement » .
- À quoi correspond cette date de 3760 av. J.-C. ? Et comment a-t-elle été calculée ?
- Elle a été calculée très facilement puisque la Tora dresse la généalogie de tous les personnages et donne le nombre d'années de la vie de chacun, ainsi que l'âge des enfants au moment de la mort des parents. En lisant le texte patiemment, on obtient un nombre d'année précis, qui est aujourd'hui (2009) de 5 769.
- Mais la science ne dit-elle pas aujourd'hui que le monde est âgé de plusieurs milliards d'années ?
- En effet. Mais la question est : Que faire avec ce que dit le texte de la Tora une fois qu'on sait cela ? Beaucoup d'interprètes ont essayé de concilier science et Tora en donnant aux six jours de la Création des durées plus amples que nos vingtquatre heures. Par exemple, certains disent que chaque jour représentait plusieurs millions ou milliards d'années. Mais c'est une erreur de chercher cette conciliation. La Tora n'est pas un livre de sciences, ni d'astronomie, ni de biologie, etc., même si on trouve en filigrane des traces de nombreuses sciences connues à l'époque.
La Tora vient raconter autre chose. Elle marque le début d'une nouvelle période du monde, d'un nouvel âge de la civilisation humaine. Et le fait que tous ces commencements ont lieu en Mésopotamie aurait dû alerter les chercheurs. En effet, réfléchissons : que se passe-t-il en Mésopotamie ? Pourquoi commencer le récit de la Tora en ce lieu précisément, et non pas en Égypte - qui est aussi un lieu très important pour le récit de la Tora ? Ou mieux encore : pourquoi pas en Grèce ? C'eût été une possibilité.
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( 1 ) En comptant vers l'arrière à partir de 2009.
( 2 ) - 4000 à - 2000. Le nom « chalcolithique » a été forgé par les préhistoriens à partir des racines grecques khalkos (cuivre) et lithos (pierre). Ainsi, le chalcolithique désigne la « période où un outillage principalement en pierre peut être complété par des objets en cuivre », ce qui est caractéristique, en archéologie, de certaines cultures ayant existé à la fin du néolithique ou au début de l'âge du bronze.