24 mars 2009
mis à jour le 11 février 2013
« Le pape Jean-Paul II disait la même chose que Benoît XVI mais, fait-on remarquer, cela passait mieux ». Dès sa mort, on voulait même le canoniser sans attendre, alors qu’on suggère aujourd'hui que Benoît XVI pourrait bien s’en aller tout de suite, sans attendre !
Mais personnellement je ne trouve pas que Jean-Paul II passait bien.
Les divorcés étaient privés de communion, le contrôle des naissance était mal vu, les IVG tout à fait exclues, même dans les cas de viol et de danger de mort pour la mère. Les prêtres ne pouvaient toujours pas se marier, ni les femmes devenir prêtres ou évêques. Même les filles n’étaient plus enfants de chœur ! Les homosexuels étaient mis à l’index. Les théologiens les plus ouverts étaient interdits : Eugen Drewerman, Jacques Pohier, Paul Vimort, Louis Evely, Hans Küng... La presse catholiques et les librairies ne pouvaient pas débattre des grandes questions comme l’euthanasie, l’IVG, le mariage des prêtres, le sens de l'eucharistie, le dogme de la Trinité ou... l’autorité du pape !
Les théologiens de la Libération, espoir des pauvres d’Amérique latine, Gustavo Gutierrez, Leonardo Boff, Don Helder Camara et tant d’autres étaient rembarrés. Les catholiques les plus progressistes et ceux qui avaient des idées de gauche quittaient l’Église sur la pointe des pieds. L’œcuménisme avec les protestants se réduisait à une peau de chagrin.
Jean-Paul II, sous son allure très assurée, était évidemment aussi effrayé que l’est aujourd’hui Benoît XVI, par la mutation de la société et notamment par les profonds changements qu'on constate actuellement dans le paysage catholique et dans les conceptions religieuses des hommes d'aujourd'hui.
Benoît XVI, en suivant ses traces, pense probablement qu'en se concentrant sur les conceptions les plus traditionnelles, il lèguera aux générations qui viennent une Église, certes peu sympathique et qui n'aidera guère les gens à vivre, mais au moins qui ne risquera pas de perdre son identité dans les idées modernes.
Je crois que c'est un calcul tout à fait faux et qui amène en réalité l'Église catholique à imploser mais le Vatican a peur...
Bien sûr, on trouve aussi des idées semblables dans le protestantisme, des gens qui prennent des positions très conservatrices, prônent un système autoritaire, se cramponnent à des doctrines toutes faites au mépris même de la foi, récusent toute attitude critique et libre et s’efforcent de marginaliser les libéraux qui ne leur semblent plus être de véritables enfants de Dieu.
Mais nos Églises ne sont pas centralisées comme l’Église romaine. Aucune tendance ne peut parvenir à prendre réellement le pouvoir. Aucune autorité ne peut vraiment légiférer de manière absolue et indiscutable. Les chrétiens d’aucun pays ne se voient imposer des pensées venant d’un autre continent.
Bien sûr on trouve aussi dans le protestantisme des conceptions éthiques conservatrices et rigides reflétant plus une théologie doctrinaire traditionnelle qu’une compassion fraternelle semblable à celle que montrait Jésus-Christ. Chez nous aussi certains affirment que les règles morales d’autrefois relèvent directement de la volonté de Dieu et oublient d’ouvrir les yeux sur la misère de leurs contemporains pour chercher avec eux la voie la plus humaine, celle qui procure le moins de souffrance.
Mais nos Églises enseignent que l’Esprit de Dieu dans sa diversité peut prendre des chemins auxquels nous ne pensions pas et aucun de nous ne se permet de croire qu’il a le monopole de la vérité et connaît personnellement la volonté définitive et absolue de Dieu !
C’est pourquoi je ne pense pas que la démission de Benoît XVI et son remplacement par un autre pape aux opinions plus sympathiques règlerait réellement les problèmes de l’Église catholique. Seule la liberté de penser et de se conduire, seule une décentralisation des organes de réflexion dans l’Église peut permettre l’épanouissement des spiritualités chrétiennes – et ceci est sans aucun doute valable pour les spiritualités musulmanes, juives, hindoues et bouddhistes...
Déjà en 1366, sous l’influence du pré-réformateur John Wickliffe, le Parlement de Londres avait voté la déclaration suivante :
Ou c’est Édouard qui est roi, ou c’est le pape Urbain qui est roi.
Nous acceptons Édouard d’Angleterre et nous rejetons Urbain de Rome.
.
Si j'étais pape
J'organiserais immédiatement des élections démocratiques parmi les chrétiens de toutes les dénominations : catholiques, protestants, orthodoxes, évangéliques. On nommerait une cinquantaine ou un centaine de députés qui s'organiseraient en Assemblée Générale, éliraient (pour 4 ans) son bureau, son président, son vice-président, son trésorier, son secrétaire, afin de gérer les problèmes communs aux différentes Églises.
L'Assemblée Générale et le Bureau s'interdiraient de prendre des positions doctrinales ou éthiques excluant ceux qui pensent autrement.
J'organiserais une presse régionale et mondiale libre et ouverte où toutes les questions seraient librement débattues.
L'Assemblée Générale aiderait toutes les Églises à vivre et à développer leurs idées. Chaque Église, chaque paroisse aurait la liberté, après en avoir débattu de manière démocratique, d'avoir des prêtres femmes, évêques, homosexuels, de marier les homosexuels, de pratiquer ou non tel ou tel sacrement.
L'Assemblée Générale aurait une attitude assez libre pour établir des contacts sympathiques avec les autres religions, sans esprit de domination, sans prétention, de façon que les autres croyants puissent se détendre, arrêter de dire et de croire qu'ils ont la seule vérité et que tout le monde puisse se rencontrer en respectant la manière d'être et de croire de chacun.
De cette manière je ne resterais « pape » que quelques jours, le temps de démarrer ce mouvement et je disparaîtrais automatiquement.
En effet je crois qu'il ne faut pas de pape.