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Le salut par la grâce

non par les œuvres de la Loi

les juifs et les musulmans


 

Gilles Castelnau

 

 

18 février 2009

Michée 6.8
On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien
Et ce que l'Éternel demande de toi,
C'est que tu pratiques la justice,
Que tu aimes la compassion,
Et que tu marches simplement avec ton Dieu.

 

Éphésiens 2
8 C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie.
11 C'est pourquoi, vous autrefois païens dans la chair, appelés incirconcis par ceux qu'on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l'homme, souvenez-vous que vous étiez en ce temps-là sans Christ, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde.  Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui étiez jadis éloignés, vous avez été rapprochés par le sang de Christ.
19 Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu.

 

Nous connaissons tous des musulmans et des juifs, nous les fréquentons, ils sont souvent dans nos familles par mariage, par cousinage. Nous échangeons avec eux et nous évoquons parfois la religion.
Les musulmans nous parlent ramadan, abstention de porc, viande hallal. Les juifs chabbat, Jérusalem, port de la kippa...

- On peut prendre à leur égard une attitude négative et dénigrer leur foi en affirmant que notre christianisme est « le chemin, la vérité et la vie ».

- On peut aussi les récupérer en disant que malgré bien des errements ils ont en eux le fondement chrétien qu’ils ignorent et qu’un jour ils reconnaîtront.

- Mais on peut aussi, et c’est ce que je propose, prendre une attitude pluraliste faite de respect, de fraternité, de curiosité mutuelle, de débat fraternel, de polémique courtoise même, ce qui permettra dans un second temps de communier peut-être dans une fraternité spirituelle à l’image de ce que nous avons fait au temps de l’œcuménisme entre catholiques et protestants.

Les musulmans et les juifs nous déconcertent avec leurs rites et leurs coutumes tellement matériels mais nous savons bien qu’au fond c’est Dieu et sa présence incompréhensible à l’esprit humain qu’ils recherchent et dont ils se rendent conscients par les règles de la Loi auxquelles ils se soumettent.

Nous réagissons en affirmant que Jésus a promu une importante réforme religieuse en revenant à la spiritualité des anciens prophètes d’Israël, Michée, Esaïe, Osée, Amos qui vivaient de l’enthousiasme entraîné par la présence dynamique et apaisante de Dieu parmi les hommes et ne mentionnaient jamais les multiples prescriptions alimentaires, rituelles et autres qui seront développées après l’Exil à Babylone, notamment dans le livre du Lévitique et sur lesquelles les Pharisiens ont basé leurs conceptions.
C’est ainsi que le premier « signe » accompli par Jésus commençant son ministère dans l’évangile de Jean est de changer en bon vin de noces les jarres d’ « eau destinée aux ablutions rituelles des juifs ». Quel programme !

Il est vrai que l’observance d’une loi rituelle en créant une différence avec les autres gens, rapproche les fidèles les uns des autres, de Moïse - ou de Mahomet - et... de Dieu. Cela constitue une communauté certainement sécurisante, apportant un soutien mutuel, donnant l’assurance d’être dans la vérité. On se reconnaît, par exemple lors du pèlerinage de La Mecque frères et sœurs, tous vêtus de la même robe blanche, sans distinction de nationalité, de niveau social ou de couleur de peau.
Deux dames causant ensemble un dimanche sur le quai du RER se disaient : « nous ne sommes pas allées à la messe et pourtant nous sommes bien catholiques et françaises » ! Cette identité religieuse et même nationale se recrée instinctivement.

Mais Paul, le grand théologien de la rupture des commandements de la loi rituelle était un mystique qui vivait en communion avec dieu. Dans I Corinthiens 13 lorsqu’il écrit « si je n’ai pas la charité je ne suis rien » il pense au Dieu d’amour, de chaleur, de renouveau, d’espérance, de vie., à la présence bienfaisante que chacun puise au plus profond de lui-même.
Paul, avant sa conversion, lors de ses débats houleux avec les disciples de Jésus qu’il persécutait, a découvert que son attachement à la Loi n’était pas forcément un attachement à Dieu mais à cette identité particulariste qui le rendait différent des autres hommes.
En écrivant Éphésiens 2, il se sent intégré non plus seulement au peuple juif mais au monde entier. La « communauté juive » disparaît à ses yeux pour devenir la communauté du monde entier, juifs et grecs ensembles.
Il existe certainement toujours des fidèles juifs ou musulmans, catholiques ou protestants, mais il n’existe plus de « peuple de Dieu » juif, musulman, catholique ou protestant.
L’identité créée par le Christ ne se fonde plus sur un particularisme ethnique, l’obéissance religieuse mais sur l’amour de Dieu gratuit et offert à tous, dans la participation enthousiaste au Dessein du dynamisme créateur.
Puiser en soi la force, la paix, la fraternité nous rapproche des autres : nous sommes tous ensemble embarqués dans la même barque : le commandement d’amour nous intègre à la société tout entière des « hommes de bonne volonté » comme disait l'ange de Noël, juifs, musulmans, athées, bouddhistes.

Comme les deux dames sur le quai du RER la tendance existe certes de reconstituer des règles identitaires.
En rapportant la parabole du Pharisien et du péager (Luc 18), l’évangéliste Luc ne met pas dans la bouche du Pharisien la prière que l’on aurait pu s’attendre à y trouver :
« Je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui mangent du porc, négligent le chabbat et les prières »
Mais, s’adressant sans doute à ses propres paroissiens qui reconstituaient des règles identitaires, il fait dire au Pharisien (devenu dès lors un « Pharisien chrétien » :
« Je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. »

Le mouvement de la Réforme protestante se démarque des catholiques par une affirmation forte du salut par la grâce et non par les œuvres de la loi en refusant de considérer comme caractéristique de la fidélité à Dieu la récitation du credo de Nicée-Constantinople, la fidélité aux conciles aux pape, à l’Église, la foi en la « présence réelle » dans l’eucharistie, toutes choses qui si on les abandonne nous rendrait indignes du titre de véritable Église.
Un ami prêtre me disait que Dieu voyait sans aucun doute une différence entre l’eucharistie qu’il célébrait en union avec la Succession apostolique et la cène que je célébrais.dans la liberté protestante.

Les évangéliques établissent également un clivage net en considérant comme obéissance indispensable à la volonté de Dieu la confession de Jésus-Christ comme Fils de Dieu et comme son sauveur personnel, la rédemption du péché originel par le sang de la croix du Christ et le baptême adulte.

Il est vrai que le disciple de Jésus a perdu tout mur de protection face à ses contemporains. Il a perdu l’assurance d’être « juste » qu’apporte le respect de la Loi, le sentiment d’être « dans le vrai ».
Le chrétiens attaché au « salut par grâce par le moyen de la foi » a perdu toute identité particulariste. Le seul « commandement » que Jésus nous a laissé est d’aimer Dieu et son prochain. Mais qui peut affirmer être pleinement fidèle à cet idéal ? Le chrétien est devenu - et c'est bien - comme tout le monde.

 - Quelle garantie ai-je d’être véritablement enfants de Dieu ? Aucune !
 - Sur quelle fidélité puis-je fonder mon identité religieuse ? Sur aucune !
 - Dois-je respecter des prescriptions alimentaires ? suivre des règles de prières ? Non !
 - Dois-je adhérer à tel ou tel article de foi bien précis ? Non !
Notre seule garantie est cet élan qui monte en nous, cette paix qui nous envahit lors de la prière, de la méditation, de la lecture de la Bible, cette ouverture aux autres qui nous est toujours rappelée.

Ceci étant bien clair, que sera notre relation interreligieuse, notre dialogue pluraliste ?
Nous ne serons pas de ceux qui se caractérisent par leur refus du ramadan ou du respect du chabbat : ce serait reconstituer des règles à l’envers !
Ce que nous avons à partager avec nos partenaires, juifs ou musulmans - qui sont nombreux à être libéraux et ouverts, heureux d’un contact spirituel fraternel - pour que la communion spirituelle s’établisse dans le pluralisme respectueux et curieux c'est de parler de notre vie telle qu’elle est, avec ses joies et ses peines, ses lumières et ses obscurités, dans l'épaisseur de nos souffrances, de nos douleurs, de nos tristesses, de la mort même. 
Nous avons tous pareillement les mêmes problèmes humains, les mêmes désirs de vie et les mêmes angoisses existentielles. Et nous avons tout pareillement quelque chose, qui monte en nous du plus profond de notre âme, une certaine présence, une force qui nous rend capables d’affronter la vie et de rester humains, souriants et fraternels : DIEU !

 

 

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