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Amy-Jill Levine

Interview publiée dans le Sunday Herald, journal du Sud Mississipi

 

Le professeur Amy-Jill Levine est une femme juive américaine qui enseigne le Nouveau Testament à la faculté de théologie protestante de l'université Vanderbilt.

Elle est auteur de The Misunderstood Jew : The Church and the Scandal of the Jewish Jesus (HarperSanFrancisco ; $24.95) « Le Juif incompris, l'Église et le scandale du juif Jésus ».

 

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Question. Vous écrivez que Jésus peut être un pont entre les mondes juif et chrétien ?

Réponse. Je pense en effet qu'aujourd'hui Jésus pourrait être plutôt un pont qu'un fossé entre l'Église et la Synagogue. Après tout il faisait partie des deux.
Je m'exprime en tant que juive, membre d'une synagogue orthodoxe. Quand je lis les paraboles de Jésus et une grande partie du Sermon sur la Montagne (Évangile de Matthieu, chapitres 5 à 7) j'y rencontre toute ma propre tradition juive enracinée dans ce que les chrétiens appellent l'Ancien Testament et les traditions rabbiniques.
Et j'aime la retrouver dans les mots de Jésus car il est maître dans l'art de communiquer les vérités les plus fondamentales.

 

Question. Dans quelle mesure est-ce que découvrir l'enseignement de Jésus « avec des yeux et des oreilles du 1er siècle » peut aider les chrétiens à mieux comprendre leur foi ?

Réponse. Il est essentiel pour les chrétiens de comprendre Jésus comme un juif du 1er siècle. Sa pensée devait être suffisamment profonde et ses paroles saisissantes pour amener les gens à tout quitter pour le suivre. Il devait être suffisamment provoquant et dangereux pour que des gens aient voulu le tuer. Il est souvent présenté dans les églises comme trop familier, trop intime. Si on prend vraiment conscience à quel point ses paraboles étaient révolutionnaires, on est déstabilisé au point de se sentir obligé de les approfondir plutôt que de sourire pieusement et de chanter des cantiques.

 

Question. En quoi le fait de replacer les paraboles de Jésus dans leur contexte juif leur redonne une vie nouvelle ?

Réponse. Par exemple, lorsqu'on parle aujourd'hui de « bons Samaritains », on pense tout de suite aux automobilistes complaisants qui s'arrêtent sur la route pour vous aider à changer une roue. Mais à l'époque, les Juifs et les Samaritains étaient des ennemis. De nos jours, il faudrait penser à un Juif israélien agressé sur la route. Un membre du Parlement israélien le verrait sans s'arrêter pour le secourir. Un chrétien sioniste également. Le « Samaritain » secourable serait aujourd'hui un Palestinien du Hamas ! La parabole de Jésus prend un sens frappant.

 

Question. Vous écrivez que les chrétiens ont souvent des idées fausses à l'égard des juifs.

Réponse. La réalité des Juifs est fréquemment tout à fait ignorée... De plus il est très mauvais que les chrétiens abordent les juifs avec des sentiments de culpabilité, car ils ne sont pas responsables des persécutions du passé. De même, je ne crois pas qu'il soit bon pour les juifs de se présenter en victimes. Il est important que les rencontres entre juifs et chrétiens soient d'égal à égal.

 

Question. Vous êtes une juive orthodoxe et vous avez un doctorat de Nouveau Testament. Est-ce que cela vous permet de voir des deux côtés du mur ?

Réponse. C'est pour moi une vraie bénédiction. J'ai vécu mon enfance dans un chaleureux environnement de catholiques portugais. Mes parents me disaient que le christianisme était semblable au judaïsme, qu'on avait le même Dieu, qu'on croyait pareillement qu'il fallait aimer son prochain comme soi-même et que les chrétiens attachaient une grande importance à un Juif nommé Jésus. J'ai donc compris que juifs et chrétiens étaient cousins et je le pense toujours.
Et quand, à l'âge de 7 ans, j'ai rencontré l'antisémitisme, cela n'a rien changé pour moi.

 

Question. Que s'est-il passé quand vous aviez 7 ans ?

Réponse. Une petite fille m'a dit : « Vous avez tué notre Seigneur ». C'est, du moins, ce qu'elle avait retenu de son catéchisme. Je ne comprenais pas comment nos sympathiques cousins chrétiens pouvaient dire une chose pareille ! J'en ai été traumatisée. Mais, même alors, je n'ai jamais vraiment pensé que les chrétiens nous prenaient pour les damnés de la terre.

 

Question. Vous vouliez être pape...

Réponse. Je pense toujours que je ferais vraiment un excellent pape. Je ne suis pas catholique, je suis mariée, j'ai des enfants, je fréquente une synagogue orthodoxe et j'enseigne à plein temps dans le Tennessee dans une faculté de théologie protestante. Mais si cela n'est pas un empêchement, je suis prêtre à accepter d'être pape.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

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