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Le « filioque »

 

Jonathan Luxmoore et Gilles Castelnau



 article paru dans l’hebdomadaire anglican Church Times
le 9 août 2024

Jonathan Luxmoore


Traduction Gilles Castelnau


 21 août 2024

Les Églises luthériennes vont arrêter d’utiliser la formule « filioque » (le Saint-Esprit procède du Père « et du Fils ») dans le Credo de Nicée, afin de se rapprocher des Églises orthodoxes avant le 17e centenaire de ce Credo, en 2025, publié en l’an 325.

La Fédération Luthérienne Mondiale a déclaré en commun avec des représentants orthodoxes :

« Nous savons que c’est l’Église latine qui a inséré le Filioque dans le Credo de Nicée en opposition à l’hérésie de l’arianisme, plusieurs siècles après la rédaction du Credo et que l’Église orientale s’est toujours opposée à cet ajout. 
Dans un but de respect pour ce si vénérable texte, nous proposons d’en utiliser la rédaction originale en omettant le Filioque, dans l’espoir de participer ainsi à la réduction de nos divisions séculaires »

Cette déclaration a été publiée le week-end dernier au Caire, lors de la réunion de la Commission théologique luthéro-orthodoxe. Elle précisait que les protestants avaient « hérité de ce Credo contenant le mot latin de ‘filioque’ sans prendre conscience des problèmes soulevés. »

C’est à la fin du 6e siècle, que l’Église latine occidentale a incorporé le Filioque dans le Credo, que celui-ci est devenu d’un usage courant dans la liturgie romaine en 1014 et a contribué au Grand Schisme de 1054 entre les églises orientales (Constantinople et occidentale (Rome).

Ce sujet a été beaucoup débattu par la Commission luthéro-orthodoxe depuis sa fondation en Finlande en 1981.

La réunion plénière du Caire était présidée par le métropolite Kyrillos au nom du Patriarche œcuménique orthodoxe et par l’évêque allemand Johann Schneider au nom de la Fédération luthérienne mondiale basée à Genève. Des délégués orthodoxes d’Albanie, d’Alexandrie, d’Antioche, de Chypre, de Géorgie, de Grèce, de Pologne et de Serbie y ont participé, mais non pas de Russie en raison du conflit d’Ukraine.

[...]

 

 


Commentaire de Gilles Castelnau

 


On dit le « Saint-Esprit » pour désigner Dieu lorsqu’il fait monter en nous son Esprit, son Souffle de renouveau, son Dynamisme créateur qui se mêle à notre esprit humain pour nous rendre capables  d’affronter les force maléfiques qui nous tirent vers le bas.
• L’auteur du premier récit de la Création nous dit qu’à l’origine, c’est lui qui a rendu la terre habitable (et habitée) :
« La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. » (Genèse 1.2)

• Le prophète Ézéchiel donne aux Israélites une vision de renouveau de vie, promesse d’un Retour de l’affreux Exil de Babylone :
« L’Esprit entra en eux, et ils reprirent vie, et ils se tinrent sur leurs pieds : c'était une armée nombreuse, très nombreuse. » (Ez.37.10)

Il est à noter qu’en hébreu l’ « Esprit » ou « Souffle » désigne une présence féminine.

Naturellement le Nouveau Testament reprend et valorise cette notion du Saint-Esprit de Dieu en la mettant en relation avec le dynamisme de renouveau que révèle Jésus-Christ. L’Évangile de Jean dit même que Jésus a transmis ce souffle à ses disciples en leur « soufflant » dessus le jour de sa Résurrection.

 

Mais lorsque les courtisans de Charlemagne puis surtout les dirigeants ecclésiastiques et politiques du 11e siècle ont décidé de vitrifier cette formulation dans le « filioque » (le Saint-Esprit procède du Père et du Fils), les orthodoxes orientaux ont eu raison de refuser cette modification.

L’action créatrice de Dieu, par le Saint-Esprit, est universelle. Elle donne aussi vie et renouvellement aux animaux et aux plantes. Comme le dit le dernier verset du dernier Psaume de la Bible :

« Que tout ce qui respire loue l’Éternel » (Ps 150.6)

A celui qui lève les yeux au ciel pour s’ouvrir à l’espérance, on a, certes, raison de parler de l’œuvre de Jésus-Christ, de l’inviter à suivre la voie de renouvellement, d’encouragement, de force, qu’il nous a montrée.

Mais lorsque, dans sa détresse, il invoque le Dieu Krishna, sainte Rita la patronne des causes perdues ou « la force qui est au-dessus de nos têtes », peut-on vraiment penser que Dieu va répondre : « l’Esprit de renouveau passe obligatoirement par le Fils Jésus-Christ je ne m’occupe donc pas de cet hérétique » ?

 

En même temps que la doctrine du Filioque, les théologiens de l’Église catholique du Moyen-Age avaient décidé de 7 sacrements qui mettaient les fidèles au bénéfice de la Présence divine et tous étaient donnés « au nom de Jésus-Christ » ! (baptême, confirmation, eucharistie, réconciliation, onction des malades, ordination, mariage)

Ils avaient l’idée d’un Dieu qui ne plaisantait pas avec la rigueur des formulations de la liturgie et des dogmes de l’Église et ils excluaient ceux qui se marginalisent et qu’ils traitaient d’« hérétiques ».

On ne doit pas partager soi-même le pain de Dieu, il doit être distribué par un prêtre en ayant le pouvoir. On doit échanger son contentement de mariage en présence d’un prêtre qui enregistre alors, en souriant mais sans rire la présence perpétuelle de Dieu.

On ne doit pas dire « Allah » ou « Hachem », on doit dire « Jésus-Christ ».

(Je ne sais pas dans quelle mesure la spiritualité orthodoxe est plus libre que celle des catholiques, mais théoriquement elle l’est).

Les Réformateurs protestants du 16e siècle, en héritant du Credo de Nicée n’ont pas vu le problème dans la mesure où ils avaient annulé 5 des 7 sacrements catholiques, ne conservant que le baptême et la sainte-cène. Ce n’est que récemment que les Églises Réformées ont pris conscience du fait que l’on pouvait dissocier l’action du Saint-Esprit de la réception des sacrements. Par exemple, depuis quelques années, l’habitude s’est prise pour les parents qui fréquentent le culte accompagnés de leurs jeunes enfants de prendre la liberté de leur transmettre le pain (sinon le vin !) de la communion alors qu’ils ne sont pas forcément baptisés et n'ont pas fait leur confirmation.


Cette réflexion concernant le « Filioque » n’a aucun intérêt si elle se borne à une modification du vocabulaire d’un Credo écrit dans un langage byzantin qui ne transmet plus, aujourd’hui à nos contemporains, de sens spirituel véritable.

 

Je ne crois pas que pour être enfant de Dieu, pour suivre vraiment la voie de Jésus-Christ, il faille prononcer avec conviction telle ou telle formule, surtout exprimée dans un langage obsolète, croire tel ou tel dogme, pratiquer tel ou tel rituel : Dieu rit de ces contraintes, de ces servitudes, de ces obligations.

 

Mais lorsque sa présence monte en nous et en notre prochain, il ne rit ni de nous ni de notre prochain et de nos détresses, il ne s’attarde pas aux formulations de nos appels : il est le Père de tous et le Sains-Esprit est la force de vie qui monte en tous sans condition, sans exiger ni rites ni déclarations préliminaires. Dieu rit de nos distinctions et il sourit à nos détresses.

 




Voici le texte du Credo (adopté au Concile de Nicée en l’an 325, confirmé au Concile de Constantinomle en 381)

 

Je crois en un seul Dieu, le Père Tout-Puissant, Créateur du ciel et de la terre, et de toutes les choses visibles et invisibles.

Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ, Fils Unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, Lumière de Lumière, Vrai Dieu de Vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, qui pour nous, hommes, et pour notre salut est descendu des cieux, s'est incarné du Saint-Esprit et de Marie, la Vierge, et s'est fait homme. Il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli ; et il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures, et il est monté aux cieux et siège à la droite du Père ; et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; son règne n'aura point de fin.

Et en l'Esprit Saint, Seigneur, qui donne la vie, qui procède du Père et du Fils, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les prophètes. En l'Église, une, sainte, catholique (ou universelle) et apostolique. Je confesse un seul baptême en rémission des péchés. J'attends la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir. Amen. 

 

 

 

 

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