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Interreligieux 

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Le pasteur et l'évêque

Lettres pour faire tomber les murs

Samuel Amedro et Jean-Paul Vesco


Ed. Labor et Fides
160 pages - 15 €


Recension Gilles Castelnau


  


25 octobre 2023

Samuel Amedro est pasteur de l’Église protestante unie de France et président du Conseil régional d’Île-de-France. Jean-Paul Vesco est frère dominicain et archevêque d’Alger.

Ils ne se connaissent guère mais ont en commun leur connaissance du Maghreb : Samuel Amedro a été pasteur et président de l’Église protestante du Maroc et Jean-Paul Vesco est donc archevêque d’Alger. Ils partagent, dans cet ouvrage, une passion commune qui est de faire vivre leurs Églises respectives dans les circonstances difficiles qu’elles traversent actuellement.


Il y a, bien sûr, la confrontation avec un islam majoritaire face auquel il s’agit, sans aucune prétention de prosélytisme, de témoigner du message heureux de l’Évangile.


Et face à la désaffection permanente de leurs fidèles dont le nombre diminue toujours et qui ne savent souvent plus bien ce qu’ils peuvent encore croire dans le monde moderne ni comment ils peuvent se conduire dans des structures toujours critiquées.

En témoins fidèles de l’Évangile, plus proches que l’œcuménisme moribond le laisse penser, lucides et tout à fait honnêtes intellectuellement, ils nous donnent ici des textes dialogués éminemment proches de nos préoccupations et encourageants.


En voici des passages. Nous reprenons l’initiative de l’éditeur en publiant en italiques les lettres de Jean-Paul Vesco et en romain celles de Samuel Amedro.

 


 


L’Église est-elle en bonne santé ?


Samuel Amedro

 

Être en bonne santé, c’est se sentir en bonne santé

 

J'ai l'impression qu'on se complaît à dire sur tous les tons que notre Église est malade !

 

On est invisibles (c'est vrai, mais que faudrait-il donner à voir ?), on ne parle jamais de nous (et alors, cherchons-nous vraiment à faire le buzz ?), on est trop petits (c'est à partir de combien la bonne taille ?), on n'arrête pas de perdre des membres (pas sûr), on a trop de temples (une vraie charge mais aussi peut-être une chance), on n'a plus de jeunes (est-ce qu'on « possède » les jeunes ?), on n'a pas assez de pasteurs, pas assez d'argent, pas assez de force… STOP ! Arrêtez ! N'en jetez plus ! N'y a-t-il pas là une sorte de haine de soi qui confine à l'autohumiliation ?

 

[...]


Être en bonne santé, c’est être capable d’affronter la maladie !

Une fois de plus, on pressent que la partie est liée à la vie spirituelle, à la prière, la lecture de la Bible, la place du culte dans notre vie d'Église… Tel les prophètes guetteurs d'Ézéchiel (Ez 33,1-7) ou l'apprentissage de la vision par Jérémie lors de sa vocation Jr 1,4-19), il s'agit aussi d'apprendre à scruter la réalité, à porter le regard de Dieu sur le temps long et la perspective générale pour y discerner une vision spirituelle pour notre Église. Dans cette « vision » pour l'Église se déploiera notre capacité à nous projeter en activant nos ressources humaines, matérielles, immobilières, financières, relationnelles. autant que spirituelles et théologiques !

 

 



Ma sœur la maladie


Paul Vesco


Comme le corps de Khaled, notre Église est attaquée par toutes les maladies que vous évoquez, et sans doute bien d'autres encore. Comment pourrait-il en être autrement. Elle est un corps vivant et cela fait donc partie du programme depuis l'origine. Il n’empêche qu'elle est aujourd'hui plus vivante que jamais et les forces du mal n’auront jamais le dernier mot sur elle. Mais que fait-elle, que faisons-nous de cet état ? La maladie ne laisse pas indemne, la maladie grandit celui ou celle qui la traverse. Elle rend plus humble, plus vrai. Un malade guéri n'est plus en bonne santé de la même façon, il n'a plus la même insouciance. Il ne porte plus le même regard sur la vie, sur ses frères et sœurs malades. Il vit de l'intérieur leur épreuve, il peut être en empathie, pour ne pas dire en communion.

 

Je rêve d'une Église marquée du coin de la maladie, une Église qui ait, dans cette épreuve, perdu l'orgueil et la suffisance de celui qui se croit invulnérable, rempli de ses certitudes. Je rêve d'une Église humble de l'humilité de celui ou celle qui a traversé la grande épreuve, attentive et empathique avec tous les accidentés de la vie, à l'écoute et à l'école de la souffrance et de la fragilité humaine. Cette Église est mon Église, notre Église. Elle est l'Église qui se donne à voir et à vivre en bien des lieux de souffrance et déréliction depuis l'origine et jusqu aujourd'hui. Elle est l'Église que j'aime.

 



Faisons de la mission notre joie

 

Samuel Amedro

 

Ainsi l'Église n'est pas au centre, mais c'est le Royaume de Dieu qui s'approche de nous qui doit être notre focus. Il ne s'agit pas de construire une stratégie pour faire grandir le chiffre de l'Église et l'empêcher de disparaître. Il s'agit d'offrir en partage la proximité du Royaume de Dieu ! C'est la vie vivante qui n'a pas de fin qui est en jeu et non la survie de l'Église (ce dont, je dois avouer, je me moque un peu). « Je n'ai pas honte d'annoncer la Bonne Nouvelle, elle est puissance de Dieu pour sauver tous ceux qui croient » (Rm 1,16) et « vérité qui nous libère » (Jn 8,32). Nous ne nous rendons pas témoignage à nous-mêmes, mais nous sommes des poteaux indicateurs qui indiquent le chemin qui passe par Christ : tu cherches Dieu ? C'est par là. Tu cherches un sens à ta vie ? C'est par là. Tu as peur de demain ? C'est par là… Tu penses que personne ne t'aime ou que tout est absurde, etc. C'est par là… Si l'idiot regarde le bout du doigt quand on lui montre la lune, l'imbécile, lui, infiniment plus dangereux, pense qu'il est propriétaire de la lune. Nous ne faisons que montrer la lune et l'Église ne doit pas oublier qu'elle n'est pas propriétaire de la lune. La vérité, c'est que nous ne faisons que montrer une direction.



 


Église et royaume

Paul Vesco


La tentation prosélyte


Toute la différence entre mission et prosélytisme tient dans le regard que je porte sur l'autre différent et sur la part de vérité qui l'habite. Être missionnaire, c'est partir de l'autre, de sa foi, de sa soif de sa quête, de sa part de vérité. Dans l'échange qui nécessairement, s'il est en vérité, nous transformera et lui et moi, il sera peut-être possible de laisser transparaître quelque chose de la présence de ce Christ qui m'habite et qui l'habite sans doute aussi, de cet évangile du Salut offert à tous. Être prosélyte, c'est au contraire partir de ma vérité à moi, absolutisée, au regard de laquelle la vérité de l'autre ne vaut rien, ou si peu. Être prosélyte, c'est avoir la prétention d'avoir le dernier mot sur Dieu, de posséder les clés du Salut.

 

[...]


En revanche, ce qui, façon diffuse, sonne plus juste dans la foi de l'autre, sa pratique, sa représentation de Dieu, nous insécurise bien davantage, même si nous ne pouvons pas nous l'avouer. Si l'islam n'était qu'une hérésie satanique comme certains s'attachent à le qualifier, finalement, nous pourrions le combattre la Bible (ou les armes) à la main. Mais si l'islam fait vivre des hommes et des femmes en croyants dignes de foi dans leurs actes et leurs paroles, avec lesquels il est parfois possible de vivre une même expérience de la présence de Dieu, alors évidemment la mission de l'Église ne peut se réduire à un prosélytisme qui fait fi de la part de vérité de l'autre.

 

Église de chrétiens et de non-chrétiens

Jésus a promis que lorsque deux ou trois sont réunis en son nom, Il est au milieu d'eux. Jamais autant que lorsqu'il m’est arrivé de réussir quelque chose de beau et de grand avec des frères et des sœurs de religion ou de culture musulmanes, je n’ai senti cette promesse être tenue à m’en faire éclater le cœur.

 

 



Puissions-nous répondre aux questions vitales !

Samuel Amedro


En lien avec l’absolu


Et puis, nous avons tous besoin d'une vie plus grande que soi, de toucher l'essentiel, l'absolu, l'éternité et d'être portés par une vision pour l'avenir, des projets possibles, des valeurs à défendre, porteurs d'une espérance. Pensez à ces jeunes qui ne voient aucune issue à la crise climatique et qui sombrent dans le désespoir d'une catastrophe inéluctable. Ils refusent de faire des enfants en pensant qu'il est déjà trop tard. Quel malheur ! Pour voir plus loin et plus grand, pour sortir la tête du guidon et regarder à nouveau l'horizon avec espérance, nous avons tous besoin de sacré, de transcendance.

À quoi sert l'Église si ce n'est pas elle qui aide les gens faire le lien avec le divin ?

[...]

Le culte, la prière et la lecture de la Bible sont nos outils privilégiés dans ce service pour le bien commun. Par eux et grâce à eux s'offrent à vivre un sentiment de plénitude et de joie par la gratitude de recevoir un cadeau immérité et immense, la jubilation intense de la rencontre qui bouleverse, l'expérience religieuse universelle de contact avec l'absolu, la transcendance, le numineux.

Parce qu'en vérité, il y a un quelque chose, quelque part, quelqu'un qui nous dépasse absolument, qui est au-delà de ce que l'on peut penser, croire, savoir, démontrer, prouver et même imaginer.

 




Quête de sens ou quête de repères ?


Paul Vesco


Tout donner et se donner soi-même



J'ajouterai l'aspiration profonde à donner et à se donner. Ensemble, nous sommes d'une façon particulière le Corps de Celui qui s'est entièrement donné à sa création jusqu'à mourir sur la croix. À contre-courant de l'esprit de réussite, de pouvoir, de possession si répandu dans le monde, nos Églises, notre Église, chaque baptisé est invité à se rendre sans cesse à la source du don, à trouver sa joie dans le don. Une vie donnée ne pourra jamais être une vie ratée.

[...]

Si nos communautés sont des communautés où l'on peut se poser et se reposer, aimer et être aimé et se donner sans mesure, alors elles seront des communautés pleinement missionnaires !

 

 

 

 


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