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Dialogue interreligieux


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Vers l’effondrement

Bruno Mori 

prêtre catholique italien


Mardi 18 avril 2023

La fréquentation de Jésus m’a conduit à la prise de conscience que les contenus les plus novateurs et les plus valables que ce Maître avait proposés à ses disciples dans le but de bâtir un monde plus humain, avaient été, en grande partie, oubliés et bafoués par l’Institution ecclésiastique au cours de son histoire, en particulier, par ses dogmes, ses sacrements et par sa théologie du sacerdoce. De sorte que l’on peut maintenant affirmer que presque tout ce que Jésus avait combattu, l’Église l’a adopté ; et que presque tout ce que Jésus avait proposé, l’Église l’a rejeté, en s’établissant dans un état de contradiction avec l’esprit et la volonté de son « Fondateur ». Leprésent livre est né de cette rencontre et de cette déception. Dans ces pages, j’ai voulu indiquer quelques-unes des contradictions majeures propres aux affirmations et aux modes de fonctionnement de l’Église. Ceux-ci ne sont, à mon avis, que la conséquence de cette infidélité fondamentale à la posture et à la pensée de Jésus de Nazareth dans laquelle l’Église catholique vit depuis le IVe siècle, lorsqu’elle a accepté de devenir la religion officielle de l’Empire romain. »

 

Quelques extraits de l’ouvrage

 

A propos de la « résurrection »

Je suis conscient que la « résurrection » de Jésus constitue une donnée essentielle de la foi chrétienne. Il existe cependant une conception physique ou matérielle de la résurrection à laquelle je ne peux plus adhérer. Parce que la résurrection de Jésus est considérée par la doctrine catholique comme une donnée fondamentale de la foi, est-il nécessaire de la transformer pour autant en une notion insupportable pour l’intelligence et la raison ? Parce que l’on tient absolument à affirmer la réalité de la résurrection, faut-il pour autant la réduire nécessairement à un événement historique ou physiologique qui aurait pu faire la une des journaux de l’époque, comme si les expériences psychiques, intérieures et spirituelles n’existaient pas ou ne possédaient aucune réalité ?

À en croire l’orthodoxie catholique, on est chrétien que par la foi en la réalité de la résurrection du Seigneur. Ne faudrait-il pas alors essayer de repenser et de présenter autrement cette donnée de base de la foi chrétienne, afin que les croyants d’aujourd’hui ne soient pas acculés au terrible dilemme d’accepter l’absurde ou de renoncer à leur foi et à leur affiliation ecclésiale ? Ne faudrait-il pas chercher à comprendre différemment les contenus de cette ancienne conviction chrétienne, en les situant davantage dans le monde de l’intériorité, de l’expérience personnelle et de la réalité spirituelle de la personne, plutôt que dans celui de la réalité physique et matérielle ?

 

À propos du dogme de l’Incarnation

Le dogme de l’Incarnation s’est maintenu au cours des siècles grâce à la vigilance constante de l’Église et à la répression impitoyable des contestataires (appelés « hérétiques »). Aujourd’hui, l’Institution ecclésiale ne peut plus recourir aux armes de la force, de la contrainte et de la peur pour défendre et imposer son interprétation de ce dogme. Un grand nombre de chrétiens, surtout parmi les plus instruits, qui ne réussissent plus à adhérer à la compréhension traditionnelle de la doctrine de l’Incarnation, se sentent donc libres de concevoir autrement l’événement « Jésus » et de vivre autrement leur rapport avec sa personne. Il est clair que cette nouvelle compréhension du Nazaréen et cette nouvelle approche de son rôle, de sa personnalité et de sa spiritualité entraîneront à la longue et inévitablement l’abandon du Christ-Dieu de la théologie traditionnelle et, par conséquent, l’émancipation des fidèles de l’enseignement et de l’autorité de l’Église catholique. Il est aisé de prévoir les conséquences catastrophiques qu’une telle attitude aura pour l’avenir de l’institution ecclésiastique.

À la fin de ces réflexions, je ne peux pas me soustraire à l’impression que la théologie officielle de l’Église s’est arrangée pour créer un Jésus à la mesure des intérêts et des besoins de son système. L’hypothèse de la divinité de Jésus-Christ est sans doute celle qui explique mieux l’existence d’une Église hiérarchique et institutionnelle, ainsi que le caractère dogmatique de ses doctrines. Une chose est certaine : si on dépossédait Jésus de Nazareth de sa divinité, l’Église, avec sa hiérarchie, son pouvoir, ses doctrines et ses rites s’écroulerait. L’Institution ecclésiastique est d’ailleurs consciente qu’elle ne pourrait pas exister sans la croyance en la divinité de Jésus-Christ et qu’elle est bâtie sur cette croyance. Avec l’acceptation ou le refus de ce dogme, c’est l’Église catholique que l’on accepte ou que l’on refuse. L’Institution catholique ne peut donc pas se permettre de tolérer le doute ou de faire des concessions sur l’intelligence ou l’interprétation de cette donnée essentielle de sa doctrine. Son existence et sa raison d’être en dépendent. [...]

Mais l’Église catholique ne pourra pas soutenir éternellement la confrontation avec la modernité et faire taire indéfiniment les exigences de la cohérence, de la logique et de la saine raison. L’existence de l’Église m’apparaît d’autant plus précaire que l’affirmation « théologique » de la divinité de Jésus de Nazareth me semble incapable aujourd’hui de s’accorder avec les revendications d’une saine rationalité ; inapte à s’« inculturer » dans une société post-mythique ; impropre enfin à rallier l’adhésion de gens appartenant à une culture critique et scientifique. Lorsque les hommes et les femmes de la modernité ne réussiront plus à prendre au sérieux la base mythique de ce dogme, ainsi que les contenus obsolètes et indigestes de ses doctrines, qu’adviendra-t-il de l’Église ? (61 à 63)

 

À propos de l’Eucharistie

« Lorsque, plus tard, la communauté chrétienne s’organisera et acceptera de s’institutionnaliser, la spontanéité du repas chrétien disparaîtra. L’institution ecclésiastique s’appropriera ce geste et le soumettra au moule de l’interprétation et de la déformation théologiques. La simplicité et la transparence du repas chrétien, consommé en mémoire de Jésus, deviendra un rite sacré chargé de « merveilleux » et de « mystère » ; un lieu où les interventions miraculeuses de la toute-puissance de Dieu se multiplieront par l’intermédiaire de l’Église et par les pouvoirs « surnaturels » de ses ministres. [...]

L’acte du souvenir deviendra alors une doctrine. La spontanéité sera remplacée par l’obligation. La foi se transformera en croyance. La présence du Royaume se déformera en religion. La communauté des disciples se métamorphosera en système de pouvoir. Le christianisme deviendra une chrétienté, c’est-à- dire une société religieuse et politique basée sur la loi et l’obligation. Les fidèles qui, poussés par la reconnaissance et l’amour, voudraient se réunir librement et spontanément pour fêter autour d’une table fraternelle le souvenir de cet homme qui les a fascinés et transformés, sont dans l’impossibilité formelle et juridique de le faire. Sans la présence d’un officier ordonné, les réunions des fidèles ne sont qu’un acte privé, sans aucune valeur, ni officielle ni sacramentelle. Sans le prêtre, les gestes accomplis et les signes utilisés au cours de ces réunions sont totalement stériles et incapables de porter les fruits spirituels et surnaturels que seuls les rites officiels de l’Église produisent infailliblement.

Par quels moyens et par quelle tactique l’Institution ecclésiastique s’est-elle emparée du repas chrétien en mémoire de Jésus ? En introduisant, dans l’élaboration de son idéologie, la notion de sacrifice et la notion de Présence réelle. » (108-109)

Un système en panne

On assiste actuellement dans plusieurs pays d’Occident à un phénomène religieux assez bizarre : l’Église catholique n’arrive plus à se procurer le personnel dont elle a besoin pour fonctionner. Malgré la valeur très élevée que le sacerdoce catholique affiche sur le marché de l’Église, personne ne semble plus intéressé à s’y engager. L’insuffisance de prêtres dans l’Église est causée, d’un côté, par le fait qu’elle ne réussit plus à produire la qualité de clercs adaptée à sa structure et, de l’autre, par le fait que les candidats qui seraient disponibles ne répondent pas aux critères qu’elle a établis pour l’embauche. Pour utiliser une comparaison, elle ressemble à celui qui ne réussit pas à exploiter son vieil ordinateur parce que les pièces et les logiciels compatibles ne sont plus commercialisés. Cependant, au lieu de changer carrément l’ordinateur ou de modifier sa configuration pour la rendre compatible avec les exigences des techniques modernes, l’Église préfère « se débrouiller » avec son ancien système, parce qu’elle garde toujours l’espoir que, par miracle, un beau jour apparaîtront à nouveau sur le marché les vieux logiciels qui feront enfin fonctionner à nouveau sa machine désuète. (142)

Un phénomène inédit dans l’histoire

Je pense que nous assistons à un phénomène inédit dans l’histoire de l’Occident chrétien et à un changement radical (un nouveau paradigme) dans la compréhension de la nature de la religion, de ses contenus et de sa fonction dans la vie de l’être humain. Pour la première fois les humains puisent dans les acquis de leur progrès, dans les forces de leur intelligence, dans le jugement de leur conscience, dans la prise en charge de leurs responsabilités, les réponses à leurs interrogations, sans nul besoin de recourir au savoir véhiculé par la religion et les instances religieuses. Pour les gens de la modernité, non seulement la conviction séculaire de l’Église de posséder de façon exclusive « la » vérité qui sauve est devenue insupportable, mais ces gens sont également incapables d’accepter les prétentions d’un magistère qui se présente comme un maître incontesté et incontestable pour les humains de tous les temps. (192)

 



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