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Dialogue interreligieux


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Jean-Marc Éla

une éthique de la transgression

Célestin Monga (dir)



Éd. Karthala


302 pages - 27 €

 


Recension Gilles Castelnau



25 octobre 2022 

21 importantes contributions sont réunies ici par Célestin Monga (université de Harvard) en hommage au Père Jean-Marc Ela (1936-2008). Ce prêtre catholique camerounais était un exemple saisissant du dynamisme créateur de l’Évangile en pays pauvre et malheureux. Docteur en théologie de l’université de Strasbourg (avec une thèse sur Martin Luther !), il demeurait proche du petit peuple de la forêt et des campagnes (il n’avait pas de voiture et circulait à pied ou en taxi de brousse !) et développait une spiritualité « sous l’arbre », c’est-à-dire en débat sous l’arbre à palabre du village.

C’est un gros livre, mais ces témoignages sont frappants et éclairent la question africaine de manière très intéressante.

En voici des passages.


 

Première partie

Un esprit indocile et un spectateur engagé

 


3
Victimes non résignées

Jean-Marc Éla et la sociologie de la résistance

Ambroise Kom

 

Une Église aliénante

C'est d'abord, l'Église dans sa pratique quotidienne qui est mise sur le banc des accusés. La dépendance que l'institution entretient avec ses origines occidentales, par exemple la célébration de l'Eucharistie avec le pain de froment et le vin de la vigne en Afrique tropicale est hautement problématique. La catholicité impose au clergé indigène une formation quasi identique au modèle venu d'Europe.

 

 


 

 4
 Jean-Marc Éla : entre Job et Sisyphe

Hemley Boum

 

La plus petite paysanne dans le village le plus perdu d'Afrique comprend si ce n'est les voracités géo-stratégiques en présence, au moins le fardeau que l'État de son pays fait peser sur ses frêles épaules et sur son avenir. A quinze ans, elle cultive à la houe, dos courbé comme ses ainées au siècle dernier, des parcelles de plantations toujours plus maigres. Elle connait la pénurie d'eau, les désastres du climat sur les récoltes, l'argent qui manque, les soins impossibles. Elle voit l'échec de cette fameuse éducation par l'école qui devait ouvrir toutes les portes et qui vomit des hordes de jeunes chômeurs dans les métropoles africaines. Elle le sait mieux que quiconque, tout se monnaie et ceux qui n'ont rien à vendre cèdent leur dignité pour le peu que le marché en offre. L'innocence n'est pas vraiment compatible avec la misère.




 

 

Deuxième partie

 Révélation et réinvention de l’Église

 

 


6
Des clôtures dogmatiques à la révélation de Dieu dans l’Histoire

Kasereka Kavwahirehi

 

Jean-Marc Éla et le Dieu qui se révèle dans l’histoire

 Les implications théologiques de la lecture africaine de l’Exode

 

La première notion cardinale remise en question est celle de la spiritualité désincarnée véhiculée par le christianisme missionnaire : Dieu impassible, immuable, inaltérable, plus proche du Dieu des théodicées que du Dieu qui se révèle dans l'histoire de son peuple. La foi en ce Dieu si lointain, absent des drames humains et des événements de Il'histoire humaine, ne peut que se vivre et se comprendre abstraitement, d'une manière intemporelle. Par contre, le Dieu de la Révélation et de l'Exode est un Dieu qui « intervient dans I 'aventure humaine de la servitude, et de la mort pour libérer l'homme »

Non seulement il est sensible à la misère de l'homme mais il est aussi le Dieu de la promesse, qui « ouvre sans cesse à l'homme un avenir d'espérance qui permet de critiquer la situation existante » et, par là même, « porte l'homme en avant, vers l'avenir d'une nouvelle réalité ». Il fait de I 'homme un collaborateur à la création/transformation du monde.

 

 

 

 7
Quand le Dieu qui libère vient aux marges

Lecture des postérités de la théologie sous l’arbre de Jean-Marc Éla

Ignace Ndongala

 


Les marges comme promontoire du discours théologique

Le parcours de Éla est parsemé des passerelles que le théologien camerounais a érigées entre la théologie catholique et la théologie protestante, les théologiens et les non-théologiens, la théologie et les sciences humaines, la ville et la brousse. Faut-il le rappeler, Éla est un prêtre catholique. En 1969, il a soutenu une thèse en théologie sur Luther à l'Université de Strasbourg, en France. De retour au Cameroun, Ela a rejoint le monde rural, le monde d'en bas, la population pauvre dans les montagnes du Nord-Cameroun à Tokombéré, à 150 km de la frontière du Tchad. C'est là qu'il a appris à conjoindre le discours académique avec l'expérience et les mots des marges. Confronté à la vie dans sa banalité, le théologien camerounais y excelle dans une déambulation théologique nomade faisant entrer en dialogue autant l'érudition théologique et les murmures de l'Esprit dans les marges que la théologie et les sciences humaines.

[...]

« Dieu, Dieu, et après ? », ainsi s'interroge une jeune femme de Tokombéré. Abrupte et brutale, la question traverse l'assemblée réunie autour de l'arbre à palabre comme un éclair. Une telle question ne peut laisser le théologien indifférent. Éla la reformule en ces termes : « Que signifie Dieu pour les gens qui sont dans les situations de pauvreté, de sécheresse et de famine, d'injustice et d'oppression ? »

 

La théologie sous l’arbre, un discours sur le Dieu qui libère

La théologie sous l’arbre et aux yeux de Éla « celle qui, loin des bibliothèques et des bureaux, s’élabore dans le coude à coude fraternel avec des paysans illettrés en quête du sens de la Parole de Dieu, dans les situations où précisément, cette Parole les rejoint »  

 

 

8
 Jean-Marc Éla : une lecture africaine de l’exode

Paulin Sébastien Poucouta

 

 

Le Dieu qui libère
Exode vers un avenir autre

Comme le relève Éla, le livre de l'exode était peu usité dans l'espace catholique en Afrique, peut-être en raison de la connotation libérationniste qu'il porte. Ce sont les Églises afro-chrétiennes qui s'y risquent parce que le salut y est présenté en termes de salut concret. Au temps de la colonisation, le paradigme de l'exode leur permet de clamer leur soif de s'affranchir de la tutelle aussi bien socio-politique que religieuse de l'Occident chrétien. Ces Églises initient ainsi la théologie africaine de la libération. Mais, après les indépendances, leur discours s'est fortement spiritualisé, surtout lorsqu'elles sont récupérées par les nouveaux pouvoirs en place. L'exode devient chemin de libération des mauvais sorts et prétexte à la théologie de la prospérité. Aujourd'hui, des prédicateurs véreux s'y réfèrent pour pousser les jeunes vers l'eldorado occidental. Ils accompliraient un néo-exode biblique, en prenant le risque de la traversée périlleuse du désert Sahara et des eaux mortifères de la Méditerranée, identifiée à la mer rouge. Comment ne pas évoquer la réserve du philosophe et théologien Kii Mana ? Pour lui, tout comme l'inculturation, la libération ut devenir un gadget idéologique de plus '?

 

 

Troisième partie

L’idée sociale chez Jean-Marc Éla

 

 

13
L’aliénation étatique du paysan

Albert Akono

 

 

Jean-Marc Éla et la critique de l'État postcolonial
La sacralisation du pouvoir et la mise en place d’un espace concentrationnaire

Selon Jean-Marc Éla l'État postcolonial a développé une idéologie mystique et mythique fondée sur la divinisation ou la sacralisation du pouvoir politique.

 


L’État postcolonial ne lutte pas contre la pauvreté qui affecte les populations

Les détournements des fonds publics destinés au relèvement et à l'amélioration du niveau de vie des populations accentuent la pauvreté ; on a l'impression que l'État reste insensible face à cet état de choses. Au quotidien les routes se dégradent, l'eau n'est pas potable. Les populations subissent au quotidien les affres des coupures d'eau et d'électricité, des villages entiers demeurent dans l'obscurité. Les prix des denrées et produits de première nécessité ne cessent d'augmenter alors que le pouvoir d'achat des populations a chuté lamentablement. Le taux de mortalité évolue sur une pente ascendante puisque les gens n'ont pas de moyens pour se soigner, les médicaments étant hors de prix. Dans les zones rurales, les paysans ont du mal à évacuer leurs produits en direction des villes en raison de l'enclavement des villages. Les populations rurales vivent dans des forêts qui risquent leur extinction par la déforestation sauvage. Certaines populations sont confrontées à la sécheresse. En revanche la classe dirigeante vit dans l'opulence et s'enrichit à la solde de l'État.

 





Quatrième partie

Parcours d’un dissident



 

 

17
Une pastorale de l'action

Jean-Robert Onana


Une pastorale de l'action

Le laissez à « César ce qui appartient à César » ne passe pas chez lui.

[...]

Il s'appuie aussi sur la démarche des évêques du Cameroun dans leurs différentes Lettres pastorales. Ils sont favorables à l'indépendance du Cameroun. (1959). Ils défendent l'engagement des laïcs dans la politique et la vie de la nation (1988). Ils soutiennent le multipartisme et la démocratie (1990). Ils promeuvent la conscience nationale (1991). Ils défendent la paix, les droits de l'homme, l'État de droit, l'unité (1990) le dialogue, le dépassement des divisions (1991). Ils dénoncent le tribalisme (1996), la corruption (2000), l'insécurité (2001). Ils exhortent les citoyens à voter (2004).

Jean-Marc Ela tient là des éléments de langage qui le poussent à plus d'action sans trahir les positions officielles de l'Église locale même si, à la vérité, son tempérament le pousse à franchir certaines limites. Il n'hésitait jamais à tancer le mensonge des hommes politiques, à exprimer sa compassion pour les démunis « nous avons besoin d'une parole alternative, une parole qui nous sorte de l'immobilisme et des slogans creux », disait-il

 

 



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