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Il était une fois le judaïsme

Armand Abécassis

professeur émérite à l’université Bordeaux-III
spécialisé dans le domaine du religieux

 


Edition Plon

240 pages - 10 €


Recension Gilles Castelnau

 


 

10 février 2022

Armad Abecassis nous présente le déroulement de la longue histoire du judaïsme depuis les origines jusqu’à la vie actuelle de l’état d’Israël et de la diaspora juive dans le monde.

• Les temps hébraïques
• Le passage de l’hébraïsme au judaïsme : la succession des quatre empires : l’exil babylonien, les dominations perse, grecque et romaine
• Du Moyen-Age à la Renaissance : philosophie et kabbale
• Les persécutions de l’antiquité à la renaissance
• Les Lumières et la Révolution française, la longue marche des juifs vers la citoyenneté.
• La création de l’État d‘Israël.

Il nous précise ainsi les idées sur des périodes mal connues ou fantasmées qu’il nous présente clairement, sans obscurité ni emphase.

Les lecteurs éclairés de la Bible habitués à l’exégèse historique et critique remarqueront une lecture typiquement juive des récits dits « historiques » des « temps hébraïques » : Sans jamais affirmer la vérité historique des événements et des personnages mentionnés (Abraham, Moïse, la Sortie d’Égypte) et même en utilisant des formulations au conditionnel pour en parler, l’auteur suit néanmoins sans ciller la nomenclature traditionnelle qui en est faite et que les biblistes remettent actuellement radicalement en question.

En voici quelques passages.

 

Les temps hébraïques


Esclavage et libération


L’esclavage en Égype

Avant l'apparition de Moïse, dont on ne possède nulle trace historique, les tribus hébraïques qui vivaient en terre de Canaan puis en Égypte ne formaient pas encore un peuple. Elles avaient sans doute l'impression diffuse de faire partie d'une même ethnie mais n'avaient pas encore le sentiment de leur unité. Il revint à Moïse, le « prophète législateur », de leur permettre d'accéder à une conscience nationale en leur donnant une constitution et en leur enseignant les fondements spirituels de leur religion.

L'histoire de Moïse ne nous est connue que par quatre des cinq premiers livres de la Bible, c'est-à-dire de la Torah (Pentateuque en grec).

Le livre de l'Exode s'ouvre sur la souffrance des Hébreux en Égypte. Pharaon est inquiet de la prolifération démographique de ses esclaves et comprend le danger qu'il court…

[...]

 

 


Le passage de l’hébraïsme au judaïsme
la succession des quatre empires


L’occupation romaine et la naissance du judaïsme rabbinique


La Judée sous le gouvernement de Ponce Pilate

[...]

De 44 à 66, le régime romain se révéla de plus en plus oppressant pour les Juifs. En 66, le pillage du Temple et de Jérusalem par le procurateur Gessius Florus provoqua un soulèvement. Il lança ses troupes contre les insurgés et en fit massacrer un grand nombre. Des troubles agitèrent tout le pays et un gouvernement insurrectionnel se forma à Jérusalem. Les partisans parvinrent à occuper des places fortes comme Massada ou Machéronte, la forteresse Antonia et surtout la ville haute de Jérusalem. Néron choisit alors Vespasien, le vainqueur des Germains en Europe, pour mater la rébellion générale. Celui-ci reconquit la Galilée en 67. En 68, il s'installa dans la vallée du Jourdain et détruisit Qumran. Il finit par soumettre toute la Judée entre 67 et 70. Seule résista la ville sainte de Jérusalem, tenue par des Zélotes aidés des Iduméens.

 

Le suicide de Néron, en juin 68, obligea Vespasien à retourner à Rome et à confier à son fils Titus le

siège de Jérusalem. Occupée, la ville fut finalement détruite et le Temple incendié. L'ultime bastion de Massada devint le refuge des Zélotes commandés par Éléazar. Voyant que les Romains s'apprêtaient à lui donner l'assaut, Éléazar engagea ses partisans à se suicider pour ne pas tomber vivants aux mains des assaillants. Le 2 mai 73, la forteresse fut prise . les troupes romaines n'y trouvèrent que deux femmes et cinq enfants vivants, et 953 cadavres. Ruinée, la Judée perdit définitivement son autonomie.

La restauration du judaïsme après la chute du Temple : Yabné

 

Le désarroi fut grand au sein de la société juive. Les Sadducéens disparurent avec la ruine du Temple qui dispersa les prêtres et les grands prêtres. Les Zélotes périrent au combat, tandis que les Qumraniens se raréfièrent : ils auraient pris la fuite avant l'arrivée des troupes de Vespasien en 68 après avoir caché leurs manuscrits dans les fameuses grottes de la mer Morte.

 

On constate aussi le silence des judéo-chrétiens après la destruction du Temple. La polémique contre les Pharisiens se développa à l'instigation de Paul (Saül de Tarse) et les critiques contre le rituel juif se firent plus virulentes. Il s'agissait pour les nouveaux chrétiens d'origine païenne de se distancer des Pharisiens et de leurs lois trop rigoureuses à leur goût, telles que la circoncision et les interdits alimentaires. On les convainquit que la circoncision du cceur valait mieux que celle du pénis et que ce qui sortait de la bouche était plus important que ce qui y entrait. On leur enseigna ainsi que Jésus avait accompli la Loi.

 

Il est évident qu'on s'éloignait par là même des véritables significations de ces rites comme si la Torah ne parlait pas de la circoncision du coeur et de l'importance de la parole adressée au prochain, et comme s'il était possible de penser à un monde présent ou futur sans Lois. La conséquence en fut malheureusement l'ignorance totale de l'origine juive de Jésus qui ne connaissait ni évangiles ni églises ni théologie chrétienne.

[...]

 


La constitution du Talmud

[...]

Face à la menace de dispersion et de fragilisation des communautés juives, un travail acharné de collecte, de mise en ordre, d'explication et d'étude des textes fut lancé vers l'an 200 en Galilée. L'enjeu était de taille : préserver et transmettre l'héritage du judaïsme après la catastrophe. D'immenses corpus virent bientôt le jour, destinés à fixer les fondations du judaïsme pour des siècles. Le canon et le texte de la Bible hébraïque furent progressivement établis. Le Pentateuque — les cinq livres de Moïse — furent investis de la plus grande autorité.

[...]

À partir de ce temps-là se constitua une « Loi orale » parallèlement à la « Loi écrite ».

 

Ces lois distribuées en soixante-trois traités se rapportent à tous les domaines d'activité humaine, de la naissance à la mort, sur le plan individuel et sur le plan collectif. On y trouve un traité sur le mariage, un autre sur le divorce, d'autres encore sur le droit civil, sur le droit pénal, sur les fêtes, sur le shabbat, sur la prière, sur la femme, sur les sacrifices, etc.

 [...]



À partir du Ille siècle, un nouveau corpus de textes vint enrichir les écrits rassemblés dans la Mishna. Il s'agit des commentaires et des discussions auxquelles elle a donné lieu. Ils sont conservés dans la Guemara, qui signifie « étude complémentaire ».

 

L'ensemble de la Mishna et de la Guemara forme ce que l'on appelle les Talmud.

[…]



            Les persécutions contre les Juifs


              de l’Antiquité à la Renaissance



               Multiplication des pogroms contre les Juifs pendant les croisades

 

À la fin du XIe siècle, le pape Urbain II prêcha la croisade en promettant le paradis à tous ceux qui mourraient au combat pour reprendre la Terre sainte aux musulmans. En stimulant la ferveur religieuse de ses troupes, l'Église incitait les croisés à combattre les ennemis de la vraie foi parmi lesquels les juifs, déclarés aussi infidèles. Alors que les armées se mettaient en mouvement et traversaient l'Europe, elles se livrèrent à de nombreux pogroms. Plus de 10 000 juifs périrent en Europe lors de la première croisade. Lorsqu'ils arrivèrent en Palestine en 1099, les croisés en chassèrent la plupart des juifs. En 1144, lors de la seconde croisade, les calomnies contre les juifs se répandirent : ils furent accusés de profanation d'hosties, de meurtres rituels, d'enlèvement d'enfants chrétiens afin d'utiliser leur sang pour la fabrication de pains azymes. Ces accusations furent le prétexte à de nombreuses exécutions ; à Blois, par exemple, trente-huit hommes et femmes de religion juive furent brûlés au XIIe siècle.

 

De manière générale, conversions forcées, expulSions et exterminations de juifs se multiplièrent en Europe aux XIIe et XIIIe siècles. En 1215, le concile de Latran décréta que chaque juif, à partir de 13 ans, et chaque juive, à partir de Il ans, devaient porter un morceau d'étoffe jaune fixé à l'avant et à l'arrière de leur vêtement : la rouelle.

 

Les persécutions n'avaient pas seulement des motifs religieux. Les juifs s'étaient enrichis dans la banque et le prêt à intérêt (que les chrétiens n'avaient pas le droit de pratiquer) : leur expulsion hors du royaume de France était une bonne occasion pour les rois de se saisir de leurs biens. Philippe Auguste recourut à ce stratagème en 1082 et Saint Louis finança de la sorte les croisades. L'Inquisition condamna systématiquement les sceptiques chrétiens et les juifs à être brûlés vifs. En 1320, des bandes de fanatiques, des paysans, des brigands, que l'on appelle les « pastoureaux », pillèrent et incendièrent des maisons juives et massacrèrent en masse leurs habitants, entre Toulouse et Bordeaux. En 1306, Philippe le Bel chassa les juifs de France avant de les réintégrer dans son royaume. En 1394, Charles VI publia un nouvel édit d'expulsion des juifs du royaume.

 

 


Conclusion


[...]

 

Le peuple juif existe aujourd'hui sous deux formes : un État indépendant et une diaspora très active et solidaire de cet État.

 

Ces deux formes de témoignage correspondent à sa double vocation : collective et politique en Israël d'une part, et individuelle et communautaire en diaspora d'autre part. L'histoire qui s'est déroulée en Terre promise, dans son premier acte, a commencé avec Abraham le fondateur, Moïse le libérateur et le législateur, Josué pour l'installation en Terre promise, les prophètes pour l'ouverture à l'universalité, et Ezra et Néhémie, gardiens de la particularité juive.

 

Quant à l'histoire qui s'est déroulée en diaspora, dans son deuxième acte, elle commença avec la destruction du temple de Jérusalem en 70 de l'ère courante, se développa en Babylonie puis en Espagne, en Italie, en Allemagne, en France, en Afrique du Nord, en Pologne et aux États-Unis. Dans tous ces pays de la dispersion, les rabbins, les philosophes, les kabbalistes et les décisionnaires ont permis par leurs nouvelles interprétations de la Bible la survivance des communautés juives malgré toutes les formes d'antijudaïsme théologique, économique, biologique et pathologique.

 

À partir de la fin du XIXe siècle, commença le troisième acte de l'histoire des Juifs. Leur retour dans leur pays entrepris bien avant la création de leur État leur a ouvert une nouvelle voie historique et les a confrontés à des défis politiques, moraux, religieux et malheureusement militaires.

 

[...]

 

L'antijudaïsme disparaîtra lorsque les nations reconnaîtront leur dette immense à l'égard de la Bible et du judaïsme.

 

 

 

 



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