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Dialogue interreligieux

 


 

Ne fermons pas les yeux

devant la liquidation

des chrétiens d’Orient

 

 

Daniel Marguerat

théologien, professeur honoraire de l'Université de Lausanne

 

Journal « Le Temps »

du vendredi 17 juin 2011

 

 

25 juin 2011

Chaque jour, dans le monde, des hommes et des femmes sont malmenés en raison de leurs opinions politiques. Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants sont inquiétés, harcelés, jetés en prison, parfois exécutés. Leur appartenance politique n'est pas en cause, mais leurs convictions religieuses. Ils ne sont ni illuminés, ni sectaires, ni terroristes. Leur seul malheur est d'être nés chrétiens dans un pays à majorité musulmane. Ce simple fait les exclut le plus souvent des postes de l'administration publique, de bon nombre de professions et des représentations politiques. Il leur est tout simplement interdit de vivre paisiblement dans le pays qu'habitaient leurs ancêtres.

J'étais il y a quelques semaines au Liban, où j'ai rencontré des chrétiens d'Irak, de Syrie, d'Egypte et de Palestine. Leurs récits sont insoutenables, leurs vexations quotidiennes. Les situations varient d'un pays à l'autre. En Egypte, où ils constituent une force de plus de 10 % de la population, leur importance et leur participation au fonctionnement du pays n'ont jamais été reconnues par le régime.

En Syrie, où ils se concentrent entre Damas et Alep, le régime en place a du moins la vertu de les tolérer, mais la conversion d’un musulman au christianisme est interdite par la loi. En Irak, le prêche enflammé d'un imam le vendredi suffit à embraser le quartier contre les maisons chrétiennes ; s'y barricader est le seul moyen d'échapper aux débordements des excités. Tous les voisins ne participent pas au pogrom mais, lorsqu'il se déclenche, les chrétiens ne peuvent compter sur personne.
L'émigration chrétienne dans ce pays est dramatique. D'un million en 1980, ils sont aujourd'hui moins de la moitié.
On dit que l'exécution d'un chrétien s'y monnaie actuellement à 50 dollars. A Bagdad, à Mossoul, les chrétiens désarmés se terrent. Et pourtant, la chrétienté y est très ancienne : Chaldéens, Araméens, Syriaques habitaient le pays avant l'islam.
Les chrétiens coptes en Egypte s'enorgueillissent d'une tradition et d'une culture qui remontent au 2e siècle. C'est pourquoi la persécution des chrétiens n'est pas seulement une guerre de religions, elle est un génocide. Leurs rites et leur liturgie sont bien plus anciens et vénérables que ceux d'Europe ; en liquidant la chrétienté orientale, c'est la mémoire chrétienne qu'on assassine.

Quand une synagogue est taguée dans le monde, l'opinion s'émeut. Si une mosquée est profanée, des foules en colère déferlent sur les places. Une église incendiée aura droit, peut-être, à un entrefilet... Pourquoi ce silence des médias européens ?

Par un retournement tragique de son histoire, le christianisme, qui fut dans le passé le champion de l'écrasement des religions dites païennes, est devenu aujourd'hui la religion la plus persécutée dans le monde. Est-ce parce qu'elle n'en finit pas de régler ses comptes avec son passé chrétien que l'Europe est incapable de discerner la fragilité qu'a aujourd'hui atteinte la chrétienté dans les pays islamiques ? Les donneurs de leçons économiques ou démocratiques ne sont-ils plus en mesure de défendre la tolérance religieuse ? Le respect des croyances fut pourtant une des plus belles conquêtes de la pensée européenne. Que devient la lutte pour la liberté de conscience face aux pétrodollars et à la complaisance pour les régimes économiques « utiles » ?

Entre christianisme et islam dans le passé, quoi qu'en disent les propagandes simplificatrices, l'humeur ne fut pas constamment à l'affrontement des croisades. La collaboration active entre chrétiens et musulmans domina certaines périodes, par exemple celle des Abassides. Culturellement, intellectuellement, scientifiquement, les deux populations se sont interpénétrées et ont échangé leurs acquis mutuels : Le concept de « choc des civilisations » tient plus du slogan ou de l'idéologie que des leçons du passé et des promesses du présent.

Deux attitudes me semblent nécessaires, si l'on veut enrayer la sinistre liquidation des chrétiens dans les pays islamiques (et pas seulement arabo-musulmans). D'une part, un effort des Européens pour découvrir la diversité de la culture musulmane au-delà de la caricature intégriste de leur religion que présentent les islamistes.
D'autre part, une indignation ferme et sonore devant ces violences continues dont sont victimes les chrétiens, avec la complicité. plus ou moins affichée des autorités en place. Fermer les yeux devant les dérives intolérantes de l'islam dur ne peut que compliquer le dialogue qu'un jour ces deux grands monothéismes devront ouvrir s'ils veulent sortir d'un face-à-face meurtrier.

 

 

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