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Destruction de Jérusalem
en - 587

Gilles Castelnau

 


En 587 av. J.-C. Jérusalem est envahie et dévastée par Babylone (l’Irak actuel) et les Israélites – que l’on appellera désormais les Juifs – exilés en grande partie à Babylone. Le récit se trouve dans la Bible :

2 Rois 25.1-7 ; 9-10 La neuvième année du règne de Sédécias, le dixième jour du dixième mois, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint avec toute son armée contre Jérusalem ; il campa devant elle, et éleva des retranchements tout autour. La ville fut assiégée jusqu'à la onzième année du roi Sédécias. Le neuvième jour du mois, la famine était terrible dans la ville, et il n'y avait plus de pain pour le peuple. Les Babyloniens ouvrirent une brèche dans la muraille de la ville. A la nuit tombée, les combattants de Juda s'enfuirent. Malgré les Babyloniens qui encerclaient Jérusalem, ils passèrent par la porte située entre les deux murailles, près du jardin du roi. Le roi Sédécias prit alors la fuite par le chemin qui mène à la vallée du Jourdain. 5Mais les troupes babyloniennes se lancèrent à sa poursuite et le rattrapèrent dans la plaine de Jéricho ; toute son armée l'avait abandonné. Les Babyloniens le firent prisonnier et le conduisirent au roi de Babylone, qui se trouvait à Ribla. C'est là que les Babyloniens rendirent leur jugement contre Sédécias. Les fils du roi Sédécias furent égorgés en sa présence; puis on lui creva les yeux, on le lia de chaînes et on le mena à Babylone. Nabuchodonosor, roi de Babylone, entra dans Jérusalem. Il brûla le temple de l'Eternel, le palais du roi, et toutes les maisons de la ville et fit démolir les murailles de Jérusalem.


La catastrophe était politique : c’était l’État d’Israël qui s’écroulait (il ne devait plus retrouver son indépendance jusqu’en 1948.). Elle était aussi spirituelle. En effet jusqu’ici toute la religion d’Israël était fondée sur les deux bâtiments que, justement, le roi de Babylone venait de faire détruire, le palais du roi et le temple.

 

Le roi

Il avait le titre de Fils de Dieu, de messie (christ en grec). Il était un roi sacré, le représentant de Dieu, gardien de la loi sainte.
Le Ps 2 a dû être écrit dans une période où la guerre menaçait et où il s’agissait d’encourager le roi :

Psaume 2 Pourquoi ce tumulte parmi les nations, Ces vaines pensées parmi les peuples ?
Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils Et les princes se liguent-ils avec eux
Contre l'Eternel et contre son oint ? Celui qui siège dans les cieux rit,
Le Seigneur se moque d'eux. Puis il leur parle dans sa colère, Il les épouvante dans sa fureur ; C'est moi qui ai oint mon roi
Sur Sion, ma montagne sainte ! L'Eternel m'a dit ; Tu es mon fils ! Je t'ai engendré aujourd'hui.
Demande-moi et je te donnerai les nations pour héritage.

La liturgie de couronnement du roi montrait bien qu’il gouvernerait avec l’Esprit de l’Éternel :

Psaume 72. O Dieu, donne tes jugements au roi, Et ta justice à ce fils de roi !
Il jugera ton peuple avec justice, Et tes malheureux avec équité.
Il fera droit aux malheureux du peuple, Il sauvera les enfants du pauvre, Et il écrasera l'oppresseur.
On te craindra, tant que subsistera le soleil, Tant que paraîtra la lune, de génération en génération.
Devant lui, les habitants du désert fléchiront le genou, Et ses ennemis lécheront la poussière.
Tous les rois se prosterneront devant lui, Toutes les nations le serviront. Il délivrera le pauvre qui crie,
Et le malheureux qui n'a point d'aide.
Il aura pitié du misérable et de l'indigent, Et il sauvera la vie des pauvres;
Il les affranchira de l'oppression et de la violence, Et leur sang aura du prix à ses yeux.

Et en 587 le roi était détrôné, aveuglé, ses fils les héritiers assassinés. On n’est plus dirigé par le FD, par le messie-christ, mais par un roi impie et brutal, dont le Dieu Mardouk n’est pas le vrai Dieu.

 

Le temple

Il était considéré comme le lieu où l’Éternel demeurait. C’était là que les processions venaient pour l’adoration.

Psaume 122. Cantique des pèlerinages. Je suis dans la joie quand on me dit : Allons au temple de l'Eternel !
Nos pas s'arrêtent enfin chez toi, Jérusalem ! Jérusalem, ville bien bâtie, bien ceinturée de ses murailles.
C'est là que montent les tribus d'Israël, les tribus de l'Eternel, Selon la loi, Pour louer le nom de l'Eternel.
C'est là que se trouve le trône du fils de David, où il siège pour rendre la justice. […]
Pour l'amour du temple de l’Éternel mon Dieu, je demande pour toi le bonheur. 

Psaume 118
Grand pèlerinage, avec de multiples témoignages de délivrance devant la porte, dont peut-être celui du roi lui-même. Et finalement le peuple s’écrie :

Ouvrez-moi la porte de la justice ; J'entrerai, je louerai l'Eternel.

Et les prêtres ouvrent les portes en chantant :

Voici la porte de l'Eternel ;
C'est par elle qu'entrent les justes.

Naturellement on savait encore ces chants pendant l’Exil à Babylone, après la catastrophe (voyez, 2600 ans après je vous le lis encore !) et on n’oublie pas cette date de 587.

On se souvient aussi de la nostalgie, du désespoir, lorsque les Babyloniens se moquaient. Ce n’étaient pas tant les villes et les campagnes d’Israël dont on portait le deuil – bien que, naturellement, cela devait être le cas. Mais les textes qui nous restent sont centrés sur la ville sainte de Jérusalem.

Psaume 137 Assis au bord des fleuves de Babylone, Nous pleurions en pensant à Sion.
Aux saules de la contrée Nous avions suspendu nos harpes. Là, nos vainqueurs nous demandaient des chants,
Et nos oppresseurs de la joie : « Chantez-nous quelques-uns des cantiques de Sion ! »
Comment chanterions-nous les cantiques de l'Eternel Sur une terre étrangère ?
Si je t'oublie, Jérusalem, Que ma main droite m'oublie ! Que ma langue s'attache à mon palais.
Eternel, souviens-toi de ce qu’ils nous ont fait ! Le jour où ils ont pris Jérusalem :
Ils criaient : Rasez la ville jusqu'à ses fondements !
O toi Babylone, tu seras bientôt dévastée, Heureux qui te rendra la pareille, Le mal que tu nous as fait !
Heureux qui saisira tes enfants, Et les écrasera sur le roc !

Ce cri de désespoir est bien celui d’un peuple opprimé, exilé, méprisé, sans son temple, sans sa ville, sans son centre.

Et puis c’est le retour. En 538 ; après 49 ans !
Esaïe (le Deutero-Esaïe, celui des chapitres 40 à 55), était sans doute resté à Jérusalem. Il faisait partie de cette partie pauvre et sans importance politique ou sociale de la population d’Israël que les Babyloniens avaient négligé de déporter. Esaïe n’avait peut-être rien connu d’autre depuis sa jeunesse que cette ville sans palais royal et sans temple, sans murailles non plus et en grande partie détruite que personne n’avait ni l’argent ni le dynamisme de reconstruire. Il attendait le salut, comme il dira, Retour de ceux qu’on appelait désormais les Juifs (je vais dire pourquoi). Il avait le regard fixé sur la ligne des montagnes derrière lesquelles on verrait un jour surgir le peuple qui finirait bien par revenir (comme on disait avant 1914 que les patriotes français avaient le regard fixé sur la « ligne bleue des Vosges » derrière laquelle se trouvaient l’Alsace et la Lorraine » : On a conservé son chant :

Esaïe 52.7-9. Qu'ils sont beaux sur les montagnes, Les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles,
Qui annonce la paix ! De celui qui apporte la bonne nouvelle,
Qui publie le salut ! De celui qui dit à Sion : Ton Dieu règne !
La voix des sentinelles retentit ; Elles élèvent la voix, Elles poussent ensemble des cris d'allégresse ;
Car de leurs propres yeux elles voient Que l'Eternel ramène Sion.
Eclatez ensemble en cris de joie, Ruines de Jérusalem ! Car l'Eternel console son peuple, Il rachète Jérusalem.

 

C’est le roi de Perse, Cyrus, qui envahit tout le Moyen-Orient et instaure un royaume de paix, tolérant et pacifique. Il débarrasse tous les peuples opprimés comme Israël par la féroce Babylone, il les libère et les renvoie chez eux. Il va même financer la reconstruction du temple de Jérusalem. Pas celle du palais royal tout de même : il n’y aura jamais plus de roi en Israël.
Il apporte le salut à Jérusalem et Ésaïe lui donne même le titre de messie (on dit christ dans la version grecque de l’Ancien Testament) :

Psaume 45. Ainsi parle l'Eternel à son messie, Cyrus, Qu'il tient par la main, Pour terrasser les nations devant lui,
Et pour déboucler la ceinture des rois, Pour lui ouvrir les portes, Afin qu'elles ne soient plus fermées ;
Moi l’Éternel, Je marche devant toi, J'aplanis ton chemin […] Je t’appelle par ton nom,
Je te parle avec bienveillance, alors même que tu ne me connais pas.

Et la joie régnait. C’est sans doute avec Esaïe, la population demeurée à Jérusalem qui disait sa joie de voir revenir les grands du peuple :

Psaume 126. Quand l'Eternel ramena les captifs de Sion, Nous étions comme ceux qui font un rêve.
Alors notre bouche était remplie de cris de joie, Et notre langue de chants d'allégresse ;
L'Eternel a fait pour nous de grandes choses ; Nous sommes dans la joie. Eternel, ramène nos captifs.

On va reconstruire Jérusalem. On va réparer la destruction de 587 que nous commémorons cette année. Esdras et Néhémie le feront.
Mais ni Cyrus ni les autres rois de Perse, ni les Grecs qui arriveront plus tard avec Alexandre, encore moins les Romains avec César Auguste, Hérode et Ponce Pilate ne permettront qu’on reconstruise le palais royal.
Et le prophète Zacharie s’écriera que le messie viendra...

Zacharie 9.9. Sois transportée d'allégresse, fille de Sion!
Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem!
Voici, ton roi va venir à toi ; Il sera juste et victorieux,
Il sera humble, monté sur un âne, un âne, le petit d'une ânesse.

Mais voilà encore une question !

Pendant ce terrible exil la plupart des textes importants de l’Ancien Testament ont été écrits. A cause de la catastrophe même qui voyait disparaître les deux piliers de la vie spirituelle israélite et de son identité, la maison du roi comme on disait et la maison de Dieu, les théologiens israélites ont dû répondre aux questions : comment est-ce possible ?Ddieu nous a-t-il abandonné ? Dieu est-il moins puissant que le Dieu Mardouk de Babylone ? n’y a-t-il pas de Dieu ?

Et des réponses ont naturellement été proposées.

La réponse des deutéronomistes. Qui disaient c’est certainement le peuple qui a rompu l’alliance et Dieu s’est détourné de lui.

2 Rois 24.20. Sédécias (c’était le roi vaincu par Nabuchodonosor)
fit ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, entièrement comme avait fait Jojakim.
Et cette catastrophe arriva à cause de la colère de l'Eternel contre Jérusalem et contre Juda, qu'il voulait rejeter de devant sa face.

Cette conception dite rétributive existe encore aujourd’hui : « qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour que ce malheur m’arrive ».

L’auteur du livre de Job, voyait les choses tout autrement : Job représentait le peuple ayant tout perdu à qui ses visiteurs (deutéronomistes) disaient qu’il était sans doute puni pour avoir fait le mal. Et Job répondait non. A la fin du livre Dieu lui donne raison contre ses visiteurs deutéronomistes.

L’Ecclésiaste (Qohêlet) s’élève lui aussi contre le deutéronomiste.

Ecclésiasste 9. Tout arrive également à tous ; même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui offre des sacrifices et pour celui qui n’en offre pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer.

 

La réalité du Retour

Et maintenant que le peuple est revenu à Jérusalem, il est bien déçu. Ce n’est pas ainsi que les choses devaient se passer.

Comme en Exil on n’avait plus le temple où Dieu résidait et comme on n’avait plus le roi garant de l’ordre de Dieu, on ne savait plus à quoi se raccrocher. On perdait notre identité. Alors les prêtres nous ont montré qu’en respectant les rites comme le shabbat, la nourriture cachère, la circoncision, les purifications rituelles (se laver les mains, laver les plats d’une certaine manière etc), on restait fidèle même à l’étranger. C’était bien.

Des Israélites qui n’avaient pas été déportés pour une raison ou pour une autre se trouvaient déjà à Jéruksalem. La cohabitation avec eux n'était pas facile. Ils étaient restés dans une ville presque en ruine, personne ne s’occupait d’eux, ils faisaient n’importe quoi : Ils ne mangeaient même pas cacher, ils ne faisaient pas shabbat. Ils ne respectaient rien :

Esaïe 65.4 Ils mangent de la viande de porc, ils ont dans leurs assiettes de la nourriture non cachère.

Et en plus ils occupaient nos maisons que nous avions dû abandonner !
Ils disaient qu’ils étaient des israélites mais pour nous ils étaient comme des étrangers.
Et Esaïe disait d’eux :

Esaïe 66.4
J'ai appelé, et ils n'ont pas répondu, j'ai parlé, et ils n'ont pas écouté ;
ils ont fait ce qui est mal à mes yeux, et ils ont choisi ce qui me déplaît.


D’ailleurs certains étaient devenus véritablement idolâtres :

Esaïe 65.11 Vous dressez un autel au Dieu Gad, et vous buvez à la coupe du Dieu Meni !

Ils n’ont pas les mêmes valeurs que nous, ils ne pensent pas comme on a toujours pensé (quoique certains disent que dans le temps, nous aussi, priions Baal et Astarté).

Et puis il y avait les étrangers. Introduits par les Babyloniens avec Nabuchodonosor ou des immigrés économiques qui s’étaient faufilés. Ils n’étaient pas israélites. Ils n’avaient rien à faire en Terre sainte mais ils étaient là. Certains avaient aussi pris nos maisons. Ils étaient installés et ne voulaient pas bouger. Ils avaient leurs coutumes et leurs Dieux.
Alors les prêtres se sont sentis obligés d'écrire dans le Lévitique :

Lévitique 19.33
Si un étranger vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l'opprimerez pas. Vous traiterez l'étranger en séjour parmi vous comme un indigène du milieu de vous ; vous l'aimerez comme vous-mêmes, car vous avez été étrangers dans le pays d'Egypte. Je suis l'Eternel, votre Dieu.

On n'a pas été étrangers au pays d’Égypte il y a très longtemps. On l’a été récemment au pays de Babylone.
On ne souffre plus de la Déportation, ni de la guerre. Il n’y a plus de détresse particulière, de famine par exemple, ou d’épidémie. Mais on est mal. On se déprime.
On est déstabilisés. On se demande ce que fait notre Dieu. Il ne fait rien alors que les murs de Jérusalem ne sont même pas reconstruits et le Temple non plus.
Le peuple est plus fracturé que jamais, gonflé d’inquiétude et le moral en berne. On ne voit pas comment les choses pourraient aller mieux le lendemain alors que tout va dans la mauvaise direction. Comment pourrait-on vivre fidèlement et heureusement dans une Terre sainte qui ne semble plus sainte, où rien ne fonctionne plus comme il convient et où même Dieu semble ne plus se préoccuper de rien.
 

.

 

C’est aussi alors que le corps des prêtres développa l’ensemble de règles rituelles précises libérant la spiritualité israélite de l’attachement au roi et au temple pour en faire une religion transportable. Le livre du Lévitique fut écrit peu après centrant toute la religion israélite, qu’on appela désormais le judaïsme sur le respect de la circoncision, du sabbat, de la nourriture cachère, des règles de prières fixes etc. Cette religion perdura par la suite comme on sait.




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